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Faut-il célébrer les États-Unis en grande pompe au Cinquantenaire ?

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L’accès à une partie du parc du Cinquantenaire sera restreint voire interdit pendant plusieurs jours

Pourtant, le contexte dans lequel cette célébration est organisée oblige à poser une question simple : que signifie aujourd’hui célébrer les États-Unis en grande pompe au cÅ“ur de l’Europe ?

Ampleur inédite

En raison de son ampleur inédite et des dispositifs de sécurité qu’elle nécessitera, cette manifestation aura des conséquences importantes sur la vie du quartier pendant une durée qui pourrait atteindre une douzaine de jours : restrictions d’accès, fouilles, dispositifs sécuritaires massifs, privatisation temporaire d’un espace public fréquenté chaque jour par des milliers de personnes, sécurité assurée par une société privée américaine.

Mais le problème dépasse largement les nuisances locales.

Le parc du Cinquantenaire n’est pas un lieu neutre. Ce lieu emblématique célèbre l’indépendance belge et appartient au patrimoine commun. Situé au cÅ“ur du quartier européen, il est aussi chargé d’une forte portée symbolique. Le réquisitionner plusieurs jours pour une démonstration spectaculaire de prestige américain a nécessairement une signification politique.

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Organiser au cÅ“ur de Bruxelles une célébration grandiose des États-Unis, avec tout le triomphalisme qui accompagne désormais la rhétorique trumpienne reprise par l’ambassadeur White, ne peut être considéré comme un geste diplomatique anodin.

La portée politique de cet événement est d’autant plus troublante que l’ambassadeur américain en Belgique s’est déjà distingué par des déclarations particulièrement agressives envers les autorités belges, allant jusqu’à accuser la Belgique d’antisémitisme et à intervenir publiquement dans des questions touchant à l’indépendance du pouvoir judiciaire. De telles prises de position devraient appeler à une distance prudente, non à l’octroi de privilèges symboliques exceptionnels.

Mais c’est surtout le contexte international actuel qui rend ce projet profondément problématique.

Démonstrations de mépris

Alors que Gaza est ravagée et que des souffrances inimaginables sont infligées à la population palestinienne, la Cour Internationale de Justice a alerté depuis janvier 2024 sur le risque de génocide. Depuis lors un nombre croissant d’experts et institutions spécialisées, y compris des voix juives et israéliennes, ont conclu à la réalité d’un génocide. Des procédures judiciaires de plus en plus nombreuses sont en cours pour dénoncer les responsabilités, l’incitation et la complicité en la matière.

Or dans cette catastrophe, les États-Unis jouent un rôle central par leur soutien militaire, financier et diplomatique au gouvernement israélien actuel – un gouvernement dont les orientations extrémistes, les violations répétées du droit international et les provocations choquantes aux yeux du monde, dont les événements récents autour de la “Flotilla” ne sont qu’un exemple, suscitent une inquiétude croissante, y compris au sein d’une partie de la société israélienne et de la communauté juive à travers le monde.

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De façon plus générale, l’administration américaine multiplie les démonstrations de mépris envers le droit international et envers ses alliés européens eux-mêmes. Les déclarations agressives concernant le Groenland ou les attaques répétées contre les institutions internationales témoignent d’une évolution inquiétante du rapport des États-Unis au monde.

Sur le plan climatique également, les États-Unis, qui portent en la matière une responsabilité historique écrasante, freinent depuis des décennies les efforts internationaux indispensables et continuent à adopter des politiques qui aggravent la catastrophe écologique en cours.

Un contexte délicat

Dans ce contexte, organiser au cÅ“ur de Bruxelles une célébration grandiose des États-Unis, avec tout le triomphalisme qui accompagne désormais la rhétorique trumpienne reprise par l’ambassadeur White, ne peut être considéré comme un geste diplomatique anodin. Un tel événement envoie un message. Il dit quelque chose du rapport de l’Europe à une puissance qui fut longtemps perçue comme une alliée naturelle, mais dont les orientations actuelles s’éloignent de plus en plus des principes que l’Europe prétend défendre : le droit international, les droits humains, le refus de la loi du plus fort, le multilatéralisme, la solidarité entre les peuples et la responsabilité envers les générations futures.

Il ne s’agit pas de nourrir un antiaméricanisme simpliste. La société américaine est une société complexe, traversée par des oppositions, et nombre d’Américains dénoncent les politiques actuelles de leur gouvernement.

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Mais précisément : l’amitié entre les peuples ne devrait pas impliquer le refus de toute distance critique et l’acceptation servile d’une mise en scène à la gloire d’un pouvoir politique dont les choix contribuent aujourd’hui à des catastrophes humaines et géopolitiques majeures.

Les autorités belges et bruxelloises devraient s’interroger sur le sens d’un tel événement et le message qu’il véhicule. Si celui-ci devait malgré tout avoir lieu, son ampleur et les nuisances causées devraient être drastiquement limitées : un jour, soit – davantage, c’est trop. Tant pour les habitants que pour le message politique envoyé.

Imposer sa vision du monde

La question qui se pose est simple : que signifie l’approbation ou le refus par les autorités impliquées de cet événement tel qu’imaginé par un ambassadeur aux ambitions démesurées, qui cherche à imposer sa vision du monde ? Et que signifiera, pour les responsables politiques, économiques, académiques ou associatifs qui y ont été conviés, le choix d’accepter ou de décliner cette invitation ?

À travers cette fête, une question plus large se pose à nous tous, Européens : sommes-nous encore capables d’exprimer une distance critique vis-à-vis des États-Unis, ou restons-nous condamnés à applaudir, même lorsque nos valeurs les plus fondamentales sont piétinées ?

→ (*) Elle est aussi créatrice de l’exposition “Palestine, Israël : Le dessus des cartes, déconstruire les mythes et les récits”, en cours à Ixelles.


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