Le groupe amphibie articulé autour du porte-hélicoptères d'assaut USS Iwo Jima et de la 22e Marine Expeditionary Unit (MEU) est actuellement en route vers les États-Unis après quasiment dix mois de déploiement. Une durée inhabituellement longue pour ce type de force, qui illustre une nouvelle fois les tensions croissantes pesant sur la disponibilité des grands bâtiments de l'US Navy, au-delà du seul cas des porte-avions nucléaires.
D'après un communiqué officiel de l'US Marine Corps publié le 27 mai, le groupe amphibie (ARG, pour Amphibious Ready Group) articulé autour de l’USS Iwo Jima (LHD-7), du transport de chalands de débarquement USS Fort Lauderdale (LPD-28) et de la 22e Marine Expeditionary Unit, rentre actuellement vers Norfolk après un long déploiement dans les Caraïbes qui a débuté en août 2025. À l’origine, l’ARG Iwo Jima comprenait également l’USS San Antonio (LPD-17), mais ce dernier est déjà rentré à Norfolk fin avril, après 257 jours en mer.
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Il semble que, pour l’instant, le groupe amphibie de l’Iwo Jima n’a pas été remplacé sur zone. Pour l’heure, outre le passage du porte-avions Nimitz et son escorte minimale, composée du seul destroyer USS Gridley (DDG-101), l’US Navy ne compte plus dans les Caraïbes qu’un croiseur du type Ticonderoga, l’USS Lake Erie (CG-70), et un Littoral Combat Ship, l’USS Billings (LCS-15).
Un déploiement de longue durée
Initialement destiné à être déployé en Europe, le groupe de l’Iwo Jima a finalement été envoyé directement dans les Caraïbes (après un faux départ dû à l’ouragan Erin), dans la zone relevant de l'US Southern Command. L’ARG Iwo Jima a notamment participé à l'opération Southern Spear, centrée sur la lutte contre les trafics maritimes illicites, avant d'être impliqué dans les opérations américaines contre le Venezuela et l'enlèvement du président Nicolás Maduro début janvier, aux côtés notamment du groupe aéronaval de l'USS Gerald R. Ford (CVN-78). Il a également renforcé les moyens des ambassades américaines en Haïti et au Venezuela, et contribué à plusieurs missions humanitaires, notamment en Jamaïque, suite au passage d’ouragans.
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Ces derniers mois, l’ARG Iwo Jima a aussi permis d’appuyer les pressions américaines exercées sur Cuba, nouvelle cible des discours bellicistes de la Maison Blanche. Le 20 mai dernier, les autorités américaines avaient fait grand bruit de la présence de l’USS Nimitz (CVN-68) dans la région, aux côté de l’Iwo Jima justement. Dans les faits cependant, même si sa durée de vie opérationnelle a été prolongée d’un an, le porte-avions Nimitz n’est probablement pas en mesure d’appuyer des opérations de combat, étant donné que le navire a appareillé de Bremerton en mars dernier dans le but de rejoindre Norfolk pour y être retiré du service, avec une dotation en munitions et en moyens logistiques adaptée en conséquence. Quant à l’ARG Iwo Jima, à bout de potentiel, il avait déjà perdu le San Antonio à ce moment-là , et commençait à préparer son retour vers Norfolk.
Ce déploiement prolongé intervient dans un contexte de forte pression sur les capacités amphibies américaines. La situation est d'autant plus sensible que les groupes amphibies américains constituent désormais des outils de présence et de réaction rapide particulièrement sollicités, notamment dans les zones secondaires où Washington cherche à maintenir une empreinte militaire crédible sans mobiliser systématiquement un groupe aéronaval complet.
Les classes Wasp et San Antonio
Pour rappel, l’USS Iwo Jima est le septième navire de la classe Wasp. Entré en service en 2001, ce porte-hélicoptère amphibie mesure 257 m de long, 32 m de large, pour un déplacement de 40.500 tonnes. Il peut embarquer un peu plus de 1600 Marines, qu’il peut déployer grâce à trois hydroglisseurs LCAC, ou deux chalands lourds LCU. En configuration standard, l’USS Iwo Jima peut embarquer un détachement d’hélicoptères de combat AH-1Z Viper, un autre d’hélicoptères d’assaut UH-1Y Venom, quelques hélicoptères de transport lourd de la famille CH-53 Sea Stallion, ainsi qu’une douzaine d’aéronefs convertibles MV-22 Osprey. Le tout est complété par une demi-douzaine de chasseurs-bombardiers à décollage et appontage vertical AV-8B Harrier II. On notera que, le 22 mai, un contrat a été accordé à BAE Systems afin de modifier l'USS Iwo Jima pour lui permettre de mettre en Å“uvre le F-35B, en remplacement du Harrier II.Â
La classe San Antonio, dont fait également partie l'USS Fort Lauderdale, sont des transports de chalands de débarquement de 208 m de long et d’environ 25.000 tonnes pouvant transporter une force d'assaut d'environ 700 Marines et deux engins de débarquement LCAC, ou un unique LCU. Leurs installations aéronautiques sont suffisamment importantes pour permettre à deux MV-22 Osprey, deux CH-53 ou quatre hélicoptères plus petit d’y opérer. La capacité d’emport est de deux à cinq aéronefs, selon le type d’engin embarqués, et l’utilisation ou non d’un stockage externe en plus du hangar.
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On notera que l’USS Fort Lauderdale, entré en service en 2022, marque une rupture avec les précédents navires de la classe San Antonio. Il dispose en effet de systèmes simplifiés, et ouvre la voie à une variante bien moins coûteuse et moins complexe de la classe San Antonio, le Flight II. Le premier bâtiment de ce type, doté d’une électronique et d’un système de propulsion simplifiés, est l’USS Harrisburg (LPD-30), devrait entrer en service cette année.
Un problème majeur de disponibilité
Comme pour les porte-avions nucléaires, l'US Navy peine actuellement à maintenir un niveau suffisant de disponibilité de ses grands bâtiments amphibies, en raison notamment de retards industriels, de phases de maintenance de plus en plus longues et d'un niveau de préparation jugé insuffisant.
Cet état des lieux a d'ailleurs récemment conduit l'amiral Caudle, le chef des opérations navales américaines, à lancer une réforme visant à interdire le commandement des bâtiments amphibies aux officiers issus de l'aviation navale, et ce dans l'espoir d'améliorer la disponibilité de ces grandes unités de surface.
Une décision qui semble loin de faire consensus au sein de l'US Navy, où de nombreuses voies estiment que cela aura surtout pour effet de diminuer à long terme le niveau de préparation opérationnelle et la disponibilité de la flotte de porte-avions nucléaires, sans offrir pour autant de réelle bouffée d'air aux groupes amphibies. Or, à l'instar des bâtiments amphibies, la flotte de porte-avions américains est déjà soumise à une énorme pression, conduisant notamment à des durées de déploiement record aux conséquences néfastes tant sur l'équipage que sur le matériel, comme on a récemment pu le voir à bord de l'USS Gerald R. Ford, qui vient tout juste de rentrer à Norfolk.
De manière générale, pour l'ensemble de la flotte américaine, les problèmes de disponibilité des bâtiments semblent aujourd'hui profondément structurels. Il faudra donc probablement s'habituer, dans les prochaines années, à voir les groupes aéronavals et les groupes amphibies prolonger leurs déploiements largement au-delà des six ou sept mois qui constituaient encore la norme il y a peu. Des missions éprouvantes qui ne vont probablement pas faire les affaires de la Navy pour attirer les jeunes recrues.Â
© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs. Â
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