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La Chine va-t-elle mettre à terre le "bouclier de silicium" de Taïwan ? Et embêter les USA ? Une annonce inquiète

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Une nouvelle arme pour Huawei ?

Huawei affirme donc avoir trouvé une piste pour contourner une partie des obstacles créés par les sanctions américaines. Le groupe chinois assure qu’il pourra produire, d’ici à 2031, des puces de nouvelle génération comparables à celles gravées en 1,4 nanomètre.

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Dit comme cela, le chiffre paraît très abstrait. Mais dans l’industrie des semi-conducteurs, il représente un cap symbolique important. Plus la gravure est fine, plus il devient possible de fabriquer des puces petites, rapides et économes en énergie. Autrement dit : des composants capables de faire tourner des systèmes d’intelligence artificielle toujours plus puissants.

La Chine va-t-elle mettre à terre le "bouclier de silicium" de Taïwan ? Et embêter les USA ? Une annonce inquiète
Le groupe chinois Huawei affirme avoir fait une avancée aux répercussions “décisives” au niveau des semi-conducteurs (“chips”). ©AFP or licensors

Le géant TSMC vise lui aussi cette génération de puces, avec une production opérationnelle attendue autour de 2028, selon ses annonces d’avril dernier.

Le leader mondial taïwanais garderait donc une longueur d’avance mais Huawei et la Chine veulent montrer que l’écart se réduit. Une manière de défier également les États-Unis et leurs sanctions. Pour rappel, l’Oncle Sam tente de freiner la montée en puissance technologique chinoise, alors que le pays devient leader dans de nombreux domaines critiques et stratégiques (voir encadré ci-dessous). Et menace directement la puissance technologique américaine.

En quoi cela pourrait mettre en danger Taïwan ?

Le danger pour Taïwan n’est pas “immédiat”, mais serait plutôt une érosion progressive de son avantage stratégique. Depuis des années, l’île bénéficie de ce que l’on appelle le “bouclier silicium”. Sa position dominante dans les semi-conducteurs rend effectivement Taïwan indispensable à l’économie mondiale, et en particulier aux États-Unis.

TSMC fabrique une part essentielle des puces utilisées par Apple, Nvidia, AMD, Qualcomm et l’industrie de l’intelligence artificielle. Cette dépendance donne aux États-Unis une raison économique et stratégique supplémentaire de défendre l’indépendance de Taïwan, alors que la Chine en revendique la possession de l’île depuis des décennies.

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Et si Huawei parvenait à produire des puces IA avancées, Pékin réduirait considérablement sa dépendance aux matériels taïwanais, voire occidentaux.

Ensuite, les États-Unis pourraient, à long terme, revoir leur soutien à Taïwan.

Dans le cadre de la guerre commerciale mondiale provoquée par Donald Trump, TSMC a été forcée à s’installer aux États-Unis.

De plus, la logique “America First” du président américain Donald Trump peut remettre en question les soutiens à Taïwan. Dans le cadre de la guerre commerciale mondiale provoquée par Donald Trump, TSMC a été forcée de s’installer aux États-Unis, afin de ne pas uniquement exporter depuis Taïwan vers les USA. De quoi faire craindre aux Taïwanais une réduction de leur “bouclier de silicium”, surnom donné à cet avantage lié aux semi-conducteurs (dont la matière de base est le silicium).

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Le président américain Donald Trump (à droite), aux côtés de Xi Jinping, lors de sa visite à Pékin mi-mai.

Néanmoins, les États-Unis ont d’autres intérêts à maintenir leur soutien à Taïwan, ainsi que leur politique d'”ambiguïté stratégique”, mise en place dès 1979, bien avant que TSMC ne devienne aussi central dans les semi-conducteurs avancés. Pour faire simple, c’est cette position de soutien indirect de Taïwan, sans indiquer clairement si oui ou non les États-Unis interviendraient en cas de conflit entre la Chine et Taïwan.

Il faut savoir que Taïwan occupe une position stratégique au sein de la “première” chaîne d’îles au large de la Chine, qui s’étend du Japon aux Philippines. Cette ligne insulaire forme une barrière géographique qui complique l’accès direct de la marine chinoise à l’océan Pacifique.

Pour les États-Unis et leurs alliés régionaux, notamment le Japon et les Philippines, le maintien d’un État taïwanais non contrôlé par Pékin contribue à limiter les capacités de “projection militaire” chinoises, en particulier navales et sous-marines.

Quelles sont les limites de cette annonce ?

La première limite est technique. Huawei parle d’une densité ou d’une performance équivalente au 1,4 nm, pas nécessairement d’un procédé de gravure 1,4 nm identique à celui que TSMC prépare. Si elle met en avant certains avantages, cela montre néanmoins qu’elle ne maîtrise visiblement pas encore ce niveau de “gravure”, bien qu’elle travaille à la “disrupter”.

En Europe, des “gigafactories” de puces ont également été annoncées, dont en partenariat avec TSMC, mais le continent reste clairement en retard.

De plus, il s’agit d’une annonce, pas d’un fait industriel établi. C’est un coup de semonce, une alerte à prendre au sérieux. Mais même si Huawei parvient à tenir sa promesse, l’entreprise chinoise resterait donc engagée dans une course où TSMC avance aussi.

En Europe, des “gigafactories” de puces ont également été annoncées, dont en partenariat avec TSMC, mais le continent reste clairement en retard.

Enfin, si cette avancée chinoise pourrait affaiblir Taïwan, cela pourrait aussi, par effet de réaction, produire l’inverse et réaffirmer le soutien des États-Unis à l’État taïwanais. Et, in fine, renforcer son “bouclier de silicium”.

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La Chine, une championne “inquiétante” ?

Selon la dernière mise à jour de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) publiée le 25 mars 2026, la Chine est désormais en tête dans 69 des 74 technologies critiques suivies par son Critical Technology Tracker. Petite précision : l’ASPI mesure surtout le leadership en recherche à fort impact, c’est-à-dire la part des publications scientifiques les plus citées, et non directement la domination industrielle, commerciale ou militaire déjà réalisée. C’est un coup d’oeil sur l’avenir, mais pas une vérité absolue.

Parmi les technologies où la Chine domine, il y a la robotique, les matériaux composites, une partie de l’IA, etc. Elle ne serait pas leader au niveau informatique quantique (sur lequel Emmanuel Macron a annoncé d’importants investissements en France), vaccins, horloges atomiques ou encore au niveau des semi-conducteurs de haute performance.

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Du côté de l’annonce de Huawei sur les semi-conducteurs – pour les amateurs des aspects plus techniques −, Huawei met en avant une nouvelle approche, baptisée “Tau Scaling Law”. Derrière ce nom technique, l’idée est relativement simple : il ne s’agirait pas seulement de miniaturiser les puces mais aussi d’accélérer la circulation des signaux et des données à l’intérieur des puces et des systèmes informatiques. En clair, Huawei affirme pouvoir améliorer fortement les performances sans dépendre uniquement de la finesse de gravure. Reste à voir comment le groupe avancera d’ici à 2031. Un groupe qui a su montrer, depuis son boycott occidental dans plusieurs domaines (antennes 5G et industrie mobile en lien avec Android), des capacités pour rebondir et se réinventer.

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