(BFM Bourse) – Le constructeur automobile a détaillé son plan stratégique “FaSTLAne 2030”, qui acte une rationalisation des investissements vers l’Amérique du Nord ainsi qu’une hiérarchisation des marques. Les objectifs 2030 sont supérieurs aux anticipations des analystes. Mais l’horizon du redressement du groupe reste lointain et le marché s’avère peu confiant sur les promesses de la société.
En pleine décrépitude tant en Bourse – l’action a été divisée par plus de quatre depuis mars 2024 – que sur l’opérationnel, avec 4,5 milliards d’euros de cash brûlé l’an passé, Stellantis a cruellement besoin de renouer la confiance avec le marché.
La journée dédiée aux investisseurs de jeudi, la deuxième de l’histoire du groupe né en 2021 de la fusion entre Peugeot SA et Fiat Chrysler, constituait le rendez-vous idoine pour reconquérir les investisseurs. Vendredi dernier, la banque UBS évoquait un moment “make or break” (“ça passe ou ça casse”) et soulignait que cet évènement s’avérait décisif pour l’avenir boursier du groupe.
Arrivé il y a un an à la tête du groupe pour succéder à Carlos Tavares dont il s’est efforcé de corriger les travers (accent exagérément mis sur les réductions coûts et sur le “pricing power”, pertes de parts de marché), le directeur général Antonio Filosa a longuement détaillé sa nouvelle feuille de route.
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“FaSTLAne 2030”
Baptisé “FaSTLAne 2030” (“voie rapide 2030”), ce plan stratégique a été présenté de 14h à près de 22h, heure française.
In fine, l’opération séduction n’a pas vraiment pris. L’action Stellantis a terminé en baisse de 1,67% à la Bourse de Paris jeudi. À Wall Street, où les volumes d’échanges sont autrement plus significatifs qu’en Europe, le titre a fini sur un maigre +0,4%, après avoir perdu plus de 4% au cours de la séance.
Sur le papier? le menu proposé par Stellantis à l’horizon 2030 coche globalement les bonnes cases. “Nous pensons que la société a enfin présenté un plan crédible pour l’amélioration future de son résultat opérationnel courant à partir d’une base très basse” apprécie Citi qui estime que le groupe a réussi sa journée.
“Un changement clé pour nous est l’accent sur le retour sur capitaux employés (ROCE) et l’allocation du capital — allouer 60 % du plan d’investissement de 60 milliards d’euros aux États-Unis à ROCE plus élevé et concentrer l’investissement sur seulement quatre des 14 marques”, ajoute la banque.
Le constructeur automobile a, en effet, acté un recentrage tant géographique qu’en termes de marques. Stellantis entend mettre l’accent sur les États-Unis, sa région la plus importante au niveau de la rentabilité. L’Amérique du Nord, captera ainsi 60% des investissements produits de la société et le groupe compte augmenter son chiffre d’affaires dans cette zone de 25% à l’horizon 2030 pour une marge opérationnelle courante située entre 8 et 10% à cette même date (contre -3,1% en 2025).
Dans cette optique, la société compte augmenter sa couverture de marché dans la zone, pour la faire passer de 60 à 90% avec 23 lancements de véhicules prévoyant davantage de modèles d’entrée de gammes et de pickups hybrides. À titre d’exemple, la société attend un bond de 60% de ses volumes chez Chrysler et RAM entre 2025 et 2030.
L’Europe, parent pauvre du plan?
A contrario, Stellantis fait preuve de frugalité en Europe. Le groupe a annoncé jeudi qu’il réduirait ses capacités de production sur le Vieux Continent pour les faire passer de 4,65 millions d’unités en 2025 à 3,85 millions en 2030. Dans le même temps, le constructeur entend s’appuyer sur ses partenariats avec les groupes chinois Leapmotor et Dongfeng pour relever à 80% (contre 60% actuellement) le taux d’utilisation de ses usines. Ce qui conduira la société à partager certaines usines (Saragosse, Rennes, Madrid).
La marge opérationnelle courante de l’Europe est attendue entre 3 et 5% en 2030, une rentabilité “très basse” a fait remarquer à la direction Philippe Houchois, analyste de Jefferies, jeudi. L’expert de marché a jugé que Stellantis rangeait l’Amérique du Nord et l’Europe en deux catégories distinctes, la première étant clairement privilégiée à la seconde.
Du côté des marques, le groupe concentrera 70% de ses investissements produits autour de quatre marques mondiales à savoir Jeep, Ram, Peugeot et Fiat. Chrysler, Dodge, Alfa Romeo, Citroën et Opel sont reléguées à l’état de marques régionales. DS (Citroën), Lancia et Abarth (Fiat) sont, elles, placées sous tutelle d’autres marques.
Plutôt que de supprimer l’une de ses 14 marques, le groupe a donc choisi de hiérarchiser ses investissements.
“De nombreux investisseurs continuent de croire que le groupe est trop complexe avec quatorze marques. Ceux qui espéraient que l’entreprise simplifierait son portefeuille auront été déçus”, grince Bernstein.
Stellantis a également acté un plan de réduction de coûts de 6 milliards d’euros à l’horizon 2028 (par rapport à 2025) et entend lancer un total de 60 nouveaux véhicules d’ici à 2030.
Objectifs supérieurs aux attentes
In fine, le groupe entend dégager un chiffre d’affaires de 175 milliards d’euros en 2028 puis 190 milliards d’euros en 2030 (après 154 milliards en 2025) ainsi qu’une marge opérationnelle courante de 5% en 2028 puis 7% en 2030. Le flux de trésorerie industriel doit, lui, revenir dans le vert en 2027 avant de monter à 3 milliards d’euros en 2028 puis 6 milliards d’euros en 2030.
Toutes ces cibles sont supérieures aux attentes des analystes. Selon UBS, le consensus (la prévision moyenne des bureaux d’études) retenait des revenus de 169 milliards d’euros en 2028, une marge de 4,4% et un flux de trésorerie de 1,9 milliard d’euros. Pour 2030, les attentes étaient logées à 179 milliards d’euros de revenus, une marge de 4,7% et un flux de trésorerie de 2,6 milliards d’euros, d’après Bernstein.
Malgré cela, les investisseurs ont donc fait la fine bouche devant la feuille de route de Stellantis. Certes, il est vrai que la présentation n’a pas réservé de très grande surprise, une partie importante du plan ayanT déjà été ébruitée les semaines précédentes par la presse.
Surtout, présenter des objectifs à cinq ans reste un exercice périlleux. A fortiori pour une société qui doit se redresser dans un marché automobile en pleine mutation et confronté à des pressions de long terme.
“Le scepticisme des investisseurs à l’égard de Stellantis et de l’ensemble des constructeurs européens reste élevé, reflétant les menaces structurelles des produits chinois moins chers et technologiquement avancés”, convient Citi.
“Fixés pour 2030, les objectifs sont lointains comme on le craignait”, a commenté jeudi Jefferies dans une note citée par Reuters. La banque estime que la question de l’exécution de la stratégie demeure centrale.
Même constat pour Citi qui juge que “l’exécution est clef”. “Étant donné les vents contraires évidents, Stellantis devra désormais exécuter et démontrer une réelle amélioration du résultat opérationnel courant et de la génération de trésorerie”, poursuit la banque américaine.
Une “show me story”
Cela passera par une succession de résultats trimestriels réussis. “Nous pensons que la confiance des investisseurs ne devrait s’améliorer davantage que lorsque de telles améliorations pourront être confirmées”, tranche encore Citi.
La conclusion est finalement la même qu’il y a quelques mois. “Stellantis reste une “‘show me story'”, rappelle Bernstein, c’est-à -dire un pari boursier sur un redressement qui doit faire ses preuves.
Or, le dernier point d’étape n’a guère été concluant. Lors de la publication de ses résultats du premier trimestre, le constructeur automobile avait grippé le marché. Une fois retraités certains éléments exceptionnels (des remboursements de surtaxes douanières aux États-Unis), la marge opérationnelle courante en Amérique du Nord restait largement dans le rouge, décevant les investisseurs.
Par ailleurs, le plan stratégique de Stellantis peut comporter des failles. “Une voie rapide (‘fastlane, le nom du plan stratégique, NDLR) pour aller où exactement?”, s’interroge Bernstein, dubitatif.
“Nous ne sommes pas convaincus que l’équipe de direction de Stellantis ait acquis la crédibilité nécessaire pour que ses objectifs FaSTLAne 2030 – à savoir un taux de marge opérationnelle courante de 7% au niveau du groupe et un flux de trésorerie disponible industriel de 6 milliards d’euros en 2030 – soient acceptés sans réserve”, ajoute le bureau d’études.
L’intermédiaire financier note que le constat le plus marquant de la journée investisseurs reste que la société pense avoir “laissé de trop nombreux segments de marché sans couverture pendant trop longtemps”.
“Mais il va également de soi qu'une lacune dans sa gamme ne signifie pas qu'il y ait un vide sur le marché”, prévient Bernstein.
Le précédent plan a échoué
“Bon nombre des segments où Stellantis estime pouvoir générer des ventes supplémentaires sont déjà dominés par des concurrents monolithiques, tels que Toyota et Honda sur le segment américain des SUV compacts. Dans ce segment, Stellantis estime que son nouveau Jeep Cherokee peut néanmoins affaiblir leur emprise. Et le pick-up de taille moyenne prévu par RAM pour 2027 constitue une étape logique, mais se heurte également à une concurrence solidement établie de la part de Toyota, Ford et GM”, développe le bureau d’études.
“Stellantis souhaite également se développer davantage dans les segments à bas prix, ce qui pourrait potentiellement élargir son marché potentiel, ou plutôt tenter de renouer avec sa clientèle traditionnelle, plus sensible aux prix. Cela pourrait toutefois s'avérer difficile du point de vue des marges, alors que les marques chinoises occupent déjà une place importante et en constante expansion en Europe, en Amérique du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique”, prévient là encore Bernstein.
“Si Stellantis dispose d’atouts évidents en matière de marque dans certains domaines, de nombreux constructeurs nous ont déjà présenté des plans de produits similaires par le passé. La plupart du temps, les conditions du marché évoluent différemment de ce que les entreprises avaient prévu, et l’amélioration du bénéfice net s’avère moins importante que prévu”, avertit pour sa part Citi.
La banque américaine juge que certains objectifs de la société, comme une hausse de 35% des volumes aux États-Unis d’ici à 2030 ou un doublement de ses revenus en Asie-Pacifique, apparaissent comme “des cibles difficiles dans des marchés concurrentiels”.
Bernstein ne peut s’empêcher de penser au précédent plan stratégique du groupe, “Dare Forward”, présenté en 2022.
“Le thème abordé portait alors sur le maintien de marges à deux chiffres pour le groupe jusqu’en 2030, ce qui ne semblait pas trop irréaliste à l’époque, compte tenu de la réputation encore excellente dont jouissait alors le directeur général, Carlos Tavares”.
La suite est connue. Cette promesse n’a pas été tenue, la marge opérationnelle courante tombant à 5,5% en 2024 et à -0,5% en 2025. Carlos Tavares a lui quitté la société fin 2024, terminant sa carrière sur une fausse note.
Julien Marion – ©2026 BFM Bourse
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