Les chaleurs et l'humidité excessives aux États-Unis, Mexique et Canada sont un sujet que les toutes les équipes engagées dans ce Mondial ont pris en compte. Préparation, récupération, les staffs médicaux ont tous travaillé sur le sujet et pourtant le risque zéro n'existe pas. Le médecin sportif Loïc Chimot, du Centre Nantes Atlantique de l'effort et du sport, nous ouvre ici quelques pistes sur ce qu'il faut faire.
Comment se préparer lorsque l'on participe à une compétition avec de très fortes chaleurs et des taux d'humidité très importants, ce qui est le cas pour certains matchs de la Coupe du monde ?
Loïc Chimot
Médecin au Centre Nantes Atlantique de l'effort et du sport
On peut bien évidemment participer à des compétitions sous des températures extrêmes, mais, pour pouvoir performer, il faut avoir observé un temps d'adaptation. Tout cela nécessite une préparation. On peut très bien faire un marathon sous 40 degrés de température sans aucun souci, mais vous ne pouvez pas le faire du jour au lendemain. Vous ne pouvez pas être sédentaire dans un pays froid et le lendemain courir un marathon sous 40 degrés.
Vous parlez d'acclimatation, pouvez-vous expliquer ?
L'acclimatation, c'est le fait de pouvoir être confronté par exemple à un climat chaud en commençant par s'y habituer déjà dans la vie de tous les jours. Cela nécessite ensuite bien évidemment de faire des entraînements plus poussés qu'à l'habitude pour supporter ce type de climat, afin de pouvoir le répéter en match. Le corps s'adapte très bien à des conditions difficiles s'il a été amené avant à un seuil élevé. Mais il ne faut pas qu'il y ait des pathologies sous-jacentes.
Sans cas pathologique, comment réagit le corps ?
Vous avez chaud, votre corps va monter en température, vous allez vous mettre à transpirer. La transpiration est une fine couche d'eau qui va se déposer sur la peau. Cette fine couche d'eau va s'évaporer. N'importe quel fluide qui s'évapore emprisonne de l'énergie et de la chaleur. En s'évaporant, cela va refroidir la surface de la peau. Par ce biais-là , la circulation sanguine de la peau va diminuer en température. Elle va retourner au centre du corps et refroidir le corps. C'est le principe de la sueur !
En revanche aux États-Unis, avec des chaleurs et des taux d'humidité très importants, votre sueur ne va pas toujours pouvoir s'évaporer de votre peau. Elle ne va pas pouvoir refroidir la peau. Donc, vous allez vous priver de ce moyen de régulation de la température. Si votre sueur n'est pas efficace, clairement, vous enlevez un mécanisme majeur de régulation de la température corporelle.
Quel type de problème peuvent tout de même rencontrer les joueurs, lors d'un match ?
Bien évidemment, quand on voit un match comme le premier de l'équipe de France face au Sénégal, ils étaient sous le soleil. Donc, avec des risques d'insolation. Mais il peut y avoir d'autres problèmes. La déshydratation peut, par exemple, amener un joueur à perdre de la concentration. Après, ça peut aller plus loin. S'ils perdent beaucoup d'eau, des malaises, mêmes cardiaques, sont envisageables.
Normalement, le corps répartit les volumes de sang à l'intérieur, mais quand il fait chaud il va déplacer le volume de sang vers les tissus qui en ont le plus besoin. Or, cette dispersion ne va pas lui permettre d'irriguer tous les organes. Heureusement, ces sportifs de haut niveau vivent dans un monde surmédicalisé, donc ils sont très suivis et pris en charge.
On parle beaucoup des poses fraîcheur. Ont-elles vraiment une grande efficacité ?
D'un point de vue scientifique, on n'a pas de retour sur cette question-là , parce qu'en fait, à ma connaissance, ça n'a pas été évalué. Par contre, d'un point de vue physiologique, oui !
Premièrement, vous obligez les joueurs à se réhydrater. Mais la deuxième chose, qui est relativement importante, c'est que le liquide que vous allez boire, ira dans votre estomac, qui est, on va dire, le cœur thermique, le noyau central. Il ne doit pas augmenter en température. Si vos jambes ou vos bras augmentent en température, en dehors du fait que ça limite vos capacités physiques ce n'est pas très grave, si ce n'est pour votre performance. En revanche, si les organes internes sont soumis à une grosse température, cela devient problématique.
Quel type de récupération est nécessaire après ce genre d'effort ?
Avec ces températures et cette humidité, au lieu de jouer une heure et demie, c'est comme si vous aviez joué deux heures et demie. Cela doit rentrer en compte dans les paramètres qu'on doit appliquer pour la récupération. Mais sinon, ça ne change pas le fond de la récupération en elle-même. Peut-être l'hydratation, si jamais les joueurs ne le sont pas suffisamment, mais ça ne change pas trop sur le fond. Si vous voulez, c'est injuste, mais ceux qui sont sur le terrain ont déjà à la naissance une physiologie qui fait qu'ils sont capables d'encaisser des choses que monsieur Tout-le-Monde ne serait pas capable de faire.
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