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La défaite contre le Sénégal lors de la Coupe du monde 2002 "appelle à l'humilité", estime un historien spécialiste de l'équipe de France

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Les Bleus lancent leur Coupe du monde 2026, mardi, contre les Lions de la Teranga. Un adversaire qu’ils n’ont affronté qu’une fois, pour une défaite restée dans les mémoires.


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La défaite contre le Sénégal lors de la Coupe du monde 2002 "appelle à l'humilité", estime un historien spécialiste de l'équipe de France

Youri Djorkaeff pris par deux défenseurs sénégalais lors du match des Bleus contre les Lions de la Teranga lors du Mondial 2002, le 31 mai, à Séoul. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Comme en 2002, le Mondial de l’équipe de France débute par un affrontement avec le Sénégal. Un mauvais présage pour les plus superstitieux. Il y a vingt-quatre ans, la seule confrontation entre les deux sélections avait lancé les Bleus, tenants du titre, sur les mauvais rails de cette Coupe du monde en Asie. Battus 1-0 sur un but du défunt Papa Bouba Diop après avoir raté pléthore d’occasions, les Français avaient ensuite été éliminés dès la phase de groupes malgré leur statut de champions du monde en titre. Un traumatisme qu’ils ne voudront pas revivre et dont l’historien François da Rocha Carneiro, spécialiste de l’équipe de France, analyse la portée pour franceinfo: sport.

Franceinfo: sport : Où faut-il classer ce match dans la liste des défaites les plus marquantes de l’histoire de l’équipe de France ?

François da Rocha Carneiro : Pas du tout au premier rang. A mon avis, dans les défaites non pas humiliantes, mais qui appellent à l’humilité. Il ne s’agit pas d’une défaite scandaleuse. A la limite, on pourrait même, nous, Français, être fiers de cette défaite, puisque l’équipe qui gagne est finalement la plus française à ce moment-là [sur 23 joueurs sénégalais, 20 évoluaient en France, contre seulement cinq, du côté des Bleus]. C’est une défaite qui permet de montrer la qualité du championnat de France à un moment où il n’est plus très à la mode, une défaite surprenante qui se joue à pas grand-chose. Il y a des poteaux aussi, des occasions qui se jouent à quelques centimètres. Les Bleus se sont certainement crus trop beaux.

Les joueurs évoluaient dans les meilleurs clubs du monde mais arrivaient fatigués, par la saison, mais aussi par la célébrité, les contrats de sponsoring et compagnie. Parfois, il faut des défaites salutaires. Elle est la marque d’un mauvais démarrage pour la Coupe du monde 2002, mais on ne va pas aller plus loin. C’est une défaite certainement utile, qui permet de rebondir en 2006.

Est-ce que ce match a changé la façon dont la France perçoit le football africain ?

Je ne suis pas sûr. Les joueurs sénégalais étaient, à quelques exceptions près, tous dans un club français. Il y avait un joueur dans une équipe suisse (l’actuel sélectionneur, Pape Thiaw) et les deux gardiens remplaçants évoluaient au Sénégal. On a conservé longtemps un regard post-colonial.

Il a fallu finalement attendre la deuxième moitié des années 2010, et cet Algérie-Sénégal en finale de la CAN [en 2019], pour avoir un regard un peu moins condescendant sur le football africain. Puis, bien sûr, la qualification du Maroc pour la demi-finale de la dernière Coupe du monde. C’était une étape supplémentaire dans une société qui est encore marquée par un regard colonial. Le fait que le Sénégal atteigne les quarts de finale en 2002 n’était pas un accident.

Quel symbole a eu ce match côté Sénégal à l’époque ?

El-Hadji Diouf a dit que cette victoire avait été comme une “deuxième indépendance”. Ce n’est peut-être pas le match lui-même qui a été un tournant mais toute l’épopée de 2002. C’est aussi le succès de Bruno Metsu, qui a su créer une équipe attachante, avec des qualités, une vraie équipe de foot.

Les Sénégalais n’ont pas cherché à tuer le maître ou le père en battant l’équipe de France de football. Par contre, ils étaient fiers d’avoir battu les champions du monde. Ils pouvaient être fiers d’avoir battu les Français tout en évoluant le reste de la saison dans les clubs d’un championnat délaissé par leurs adversaires pour d’autres championnats européens plus prestigieux. Dire que c’est un exploit fondateur, je ne suis pas sûr. Est-ce que ce n’est pas une lecture un peu trop française ?