La présidentielle 2027 se gagnera-t-elle dans les salles de sport ? Plusieurs candidats se préparent déjà au marathon très physique de la campagne à venir, en intégrant des séances sportives à leur routine. C'est notamment le cas de Gabriel Attal, qui s'entraîne avec un coach trois fois par semaine. « Il fait beaucoup de sport en ce moment car il veut être en forme pour la présidentielle. Il fait de la musculation surtout, pour être plus costaud », rapporte un de ses proches au Figaro.
L'ancien Premier ministre n'est pas le seul à soulever de la fonte. Jordan Bardella a également mis en scène ses séances de rameur sur les réseaux sociaux, quand Edouard Philippe privilégie les rings de boxe. Jouer de ses muscles, une stratégie payante pour 2027 ?
« Il faut avoir un corps musclé »
« Le corps est le premier outil de communication, ce n'est donc pas étonnant de voir la transformation physique devenir un thème de campagne », souligne Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication à Sciences Po. « C'était déjà le cas de François Hollande en 2011 [qui avait plus de 15 kg pour la campagne]. Travailler son corps, c'est montrer qu'on est prêts à faire des sacrifices pour le pays. Cela fait aussi écho aux ”deux corps” du président-monarque », ajoute le spécialiste. Comme jadis nos rois de France, le chef de l'Etat posséderait ainsi son corps d'individu, mais incarnerait aussi, plus symboliquement, celui de la Nation.
Un corps qu'il faudrait donc doublement maintenir en forme. « On se souvient des courses à pied de Nicolas Sarkozy ou Dominique de Villepin, donc ce rapport au corps n'est pas nouveau. Mais on note une mutation avec la boxe ou la musculation », remarque François Hourmant, professeur de science politique à l'université d'Angers. « Il y a désormais une forme d'injonction : pour incarner la fonction et l'exercer, il ne suffit plus d'être un candidat lettré, il faudrait aussi avoir l'étoffe physique et un corps musclé », ajoute l'auteur de Pouvoir et beauté. Le tabou du physique en politique (PUF).
Contexte de crise
Cette « communication du muscle » n'est pas étrangère à l'essor de la pratique sportive : le pays compte 6,2 millions d'abonnés aux centres de remise en forme. « Dans un monde de vulnérabilités, traversé par les conflits et les crises sanitaires, chacun revient à son corps, et les politiciens n'y échappent pas », indique l'économiste Guillaume Vallet. « Il y a aussi l'idée que celui qui incarne le pouvoir doit être prêt à partir au combat, capable d'assumer le rapport de force. Ce n'est pas le muscle massif qui est recherché, mais le muscle en mouvement, prêt à faire face à l'imprévu », poursuit l'auteur de La Fabrique du muscle (L'Echappée).
Dans un contexte de tensions avec la Russie, Emmanuel Macron n'hésite pas à se mettre en scène sur ses réseaux sociaux en boxeur aux biceps (sur) gonflés en mars 2024. Quitte à reprendre les codes utilisés principalement par les leaders autoritaires, comme Vladimir Poutine. « Quand Jean-Marie Le Pen pose torse nu en boxeur en 1988, c'est une communication dissonante, qui évoque la notion d'ordre prônée par le Front national. Cela évoque aussi les violences verbales et physiques du parti. Mais aujourd'hui, l'exercice du pouvoir requiert une forme supposée de virilisme qui s'incarne notamment à travers le corps et les muscles », ajoute François Hourmant.
Des codes « plus difficiles à reprendre pour les femmes, car elles iraient contre les stéréotypes de genre », ajoute le chercheur. Cela n'empêche pas quelques responsables politiques, comme Rachida Dati, de s'afficher en gants de boxe ou haltère au poing. « L'attitude viriliste appartient au monde des hommes, qui en ressort donc renforcé », appuie Guillaume Vallet.
« Je trouve ça ridicule »
Autrefois marginale, la musculation est désormais répandue sur l'ensemble de l'échiquier politique. En campagne municipale à Paris l'été dernier, le communiste Ian Brossat dévoile ses imposants biceps dans une vidéo d'Actu.fr. « Je ne m'y suis pas mis pour en tirer un bénéfice politique. C'est plutôt une échappatoire à la politique, ça me permet de souffler », précise-t-il à 20 Minutes. « Dans les périodes de campagne, c'est important d'être en forme. Mais la symbolique, l'incarnation de la force, je trouve ça un peu ridicule. On est d'ailleurs très peu nombreux à utiliser la salle de sport du Sénat… », s'amuse le sénateur.
L'origine de sa passion a pourtant un lien avec la politique. « Lors d'un Conseil de Paris un peu chaud, Bertrand Delanoë (alors maire de la capitale) m'avait lancé un ”arrête de montrer les muscles que tu n'as pas”, ça m'est resté dans un coin de la tête… », confie Ian Brossat. Critiquer un adversaire sur son apparence physique reste une pratique répandue dans le monde politique.
« On remarque encore que lorsqu'on veut disqualifier un responsable politique, on le dévirilise, à travers des photos ou des surnoms », rappelle François Hourmant. François Hollande a souvent été qualifié de surnoms « peu flatteurs », comme « Flanby » ou « Fraise des bois » par ses détracteurs. Nicolas Sarkozy a ainsi conseillé à Bruno Retailleau de changer son régime alimentaire pour prendre de l'épaisseur et ainsi mieux incarner l’autorité qu’il entend défendre pour 2027, selon un indiscret du Point. A peine lancée, la campagne présidentielle promet des débats musclés. A tous les points de vue.
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