Publié
Mis à jour
Temps de lecture : 4min
/2026/06/12/6a2c14dee87b9839390389.jpg)
Malgré cinq mois de conflit, et des visas arrachés dans le temps additionnel, la “Team Melli” fera bien son entrée dans la compétition contre la Nouvelle-Zélande lundi soir. Déjà une victoire en soi.
“On est forts. Rien ne peut nous arrêter. On va aller loin.” C’est par ces mots qu’un membre du staff de l’Iran décrit, auprès de franceinfo, l’état d’esprit de son équipe à la veille de son entrée en Coupe du monde. Alors que la “Team Melli” affronte la Nouvelle-Zélande, lundi 15 juin, à 3 heures du matin (heure française), l’imaginer monter sur le toit du monde reste relativement improbable. Mais qu’elle puisse fouler la mythique pelouse du Sofi Stadium de Los Angeles, en phase de poule, est déjà une sacrée victoire en soi.
/2026/06/11/6a2a14d33d1dd774365763.jpg)
Car des 48 pays qualifiés pour la Coupe du monde de football, l’Iran est celui qui a connu la préparation la plus chaotique. Fin février, l’opération militaire lancée conjointement par les Etats-Unis et Israël a littéralement tout pulvérisé : l’agenda, les infrastructures et le moral des troupes. “On pourrait être morts en ce moment, lâche un employé de la fédération iranienne de football, que nous avons joint à Téhéran. Même moi, quand je vois les cinq derniers mois, je n’arrive pas à y croire.”
“Je ne pensais pas qu’on arriverait à se maintenir dans le tournoi.”
Un employé de la Fédération iranienne de footà franceinfo
Et il n’est pas le seul. “Les Etats-Unis, pays organisateur de la Coupe du monde, qui bombarde l’Iran, une équipe qualifiée ? C’est du jamais-vu !” lâche un fin connaisseur de la Fifa, interrogé par franceinfo au début du conflit.
Dans la foulée des premières frappes israélo-américaines et de la mort de l’ayatollah Khamenei, décision a été prise de suspendre le championnat iranien, où évolue la grande majorité des joueurs de la sélection nationale. A sept journées de la fin, voilà les footballeurs “bloqués chez eux”. “Chacun s’entraînait à la maison ou à la salle de sport”, raconte le journaliste Hatam Shiralizadeh, qui suit la “Team Melli” pour Tasnim, l’agence de presse officielle iranienne. “Le staff technique de l’équipe nationale restait en contact permanent avec eux.” Du moins quand internet n’est pas en rade.
Par chance, aucun joueur ou membre du staff n’a été blessé dans les bombardements. Mais il s’en est parfois fallu de peu. Situé dans le quartier Chitgar, à l’ouest de Téhéran, le domicile de l’arrière droit Saleh Hardani a été endommagé, comme il l’a rapporté, encore sous le choc, dans l’émission “Football Bartar” sur Channel 3. “Dieu merci, personne n’était à la maison.”
Comme un symbole : le centre sportif Azadi, où l’équipe nationale d’Iran avait décroché son billet pour sa septième Coupe du monde, a lui aussi été endommagé. Des photos et des vidéos authentifiées par The New York Times montrent les décombres encore fumants au-dessus du stade.
En avril, le cessez-le-feu signé avec les Etats-Unis redonne une once d’espoir au sélectionneur Amir Ghalenoei. Il organise alors des mini stages, de cinq à six à jours à chaque fois, pour maintenir tant bien que mal la condition physique de ses joueurs. Mais pendant que la “Team Melli” travaille le cardio, Donald Trump continue de souffler le chaud et le froid sur l’octroi des visas. “L’équipe nationale iranienne est la bienvenue à la Coupe du monde, mais je ne crois vraiment pas qu’il soit approprié qu’elle y participe, pour sa propre vie et sa sécurité”, déclarait-il le 12 mars.
“Un coup, on peut venir, un coup, non. Un coup, on a les visas, un coup, non…”
Un employé de la Fédération iranienne de footà franceinfo
Alors, le 23 mai, à deux semaines du coup d’envoi de la Coupe du monde la plus gigantesque jamais organisée, décision est prise par les instances iraniennes de changer de plan. Annulé, le camp de base à Tucson, en Arizona : la délégation s’installe finalement plus au sud, au Mexique, à Tijuana. A l’entrée du camp, stationnent en permanence plusieurs pick-ups de la garde nationale mexicaine, remplis d’hommes en uniforme, visages masqués et équipés d’armes lourdes.
/2026/06/11/6a2a45005e77f360006912.jpg)
La star iranienne Sardar Azmoun ne verra rien de tout ça. Malgré ses 57 buts en 91 sélections, l’attaquant ne fait pas partie de la liste retenue pour affronter la Nouvelle-Zélande, l’Egypte, la Belgique et plus si affinités. Le régime l’accuse de “trahison” après une photo prise avec Mohammed ben Rachid al-Maktoum, l’actuel Premier ministre des Emirats arabes unis, pays considéré par l’Iran comme un ennemi.
Contacté, le joueur n’a pas donné suite aux sollicitations de franceinfo. “Critiquer le régime, c’est prendre le risque de se faire virer, peu importe qui tu es. Et c’est encore plus vrai en ce moment où c’est très tendu”, confie un proche de la fédération iranienne. Lui-même préfère témoigner anonymement.
Chaque apparition, chaque déclaration de l’équipe d’Iran sera donc scrutée. Ahmed Donyamali, le ministre des Sports iranien, prévient que les joueurs rentreront au vestiaire en cas de contestations trop politiques dans les tribunes. “Nous avons informé la Fifa que si [des protestations] hostiles à l’équipe nationale sont scandées (…), le sélectionneur de l’équipe sera tenu d’arrêter le match”, a-t-il affirmé, selon l’agence Isna.
Programmée le 27 juin à Seattle, la rencontre Iran-Egypte donne déjà des sueurs froides aux forces de police américaines : la marche des fiertés y est organisée au même moment, alors que l’homosexualité est condamnée dans ces deux pays. Mais le match le plus tendu pourrait avoir lieu en huitièmes de finale : l’Iran peut potentiellement retrouver les Etats-Unis, en cas de parcours favorable en poules. En 1998, les deux pays s’étaient déjà affrontés. A l’époque, les deux pays avaient posé bras dessus bras dessous, pour une photo collective devenue historique.
/2026/06/15/6a2f24b427799572228480.jpg)

/2026/06/07/6a25a23ea8487202904775.jpg)


