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Coupe du monde 2026 : comment lEquateur est devenu le troisième poids lourd dAmérique du Sud grâce à un milliardaire

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Attention : surprise en approche ! Pour sa cinquième participation, l’Equateur espère bien faire aussi bien, voire mieux, que son huitième de finale du Mondial 2006. Un objectif qui peut sembler ambitieux pour les Equatoriens, sortis des poules qu’une fois en quatre participations, et qui lancent leur Mondial dans la nuit lundi 15 juin face à la Côte d’Ivoire (1h00), avant de défier l’Allemagne et le Curaçao dans le groupe E. Mais ça, c’était avant qu’un club de la banlieue de Quito ne révolutionne le football équatorien. Au point d’en faire un des plus puissants d’Amérique du Sud.

La preuve : l’Equateur a terminé deuxième des éliminatoires sud-américains derrière l’Argentine, malgré un retrait initial de trois points pour une histoire de passeport frauduleux. Avec sa défense de fer (cinq buts encaissés en 18 matchs), la Tricolor a laissé dans son rétroviseur la Colombie (3e), l’Uruguay (4e), le Brésil (5e) et le Paraguay (6e). Le tout en ne perdant que deux matchs : en Argentine (0-1), et contre le Brésil (0-1). Ce n’était donc pas étonnant de voir l’Equateur regarder dans les yeux les Pays-Bas (1-1) et le Maroc (1-1) en mars dernier. Car, en quelques années, les Equatoriens ont changé de dimension.

Septième pays le plus peuplé d’Amérique du Sud, avec 17 millions d’habitants, l’Equateur a longtemps été un pays de seconde zone à l’échelle footballistique. Qualifié pour son premier Mondial en 2002, il avait réussi à se hisser jusqu’en huitièmes de finale en 2006 (battu 1-0 par l’Angleterre), avant d’être éliminé dès les poules en 2014 et 2022, malgré un succès lors du match d’ouverture contre le Qatar. Voilà pour les coups d’éclat d’une sélection qui n’a jamais fait mieux qu’une quatrième place à la Copa America (1993), mais qui reste sur trois quarts de finale sur les quatre dernières éditions, signe de sa montée en puissance.

Le dernier, perdu aux tirs au but face aux champions du monde argentins le 4 juillet 2024, a été vécu comme un échec par une sélection qui ne se contente plus de participer. Car le football équatorien est en plein essor. Un rapport de l’Observatoire du football du CIES dévoile ainsi qu’entre 2020 et 2025, le nombre de joueurs équatoriens expatriés a augmenté de 89%. Parmi eux, on retrouve des noms bien connus comme Willian Pacho (PSG), Piero Hincapié (Arsenal), Joel Ordonez (Bruges), Pervis Estupinan (AC Milan), Moises Caicedo (Chelsea), ou Kendry Paez (River Plate). L’époque où la sélection équatorienne se résumait à Enner Valencia, ex-star de Manchester United, est révolue.

Bien plus qu’une génération dorée, cette révolution doit tout à l’Independiente del Valle. Avant 2006, ce club de Sangolqui, dans la périphérie de la capitale Quito, n’était rien, ou presque. Vingt ans plus tard, les deux tiers de la sélection équatorienne y jouent, ou y ont été formés. C’est notamment le cas de Moises Caicedo, Willian Pacho ou encore Piero Hincapié. Un miracle rendu possible par un homme : Michel Deller, milliardaire équatorien ayant fait fortune dans l’immobilier, les centres commerciaux et les franchises KFC, avant de reprendre l’Independiente Jose Teran en 2006.

Coupe du monde 2026 : comment lEquateur est devenu le troisième poids lourd dAmérique du Sud grâce à un milliardaire

L’équipe d’Equateur avant un match contre l’Arabie saoudite le 30 mai 2026, à Harrison. (AFP)

Renommé depuis, l’Independiente del Valle (IDV) est passé de la troisième à la première division en trois saisons, a été sacré deux fois champion d’Equateur (2021, 2025), a remporté une coupe nationale (2022), deux Copa Sudamericana (l’équivalent de la Ligue Europa, 2019 et 2022) et même été finaliste de la Copa Libertadores (équivalent de la Ligue des champions, en 2016). Le secret de cette réussite ? Pas le chéquier de Michel Deller, mais un projet : faire de l’IDV le plus grand centre de formation du pays.

“Il manquait un vrai travail de détection et de formation, des infrastructures dignes de ce nom, un modèle de gestion. En fait, cette idée de racheter un club part avant tout d'une double frustration : celle de voir notre sélection souffrir et nos joueurs échouer à l'étranger”, résumait, dans So Foot en octobre, Santiago Morales, banquier et ami de Michel Deller, également à l'origine du projet. “Les joueurs d'ici sont rapides, puissants et techniques, une combinaison fantastique au plus haut niveau. Depuis qu'IDV est là, l'Equateur est devenu la troisième puissance du continent derrière l'Argentine et le Brésil. C'est un changement complet de logiciel, de mentalité. Avant, il y avait plus d'indiscipline et de goût pour la fête”, ajoutait Jorge Célico, sélectionneur des U20 équatoriens de 2017 à 2022.

Doté d’installations flambant neuves et ultramodernes, l’Independiente del Valle a ensuite tissé un réseau de recrutement en mobilisant des scouts sur tout le territoire. Passé par le FC Barcelone, le Real Madrid et l’Aspire Academy du Qatar, Miguel Angel Ramirez supervise tout cela, après avoir été entraîneur en 2019-2020. “Quand je suis arrivé, Michel voulait qu’Independiente del Valle devienne un des meilleurs centres de formation au monde. On m’a dit que le plus important était de former l’entraîneur, car c’est lui qui va avoir un impact au quotidien sur le joueur. C’était le chantier prioritaire”, expliquait en 2022 l’Espagnol à Eurosport.

“On entendait souvent des commentaires négatifs sur la mentalité du joueur équatorien, ajoutait Ãngel Ramirez, Mais en travaillant comme IDV, cette génération est simplement bien mieux préparée. Les précédentes pouvaient avoir le même talent, mais elles n’ont pas été aidées de la même manière”. Cours d’anglais, media training, psychologues, nutritionnistes… L’IDV met les petits plats dans les grands pour former les talents de demain, dans son complexe de 14 hectares, loin de toute pression populaire. En témoignent les 12 000 places du stade, flambant neuf lui aussi, mais où ne règne pas la même passion que chez les voisins historiques de la LDU Quito ou l’Universidad Catolica.

Chaque année, l’Independiente del Valle consacre un tiers de son budget annuel à la formation, et organise un tournoi international U18, la Copa Mitad del mundo, où se pressent chaque année 200 recruteurs du monde entier. Car la recette du roi du poulet Michel Deller fonctionne à merveille. Le “Steve Jobs du football”, également propriétaire du CD Numancia (D4 espagnole) et de l’Atlético Huila (D2 Colombienne) a transformé l’IDV en pouponnière prolifique. En décembre, Arsenal s’est ainsi félicité de la signature des jumeaux Edwin et Holger Quintero (16 ans), deux purs produits de l’IDV et “deux des jeunes talents les plus prometteurs d'Amérique du Sud” selon le club anglais, heureux de collaborer “étroitement avec l'Independiente del Valle pour leur développement et leur bien-être”.

À 65 ans, Michel Deller semble avoir réussi sa mission : l’Independiente del Valle est leader du championnat local et qualifié pour les huitièmes de finale de Copa Libertadores, à l’entame d’un Mondial qui pourrait être historique pour la Tricolor. Même si le milliardaire, fils de parents germano-polonais ayant fui la guerre, gardait le sens des priorités dans les colonnes de So Foot, en octobre : “Même si mon rêve est que l'Equateur remporte un jour la Coupe du monde avec une majorité de joueurs formés chez nous, ma plus grande fierté n'est pas de gagner des titres ou de fournir des joueurs à la sélection, c'est de transformer des vies à travers le football, d'apporter éducation, sécurité et nourriture à des gamins issus des secteurs les plus vulnérables. Si on arrive à faire ça, je peux mourir tranquille.”