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Le football nest pas le sport le plus juste, mais cest ce qui le rend si passionnant

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Qu'est-ce que ce sport a de plus que les autres ? D'abord la facilité d'accès : tout le monde peut y jouer, même sans apprentissage (ce n'est pas vrai du tennis ou du ski), avec très peu d'équipement (ce n'est pas vrai de l'équitation ou du tennis de table), des règles très simples (ce n'est pas vrai du cricket ou du baseball), sur n'importe quel terrain, pourvu qu'il soit à peu près plan, et quelque nombre qu'on soit. Il suffit d'un ballon, de quelques partenaires et d'un bout de trottoir ou de pré…

C'est ainsi que je l'ai bien souvent pratiqué, parfois presque tous les matins, avec ma bande de copains, devant la porte de notre collège ou dans la cour de récréation… Pas question, dans ces conditions, de jouer au rugby (essayez de plaquer quelqu'un, sur le bitume !). Mais pour le foot, aucun problème : j'en ai gardé quelques joyeux souvenirs, et nous sommes des millions d'anciens petits garçons (les filles, de mon temps, n'y jouaient guère) à pouvoir en dire autant.

Deuxième avantage : c'est un jeu, au moins autant qu'un sport, avec ce que cela suppose de facilité, de détente et d'amusement collectif. Rien à voir avec l'athlétisme ou la natation, tellement plus austères, exigeants, contraignants ! Taper dans un ballon, c'est quand même plus rigolo que faire des longueurs de piscine.

Troisième avantage : c'est un sport qui se pratique avec les pieds, organes par nature malhabiles ou approximatifs (faire quelque chose « comme un pied », c'est le faire mal ou maladroitement), ce qui met tout le monde à l'aise. Les meilleurs avants-centres envoient si souvent le ballon en dehors du cadre qu'on se sent autorisé à faire de même.

Enfin, et peut-être surtout, c'est un sport imparfait et injuste, comme la vie, mais qui n'en est (pour ceux qui s'y intéressent) que plus passionnant. Pourquoi imparfait ? Parce que ce ne sont pas toujours les meilleurs qui gagnent. Cela peut arriver dans d'autres sports, mais plus rarement. Par exemple en athlétisme ou au tennis : celui qui gagne la course ou le match était presque inévitablement, en tout cas ce jour-là, le meilleur. C'est sportivement satisfaisant, humainement quelque peu décevant ou lassant, surtout quand le meilleur reste le même pendant des années.

Alors que dans un match de foot, comme dans la vie, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui gagnent : il y a une part de réussite, de chance ou de malchance, d'aléas, voire parfois d'injustice (les erreurs d'arbitrage), qui peuvent faire gagner l'équipe la plus faible. C'est sportivement injuste, humainement satisfaisant ou réconfortant. Cela laisse davantage de place à l'incertitude, à la passion, à l'espoir et à la crainte, même à la révolte ou à la colère, toutes choses qui rajoutent de l'intérêt au spectacle – mais qui n'excusent ni les lamentables débordements que cela suscite de plus en plus souvent, ni l'instrumentalisation politique dont Donald Trump espère profiter.