À vos marques, prêts, feu, dopez ! Ce dimanche, la ville de Las Vegas (États-Unis) accueille la première édition des “Enhanced Games†(“Jeux améliorésâ€, littéralement), compétition controversée où le dopage est autorisé et encadré, avec des nageurs, des sprinteurs et des haltérophiles ayant tourné le dos, pour la plupart, au monde du sport traditionnel. Celui-ci vilipende de son côté ces « Jeux du dopage ».
La compétition – pour les uns une exploration des limites humaines et technologiques, pour les autres un cirque dangereux destiné à vendre des produits miracles à base de testostérone – a fait couler beaucoup d’encre depuis l’annonce en 2023 du projet de l’homme d’affaires australien Aron D’Souza, dont l’entreprise est entrée en bourse début mai.
Dimanche, 42 athlètes (29 hommes et 13 femmes) participeront donc à ces « Jeux améliorés » dans un casino de Las Vegas avec 2 500 spectateurs. Au programme : de l’athlétisme (100 m), de la natation (nage libre, papillon) et de l’haltérophilie (arraché, épaule-jeté et soulevé de terre). Si un athlète bat un record du monde – qui ne sera évidemment pas homologué -, il décrochera une prime d’un million de dollars. Chaque vainqueur recevra un chèque de 250 000 dollars.
Une seul Français en lice
« Les Enhanced Games sont une opportunité de toucher bien plus d’argent que ce que je pouvais imaginer dans l’athlétisme traditionnel, où tout peut vite s’arrêter. J’ai signé un contrat de plusieurs années. Je ne vois pas comment on peut refuser ça, à part pour le regard des gens », affirmait en novembre le sprinteur Mouhamadou Fall. Actuellement suspendu pour dopage, l’athlète de 34 ans (le seul Français à participer aux “Enhanced Gamesâ€) a décidé de tourner le dos au sport traditionnel, motivé par les primes, curieux « du point de vue performance » et rassuré par les « garanties » reçues en termes de santé. Il sera au départ du 100m au côté de l’Américain Fred Kerley, médaillé de bronze olympique sur 100m à Paris en 2024 et lui aussi sous le coup d’une suspension pour dopage.
Dans un communiqué commun daté du 24 octobre 2025, le ministère des Sports de la Jeunesse et de la Vie associative (MSJVA), le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) et l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) ont déclaré que le dopage est « une violation grave de l'éthique sportive et des valeurs fondamentales d'intégrité, de respect et de responsabilité » et envisageait des sanctions disciplinaires ou pénales si un sportif français participait à ces « jeux ».
Le soutien d’hommes d’affaires influents
Les 42 participants, parmi lesquels également le Britannique Ben Proud vice-champion olympique du 50m nage libre, ont suivi un protocole encadré par des médecins au cours duquel ils ont reçu – dans des quantités variables qui n’ont pas été communiquées – des stéroïdes anabolisants, de la testostérone ou encore des hormones de croissance.
Les résultats sont « fous », a assuré le nageur irlandais Max McCusker, qui dit « nager plus vite qu’avant les Jeux-2024 » et ce alors qu’il a arrêté la natation pendant un an après les JO. « Ça change la donne, a-t-il ajouté. Des records vont forcément tomber. » Persuadé que « le sport propre n’existe pas », il considère qu’il faut vivre « avec son temps » : « les gens veulent voir des chronos qui s’affolent, des athlètes qui battent des records et qui ont des corps impressionnants ». La compétition a reçu le soutien d’hommes d’affaires influents dans la tech, comme le milliardaire libertarien, ultraconservateur et transhumaniste Peter Thiel, ou encore du fils du président américain Donald Trump Jr.
Vente de produits à base de testostérone
La Fédération internationale de natation a interdit tout retour dans son circuit à quiconque participerait aux Enhanced Games. Le président de la Fédération internationale d’athlétisme Sebastian Coe avait quant à lui qualifié en 2024 la compétition de « foutaises ». Pour l’Agence mondiale antidopage, les Enhanced Games sont « dangereux » et « irresponsables ».
Malgré ces menaces, le sprinteur américain Fred Kerley, double médaillé olympique sur 100 m et principale vedette des Enhanced Games, a assuré vendredi qu’il allait concourir « propre » dimanche à Las Vegas. Le médaillé d’argent olympique en 2021 et de bronze en 2024 sur la ligne droite, actuellement suspendu par l’unité antidopage, a même déclaré qu’il visait toujours les Jeux de Los Angeles en 2028. « Je n’en ai pas besoin (du dopage, ndlr). Dieu m’a donné ma vitesse pour une raison. Je suis ici pour montrer mon talent », a indiqué Kerley vendredi. L’Américain de 31 ans assure qu’il affrontera « propre » des concurrents qui ont pu avoir accès à des stéroïdes anabolisants, de la testostérone ou encore des hormones de croissance. Également champion du monde du 100 m en 2022, il a assuré lors d’un point presse qu’il participait aux Enhanced Games pour des raisons financières
Les organisateurs, qui vendent en parallèle des produits à base de testostérone, affirment que seuls les produits approuvés par l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux ont été autorisés et que tout a été contrôlé par une équipe médicale indépendante. « C’est de la science, ce n’est pas fait n’importe comment. D’un point de vue commercial, ils ont tout intérêt à faire attention. S’il arrive un problème, ils vendraient moins », estime Mouhamadou Fall. Le professeur à l’université de Birmingham spécialisé dans les questions de dopage Ian Boardley a toutefois affirmé que les athlètes « se mettaient en danger », évoquant des complications possibles au niveau du cÅ“ur, du foie ou des reins.
Aucun diffuseur traditionnel n’a accepté de retransmettre la compétition, qui sera diffusée en direct sur YouTube et sur la plateforme de streaming Roku.







