Le Mans FC en Ligue 1 : quelles retombées économiques pour la ville ?
La montée en ligue 1 de football du Mans FC n’est pas une bonne nouvelle que pour les supporters. Elle va aussi générer des retombées économiques pour le territoire, analyse Christophe Lepetit, directeur d’études au centre de droit et d’économie du sport de Limoges.
Budget en hausse, meilleure affluence : la montée des footballeurs du Mans FC en Ligue 1 de football doit générer plus de retombées économiques et médiatiques pour la ville du Mans et pour la Sarthe, à condition de pérenniser le club au plus haut niveau du foot français. Christophe Lepetit est directeur d’études au centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Il explique à ICI Maine quelles sont les retombées économiques espérées et les pièges à éviter.
Ici Maine : La montée du Mans FC en Ligue 1 est une bonne nouvelle pour les supporters. Est-ce aussi une bonne nouvelle pour l’économie sarthoise ?
Christophe Lepetit : Effectivement, c’est probablement une nouvelle dont se réjouiront un certain nombre d’acteurs économiques locaux puisque l’économie d’un club de Ligue 2 n’a évidemment pas grand chose à voir avec celle d’un club de Ligue 1, même si les droits télévisuels ont été sérieusement réduits ces dernières saisons. Le budget du club va probablement augmenter. Et qui dit budget augmenté dit bien sûr masse salariale des joueurs augmentée, mais dit aussi augmentation d’un certain nombre de prestations qui vont être proposées au public sarthois, que ce soit le grand public ou le public VIP. Il y aura donc probablement un recours encore accru aux prestataires et fournisseurs locaux. L’impact économique que le club du Mans pourrait générer sur la saison 2026-2027 devrait être significativement renforcé.
Est-il possible de chiffrer ces retombées économiques ?
Par exemple le club de Rodez, même si son territoire est assez différent de celui du Mans, a communiqué il y a quelques mois maintenant sur un impact économique de 10 millions d’euros pour l’agglomération.
Alors que le club de Rodez évolue en Ligue 2.
Exactement. Pour la Ligue 1, c’est encore différent, ça peut atteindre 10, 15, peut-être parfois 20 millions d’euros. Parfois des clubs accusent des déficits assez conséquents. Ces déficits sont couverts par des actionnaires qui injectent de l’argent dans l’économie locale, de l’argent extérieur. Or Le Mans FC est désormais détenu par un fonds étranger.
Le fonds d’investissement brésilien Outfield. Est-ce aujourd’hui indispensable d’être épaulé par de puissants actionnaires pour bâtir un club capable de durer ?
Oui. Aujourd’hui, dans l’économie de la Ligue 1 et de la Ligue 2 d’ailleurs, avec la diminution très forte des droits télévisuels, c’est un élément capital, voire essentiel d’être adossé à un actionnaire ou des actionnaires relativement puissants qui soient en capacité d’assumer le train de vie d’un club, puisque le modèle économique des clubs français est ainsi fait qu’ils sont très souvent déficitaires sur la partie de leur exploitation. C’est-à-dire que leurs droits télévisés, leur sponsoring, leurs recettes de billetterie ne couvrent pas les masses salariales et les frais d’organisation de matchs. Il y a parfois des activités de transferts qui servent à corriger en partie ce déséquilibre, mais très souvent, à la fin de la saison, il faut avoir recours à l’actionnaire. Et c’est vrai que dans l’effondrement de l’économie de la Ligue 1 que l’on connaît avec des droits télévisés en chute libre, les clubs qui s’en sortent le mieux sont souvent ceux qui ont effectivement un actionnaire puissant. Ce qui est le cas du Mans puisqu’il y a un projet ambitieux avec Outfield qui a indiqué vouloir investir de façon relativement importante.
Le stade Marie Marvingt, ex MMArena, bâti sur un partenariat public-privé, a coûté cher à la collectivité lorsque le club a été mis en liquidation judiciaire. Est-ce aujourd’hui un atout pour le club et pour la ville ?
C’est vrai que Le Mans a cette capacité aujourd’hui à pouvoir s’appuyer sur ce stade qui est déjà sorti de terre, qui a connu les championnats professionnels. Le Mans FC n’a pas la contrainte que peuvent avoir d’autres clubs de devoir réaliser eux-mêmes, ou faire réaliser à la collectivité propriétaire, un certain nombre de travaux durant l’intersaison pour mettre le stade aux normes. Là où d’autres clubs ont même dû aller jusqu’à devoir délocaliser des rencontres dans d’autres villes parce que leur propre stade ne répondait pas aux exigences du football professionnel, voire de la Ligue 1, Le Mans a cette capacité à pouvoir s’appuyer sur ce stade qui va permettre au club de concentrer son énergie sur d’autres projets : bâtir une équipe pour la Ligue 1 et développer plus largement tout ce qui va toucher à la “fan expérience” puisque ce que le club va proposer en Ligue 1 sera certainement assez différent de ce que le club proposait en Ligue 2.
Thierry Gomez, le président du Mans FC, affirme qu’un club qui monte peut aussi être en danger car il change de dimension. Quelles sont les erreurs, selon vous, à ne pas commettre pour éviter un naufrage ?
L’erreur traditionnellement commise, c’est de penser que la pérennité du club en Ligue 1 est quasiment assurée et donc de mettre tout de suite en place une structure de coûts qui soit extrêmement déséquilibrée et peu soutenable sur la durée. C’est-à-dire proposer notamment des contrats aux joueurs, aux recrues en particulier, qui sont peu adaptés aux moyens du club. Il faut garder la tête froide. Je pense que l’ambition du club va être de se maintenir en Ligue 1 l’année prochaine. Il faut donc bâtir un effectif en conséquence, tout en prévoyant bien sûr pour les joueurs qui vont être soit prolongés cet été, soit recrutés, des contrats de travail qui prévoient un salaire de Ligue 1 mais aussi un salaire de Ligue 2 au cas où le club soit relégué à la fin de la saison prochaine. Il faudra faire en sorte que le club puisse baisser de façon mécanique sa masse salariale. Il y a eu des exemples de clubs qui montaient de National à Ligue 2 ou de Ligue 2 à Ligue 1, qui mettaient en place des salaires de la division dans laquelle ils évoluaient et qui malheureusement se retrouvaient ensuite dans une division inférieure à devoir assumer des salaires d’une division qui n’était plus la même. C’est traditionnellement effectivement l’erreur à éviter. Je pense, connaissant Thierry Gomez, qu’il est sensibilisé sur ce sujet-là et qu’il a peut-être même déjà intégré ces éléments-là dans les contrats de ses joueurs.





