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Doping: Inserm calls for addressing the issue beyond elite sports

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Saisi par le ministère chargé des Sports, l’Inserm publie en avril 2026 son expertise collective sur le dopage et les pratiques dopantes en milieu sportif. Douze experts pluridisciplinaires, plus de 3 800 documents analysés, une thèse forte : la lutte antidopage actuelle, calibrée pour le haut niveau, manque la cible majeure que sont devenus le sport amateur et les salles de fitness.

Une prévalence introuvable, des angles morts assumés

La prévalence du dopage reste impossible à résumer en un chiffre. Les contrôles affichent des taux de violation inférieurs à 1 % sur 2016-2019, mais les enquêtes par questionnaire anonyme estiment la prévalence réelle dans le sport de haut niveau adulte entre 14 et 39 % selon les disciplines. Surtout, le rapport déplace le centre de gravité : la consommation de substances visant à améliorer les performances ou l’apparence touche tout autant le sport récréatif, et au premier chef les usagers de salles de musculation – la prévalence vie d’usage des stéroïdes anabolisants y atteint 18,4 %, contre 1 % chez les non-sportifs. Dans les ultra-trails de plus de 100 km, l’usage des anti-inflammatoires non stéroïdiens dépasse 60 %. Le dopage féminin et le handisport restent quant à eux des angles morts de la littérature scientifique.

Des dommages multiples, une prévention à recalibrer

Les dommages sanitaires sont multiples (cardiovasculaires, endocriniens, hépatiques, santé mentale – avec un risque d’addiction aux stéroïdes anabolisants estimé à 30 %), mais les dommages sociaux pèsent autant : athlètes propres dépossédés de titres, sanctionnés livrés à eux-mêmes, réputation durablement entachée des disciplines marquées par des affaires. Le dopage est rarement un acte isolé : l’entourage (entraîneurs, parents, pairs), la culture sportive, la charge d’entraînement, la précarité contractuelle et l’accessibilité de l’offre – Internet et fitness en tête – pèsent autant que les profils individuels. Les programmes de prévention purement “informatifs” montrent des effets limités ; les approches “éducatives”, ciblant les compétences psychosociales et incluant l’encadrement, sont plus efficaces. Mais le sport amateur et les salles de sport restent quasi absents des dispositifs.

Trois inflexions structurantes pour la politique publique

L’Inserm formule trois inflexions structurantes. D’abord, confier le pilotage de la politique de lutte et de prévention à une mission interministérielle (Sports, Santé, Éducation, Justice, Intérieur) en complément de l’AFLD – la Cour des comptes faisait déjà ce constat dès 2015. Ensuite, ne pas transposer aux sportifs amateurs les outils calibrés pour le haut niveau : chez les compétiteurs la lutte antidopage vise l’équité, chez les amateurs elle doit d’abord viser la santé, ce qui élargit le périmètre au-delà de la liste de l’AMA (compléments alimentaires, antalgiques, opioïdes). Enfin, expérimenter une approche de réduction des risques et des dommages (RDRD) inspirée du champ des addictions, cibler les salles de sport, et clarifier le rôle des Antennes médicales de prévention du dopage (AMPD). Le rapport se prononce explicitement contre toute dérégulation type “Enhanced Games”.