Top Hat – je parle du film – commence à Londres dans le salon d'un club pour gentlemen. Tout y est très chic, mais aussi extrêmement silencieux, contrairement à ce nouvel arrivant qui claque son journal un peu trop fort dans son fauteuil club. Pour cause, Jimmy Travers vient de débarquer de Broadway, il est un célèbre danseur de claquettes, invité à Londres par un certain Horace Hardwick pour tenir la vedette dans son nouveau show. Logé le soir dans un hôtel de luxe, Jimmy s'attire en faisant un bruit de tous les diables la foudre d'une jeune mannequin, Dale Tremont qui loge dans la chambre en dessous. Jimmy fait le dos rond devant la demoiselle furieuse mais néanmoins ravissante, et la retrouve le lendemain sous un kiosque en plein orage – ils tombent amoureux sans rien savoir l'un de l'autre, ni leurs noms, ni leurs métiers, ni leurs plans respectifs.
Or ils doivent chacun de leur côté quitter Londres pour Venise**,** à l'invitation d'une même dame, la femme de Horace Hardwick. Une première confusion de personnes enclenche une mécanique inexorable de quiproquos et de gags, qui font de Top Hat l'exemple type de la comédie des erreurs dans la grammaire hollywoodienne, une comédie amoureuse enlevée, gaie, bourrée de sous-entendus sexuels et d'allusions licencieuses, peuplé, notamment, des personnages féminins modernes et émancipés avec un sacré sens de la répartie.Tout cette vivacité malheureusement fait défaut dans le spectacle. Outre que la mise en place des chorégraphies et la qualité des interprètes ne sont peut-être pas optimales – ce qui est toujours très compliqué dans ce type de spectacle où tout doit être au cordeau, il semble que la théâtralité un peu grossière écrase ce qui fait la beauté du film : la fluidité, cette manière d'articuler parfaitement le récit, le danse et le chant. Dans le film, il n'y a pas de moments où les personnages dansent ou chantent pour rien : chaque moment musical est intégré et sert l'avancée de l'histoire et des quiproquos, à l'image de cette première scène de claquettes à l'hôtel qui provoque la rencontre entre les deux amoureux. En ajoutant des numéros dansés et des solos chantés, la troupe anglaise détricote la virtuosité de la comédie musicale de l'âge d'or, et Top Hat ressemble un peu à un vaudeville augmenté de numéros de claquettes. Les personnages perdent en substance et en drôlerie, leurs histoires s'embourgeoisent, et les rapports de force entre hommes et femmes m'ont paru finalement bien plus contemporains dans le vieux film en noir et blanc, que sur la scène, joués en chair et en os avec des timbres d'aujourd'hui. Pour une fois qu'on vous dit que le film est mieux…




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