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Coupe du monde 2026. Notre série American dream : la conquête de lOuest de Frédéric Lipka

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« Je suis bien content de ne pas avoir été choisi ! » Avec le recul, Frédéric Lipka se dit qu'il a eu de la chance de ne pas avoir rebondi dans un autre centre de formation français après la fin de son contrat au Havre, en 2013. Il y a bien eu des contacts, mais rien ne s'est concrétisé, ouvrant la porte à un autre projet, via l'agent Jérôme Meary bien implanté aux Etats-Unis : aider la MLS à mieux former ses entraîneurs et ses joueurs.

« En France, tout était déjà fait, on ne pouvait plus faire bouger les projets qu'à la marge. Là, je pouvais avoir un impact direct. Il y a eu ce moment de lucidité de ma part et aussi cette envie très personnelle d'avoir une nouvelle expérience de vie avec ma famille, d'offrir une ouverture d'esprit à mes enfants », témoigne le Mosellan, qui a pris un nouvel itinéraire à 43 ans.

Coupe du monde 2026. Notre série American dream : la conquête de lOuest de Frédéric Lipka

Frédéric Lipka a mis tout son savoir-faire au service de la formation des jeunes footballeurs aux Etats-Unis. Photo DR

« Ici, on ne demande pas combien ça coûte, mais combien ça va rapporter »

Devant le constat que la ligue nord-américaine dépense son argent « n'importe comment », une aide extérieure était donc nécessaire. La formation française, à la qualité mondialement connue, n'a pas été choisie par hasard. Et le futur coordinateur a immédiatement mis la FFF dans la boucle via le directeur technique national (DTN) François Blaquart pour s'appuyer sur le savoir-faire fédéral.

Durant deux ans, le voilà consultant pour ce nouveau programme dispensé à Clairefontaine et aux Etats-Unis où les candidats au diplôme sont sur le terrain, dans les clubs, pour favoriser les échanges. Le Lorrain, lui, essaie de faire évoluer les mentalités. Là où on comptait outre-Atlantique sur les colleges pour former les futurs joueurs, lui impose une vision plus européenne avec une prise en charge dès l'adolescence.

« Pour améliorer la culture de la formation, il ne fallait pas se baser sur les critères locaux mais mondiaux, insiste-t-il. Moi, j'étais là pour apporter une vision stratégique et construire un système symbiotique. » Avec trois piliers identifiés pour passer un cap : les compétitions de jeunes, la formation des encadrants et le développement d'un environnement (école, académie, partie médicale, etc.) favorable.

Dans un pays où le soccer est soumis à rude concurrence (MLB, NHL, NBA, NFL), Frédéric Lipka découvre une autre mentalité qui lui plaît. « Ici, on ne demande pas combien ça coûte, mais combien ça va rapporter. » Les contraintes et la dynamique ne sont pas les mêmes qu'en France où « on gère plus le côté économique que le projet en lui-même ».

« Le football, en Amérique du Nord, c'est un melting-pot »

Libéré de ce carcan, il se plaît à façonner la formation nord-américaine. Et grâce à ses progrès en anglais, qui ont d'abord été un frein à une future embauche, il intègre en 2015 la MLS. Direction New York et un office de 350 personnes au-dessus du Madison Square Garden.

« Je n'étais pas le plus américain des Français, mais j'ai été résilient. J'ai apporté mes compétences techniques, intellectuelles et émotionnelles, confie celui qui habite depuis une décennie Jersey City. Le football, en Amérique du Nord, c'est un melting-pot. Chaque Etat a sa culture et son immigration. Pour bien le comprendre, j'ai mis les mains dans le cambouis, découvert les Etats-Unis et le Canada par le prisme du football. »

Particulièrement bien introduit dans les 30 clubs de MLS, Frédéric Lipka mène un travail de fond autour de la formation des joueurs de 13 à 21 ans, ceux qui sont censés nourrir les effectifs des franchises avant de monter en gamme au niveau professionnel. Avec le fameux ROI, retour sur investissement, cher au business américain dans un coin de la tête. Puisque les transferts sont une des trois sources de revenus avec la vente de billet et les droits TV.

« Travailler sur un projet comme ça, cela n'aurait pas été possible en France, indique le vice-président et directeur technique de la Major League Soccer. J'ai eu des contacts pour des postes de directeur sportif (en Europe), mais il manquait une définition claire du poste. Et le football va encore grandir aux Etats-Unis. Il reste beaucoup à faire. »