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REPORTAGE. "Ce nétait pas quun match de foot" : pour la première rencontre de l'Iran à la Coupe du monde 2026, la guerre des drapeaux sest prolongée jusque dans le stade

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Pour son entrée dans la compétition, la Team Melli a partagé les points du match nul face à la Nouvelle-Zélande (2-2). Mais dans les tribunes, tous ceux qui portaient le maillot de l’Iran ne souhaitaient pas forcément la victoire de leur pays.

Le speaker du SoFi Stadium de Los Angeles n’a pas fini d’annoncer l’hymne national de la République islamique d’Iran qu’un vacarme recouvre les premières notes. Dans les gradins, Sara Barahman tourne le dos au terrain en signe de protestation. “On ne peut pas faire comme si tout était normal, se fâche l’étudiante américano-iranienne de 22 ans. Ce n’est pas l’équipe d’Iran qui joue, c’est l’équipe du régime et donc celle de toutes les atrocités qu’il commet. Je ne veux rien avoir à faire avec ça.” Autour d’elle, assure-t-elle, “tout le monde a sifflé l’hymne”. Présent en tribune présidentielle, Gianni Infantino, le président de la Fifa, n’a pas forcément apprécié le spectacle. “Fuck…”, lâche même un officiel de l’instance, désabusé devant ce moment qui ramène la compétition sur le terrain (géo)politique.

Après cinq mois de guerre et des visas arrachés à la dernière minute, la participation de l’Iran à sa septième Coupe du monde tenait déjà du miracle. Pour son entrée en lice face à la Nouvelle-Zélande, dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 juin, la Team Melli a également dû faire face à l’hostilité d’une partie de ses supporters.

REPORTAGE. "Ce nétait pas quun match de foot" : pour la première rencontre de l'Iran à la Coupe du monde 2026, la guerre des drapeaux sest prolongée jusque dans le stade

REPORTAGE. "Ce nétait pas quun match de foot" : pour la première rencontre de l'Iran à la Coupe du monde 2026, la guerre des drapeaux sest prolongée jusque dans le stade

Sara Barahman a réussi à rentrer dans le SoFi Stadium à Los Angeles (Etats-Unis) avec le drapeau orné d’un lion et un soleil, symbole de l’opposition iranienne au régime. (SARA BARAHMAN)

“C’est compliqué comme situation…, nuance Kourosh, un autre supporter. Je n’ai rien contre les joueurs. Je sais que s’ils parlent de ce qu’il se passe dans le pays, ils risquent de le payer. Alors oui, ils se taisent. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont d’accord.” Au dos de son maillot rouge s’étale d’ailleurs le nom de Sardar Azmoun, l’attaquant vedette de la sélection, passé par le Bayer Leverkusen et l’AS Roma, mais pas retenu pour le tournoi mondial : le régime l’accuse de “trahison”.

Lui s’était promis de célébrer si son pays marquait. Alors à la 35e minute, quand le défenseur Ramin Rezaeian a égalisé, le trentenaire à la barbe soignée s’est bien levé de son siège. Rebelote à la 64e, quand l’attaquant Mohammad Mohebi a ramené l’Iran à 2-2 au tableau d’affichage d’une tête rageuse.

Sur les 70 000 spectateurs du SoFi Stadium, une grande majorité n’a pas fait plus d’une heure de route pour relier l’enceinte. Situé à l’ouest de la Cité des anges, le quartier de Westwood, surnommé “Tehrangeles”, abrite la plus importante diaspora iranienne du monde.

Trois heures avant le coup d’envoi, 300, peut-être 400 manifestants se sont massés aux abords du stade. Le cortège se tient chaque dimanche depuis janvier, pour protester contre le massacre des opposants au régime. Cette fois-ci, le rassemblement a été décalé d’un jour pour coïncider avec le match.

Des exilés iraniens opposés au régime manifestent devant le SoFi Stadium à Los Angeles (Etats-Unis), avant le coup d'envoi du match de Coupe du monde entre l'Iran et la Nouvelle-Zélande, le 15 juin 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Des exilés iraniens opposés au régime manifestent devant le SoFi Stadium à Los Angeles (Etats-Unis), avant le coup d'envoi du match de Coupe du monde entre l'Iran et la Nouvelle-Zélande, le 15 juin 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Des exilés iraniens opposés au régime manifestent devant le SoFi Stadium à Los Angeles (Etats-Unis), avant le coup d’envoi du match de Coupe du monde entre l’Iran et la Nouvelle-Zélande, le 15 juin 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

“L’équipe de football de la république islamique terroriste ne représente pas le peuple iranien”, peut-on lire sur l’une des pancartes de ces partisans de Reza Pahlavi, fils de l’ancien chah. Non loin, un nÅ“ud coulant accroché à une potence. “Il symbolise tous nos frères condamnés à mort par ce régime pourri”, s’emporte Iresh. Pour ces militants, une seule mission : être vus en mondovision depuis l’intérieur du stade.

Encore faut-il franchir l’impressionnant dispositif de sécurité. La patrouille de Rob Magas a reçu ordre de se positionner quatre heures avant le coup d’envoi. “Avec les collègues, on a eu deux briefings en deux jours”, raconte le policier, pistolet à la ceinture. Consigne a été passée de confisquer tout objet symbolisant l’opposition iranienne, à commencer par le drapeau “Lion et soleil”, l’emblème des partisans du chah.

Dans la file d’attente, Marjane, étendard de l’ancien régime sur les épaules et tee-shirt assorti, s’agace : “Depuis quand c’est la Fifa qui fait la loi ? Je suis citoyenne américaine, j’ai le droit de porter ce que je veux. Point !” Comme beaucoup, elle va essayer de passer en force. Farhas a rusé en recouvrant le drapeau de la République islamique avec des autocollants raccord avec ses convictions politiques. “Je les cache dans mes poches avant le contrôle, et je les remets sitôt entré au stade.” Muhammad a, lui, barré au marqueur le IR (pour “Islamic Republic”) précédant “Iran” sur son maillot. “C’est pas interdit, ça, je crois.”

Saïna n’a pas eu autant de chance. Son drapeau de deux mètres de large a été retoqué au contrôle. “Pour le symbole, je ne pouvais pas le jeter.” Mais arrivée à la consigne, le tarif de 25 dollars pour un bout de tissu replié l’a fait reculer. “Je l’ai apporté spécialement de Dallas. Autant qu’on le voie !” Elle l’accroche à une barrière, espérant le retrouver après le match. Ce ne sera pas le cas. Quelques minutes après, une salariée de la consigne le décroche et le dépose dans un sac-poubelle.

Les partisans qui se revendiquent du régime des mollahs se font plus discrets. L’un d’eux, le regard caché par de grosses lunettes teintées, refuse de dire son nom : “Moi, je suis venu soutenir mon pays. Je suis en minorité ici.” Mehmet, vêtu du maillot officiel avec le drapeau de la République islamique : “Je suis là pour voir du foot et me réjouir pour mon pays. Ce n’est pas souvent que ça arrive.”

Vendeur à la sauvette de petits drapeaux des pays du Mondial, dont celui de l’Iran, Nick est pris à partie par les partisans du chah, omniprésents autour du stade : “Vous n’avez pas honte de vendre ça ?” Sale journée pour le business. “J’en ai vendu deux. Une misère. Je me demande si je ne vais pas les ranger pour éviter les ennuis”, confie-t-il.

Dans l’enceinte du stade, ils sont nombreux à avoir réussi à faire passer leur drapeau. Derrière les buts, les partisans du régime brandissent l’étendard dès qu’ils pensent être dans le champ des caméras. Plusieurs centaines de drapeaux des supporters du chah disséminés dans le stade y font contrepoint. Et pourtant, passée la crispation du temps des hymnes, une sorte de communion derrière l’équipe gagne l’enceinte. 

Les soutiens du régime des mollahs brandissent le drapeau de l'Iran derrière le but néo-zélandais, lors du match de Coupe du monde Iran-Nouvelle-Zélande, à Los Angeles (Etats-Unis), le 15 juin 2026. (JAMIE SQUIRE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Les soutiens du régime des mollahs brandissent le drapeau de l'Iran derrière le but néo-zélandais, lors du match de Coupe du monde Iran-Nouvelle-Zélande, à Los Angeles (Etats-Unis), le 15 juin 2026. (JAMIE SQUIRE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Les soutiens du régime des mollahs brandissent le drapeau de l’Iran derrière le but néo-zélandais, lors du match de Coupe du monde Iran-Nouvelle-Zélande, à Los Angeles (Etats-Unis), le 15 juin 2026. (JAMIE SQUIRE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Croisé à la sortie du stade, Souan a veillé aux moindres détails pour ne pas prendre parti entre les partisans des mollahs et ceux du chah. Maillot blanc, rouge et vert neutre, drapeau avec juste inscrit “Iran” sur la bande centrale, aucun symbole clivant. “Je ne suis pas venu de San Francisco pour choisir un camp. Ce soir, je soutiens mon pays. Et ça m’a réchauffé le cÅ“ur de voir des gens brandissant les deux drapeaux communiant ensemble.”

L’émotion met du temps à retomber. Mina et sa sÅ“ur Mehrsa sont encore rivées sur leurs téléphones. Pendant toute la rencontre, les deux femmes ont échangé par messages avec leurs proches restés en Iran. L’un demande comment est l’ambiance, un autre veut connaître la réaction des gens à chaque action iranienne. Eux n’ont vu qu’une version tronquée de la rencontre sur la télé d’Etat, qui a camouflé la bronca pendant l’hymne. “Ils savent que ce n’était pas qu’un match de foot, ils savent que le monde nous regardait.” Les larmes coulent sous la casquette de Mehrsa : “C’est un mélange de plein de sentiments. Je ne sais pas dire si je suis heureuse, fière. Un peu tout ça à la fois.” Avant de filer, elle demande : “Vous pensez que le monde a compris ce qui me traverse ?”