Après plus de trois mois de guerre, les États-Unis et l'Iran ont annoncé, ce lundi 15 juin, la conclusion d'un accord mettant officiellement fin aux hostilités. Ces discussions ouvrent une nouvelle séquence diplomatique aux conséquences majeures pour le Moyen-Orient et l'économie mondiale. Le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale, analyse les enjeux de cette séquence.
Le bout du tunnel. Après 108 jours de guerre, Washington et Téhéran ont officiellement annoncé un accord pour mettre fin aux opérations militaires. Partagé ce lundi 15 juin par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur des discussions, ce texte prévoit un cessez-le-feu immédiat, y compris au Liban, ainsi qu'une seconde phase de négociations de soixante jours. L'accord acte également la réouverture du détroit d'Ormuz, axe stratégique par lequel transitait près de 20 % du pétrole mondial avant le conflit. Celui-ci doit officiellement être signé en Suisse ce vendredi 19 juin, à l'issue du G7. Mais ce texte marque-t-il une future paix durable ou seulement une trêve entre deux adversaires historiques ? Éléments de réponse avec le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale.
À lire aussi :
Guerre au Moyen-Orient : accord pour arrêter le conflit, deuxième phase de négociations sur le nucléaire… on vous explique ce qui a été conclu
La Dépêche du Midi : Après 108 jours de guerre entre l'Iran et les États-Unis, qui apparaît comme le grand gagnant de cet accord ?
Jérôme Pellistrandi : Pour l’instant, chacun tente de se présenter comme le grand vainqueur. L’Iran met en avant le fait d’avoir tenu tête à la première puissance mondiale et affirme ne pas avoir été vaincu, même s’il sort très affaibli de ces trois mois de conflit. Du côté américain, la situation est plus ambiguë. Aucun des objectifs annoncés le 28 février (NDLR : date de début du conflit) n’a véritablement été atteint. Il n’y a pas eu de changement de régime, même si celui-ci a été largement décapité, et les avancées sur le dossier nucléaire restent limitées. Les États-Unis peuvent certes revendiquer une supériorité militaire incontestable, mais ils n’ont pas obtenu le succès stratégique qu’espérait Donald Trump lorsqu’il a lancé cette opération. Toutefois, ces discussions n’aboutissent pas encore à  un accord de paix. Il s’agit davantage d’un mémorandum d’entente ouvrant la voie à de futures négociations.

Au-delà de l'arrêt immédiat des combats, que contiennent concrètement ces discussions et quels sont les principaux sujets qui devront être négociés durant les soixante prochains jours ?
Alors ce que l’on sait, c’est qu’un certain nombre de sujets sont sur la table dont le nucléaire, le détroit d’Ormuz et les sanctions économiques dont les Iraniens réclament la levée. Mais si ces thèmes ont bien été identifiés, les positions des deux parties restent aujourd’hui totalement opposées. S’ajoute à cela un autre problème majeur. Israël n’est pas partie prenante à ces discussions et cette absence risque de peser sur les négociations, notamment concernant la situation au Liban et le rôle du Hezbollah.
Je salue l'accord conclu entre les États-Unis et l'Iran, fruit d'un effort diplomatique auquel ont contribué plusieurs partenaires. J'appelle à sa mise en œuvre rapide et complète par tous les belligérants.
Cet accord doit permettre la réouverture urgente et inconditionnelle…
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) June 14, 2026
Justement, vous mentionnez le Liban. Peut-on considérer que cet accord entre Washington et Téhéran ouvre la voie à une désescalade plus large dans la région ?
Il faut l’espérer. Il est important de souhaiter l’ouverture d’une nouvelle phase de discussions susceptible de conduire à une baisse de la conflictualité dans la région. Il faut toutefois rester réaliste. Nous sommes encore loin d’un véritable accord de paix et il faut, pour le moment, exclure l’idée d’une réconciliation entre les États-Unis et l’Iran. Néanmoins, tout ce qui peut favoriser une désescalade est positif. Un élément est d’ailleurs particulièrement significatif car la simple annonce de ces négociations a entraîné une baisse du prix du baril de pétrole. Cela pourrait avoir des conséquences très concrètes sur notre vie quotidienne et sur l’économie en général.
À lire aussi :
REPLAY. Guerre au Moyen-Orient : Donald Trump assure que le détroit d’Ormuz sera “complètement ouvert” dès vendredi
La réouverture du détroit d'Ormuz est présentée comme l'une des mesures les plus importantes. Quelles sont les étapes nécessaires avant un retour à la normale du trafic maritime ?Â
Là encore, la situation est extrêmement complexe, car il existe de nombreuses divergences dans les déclarations des différents acteurs. Donald Trump affirme que la réouverture sera effective dès vendredi 19 juin. Les Iraniens répondent qu’elle le sera, mais selon leurs propres règles. Le principal problème reste donc celui de la sécurité. Celle-ci n’est aujourd’hui absolument pas garantie et il est notamment nécessaire de lancer une opération de déminage, à laquelle la France participera, compte tenu des actions menées par l’Iran dans la zone. Or cela demande du temps. Le détroit d’Ormuz ne se déminera pas en quelques heures. Ce travail nécessitera plusieurs semaines avant de garantir un niveau de sécurité suffisant permettant aux navires de circuler librement.






/2026/06/16/6a30fb69e0303486087199.jpg)