L’événement sportif le mieux sécurisé de l’histoire de l’humanité. Ainsi s’annonce cette édition de la Coupe du monde qui entre dans le vif du sujet ce week-end, avec l’entrée en lice du Brésil et de l’Allemagne. En attendant les Bleus, mardi, à quinze heures face au Sénégal.
La semaine dernière, pour qualifier l’ampleur de la tâche, le Secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Markwayne Mullin, a frappé fort dans la métaphore : « C’est l’équivalent de 78 Super Bowls en 38 jours. » Le directeur du FBI, Kash Patel, a qualifié la préparation de cet événement de « plus grand défi logistique de l’histoire du FBI et de l’histoire américaine ».
Rupture technologique
Première ligne de défense : des moyens humains gigantesques. Plus de 400 agences de sécurité américaines collaborent pour cet événement. Il est officiellement classifié juste en dessous d’une inauguration présidentielle dans la hiérarchie de la sécurité fédérale. C’est ce que l’on appelle un National Special Security Event (NSSE). Le FBI déploie ses unités d’élite : le « Critical Incident Response Group », la « Hostage Rescue Team », des équipes SWAT, des artificiers et des opérateurs anti-drones. L’agence a déjà effectué plus de 300 000 vérifications d’antécédents pour l’ensemble des joueurs, entraîneurs et personnels accrédités.
Des centres opérationnels conjoints (Joint Operations Centers) ont été activés dans chaque ville hôte, réunissant des représentants des forces de l’ordre de 46 pays participants pour un échange d’informations en temps réel.
Reconnaissance faciale
Si la dimension humaine est fondamentale, c’est la technologie qui constitue la rupture la plus marquante du dispositif 2026. Jamais une Coupe du monde n’avait été aussi fortement équipée en outils de surveillance, d’intelligence artificielle et de robotique. Les entrées de stades et les couloirs intérieurs sont équipés de systèmes de surveillance alimentés par l’IA, capables de scanner les visages en temps réel et de les croiser avec des bases de données sécurisées pour identifier les individus signalés ou interdits de stade. La Transportation Security Administration (TSA) déploie depuis près d’un mois des systèmes d’identification sans contact par reconnaissance faciale dans 65 aéroports américains, avec une priorité accordée aux villes hôtes.
Des forces exceptionnelles ont été déployées dans les fan zones. © Douliery Olivier/ABACA
Cette technologie sert aussi à – c’est la terminologie officielle – « fluidifier l’expérience supporter ». Dans plusieurs enceintes, les fans peuvent, sur la base du volontariat, associer leur visage à leur portefeuille numérique pour entrer au stade et effectuer des achats sans présenter ni billet physique ni carte bancaire. Des groupes de défense des droits civiques ont émis des avertissements de voyage, conseillant aux visiteurs étrangers de désactiver les fonctionnalités de reconnaissance faciale de leurs téléphones pour protéger leur vie privée.
Autour de chaque stade, des chiens robots conçus par Boston Dynamics (filiale de Hyundai, partenaire officiel de la FIFA) sont déployés. Équipés de capteurs de balayage et de caméras haute définition, ils assistent le personnel de sécurité dans l’inspection de colis suspects ou l’exploration de zones potentiellement dangereuses, sans exposer des agents humains à un risque inutile.
Crainte d’actes de terrorisme
La FAA (Federal Aviation Administration) a aussi classifié l’ensemble des stades en « No Drone Zones » strictes. Toute intrusion non autorisée expose son auteur à des amendes pouvant atteindre 100 000 dollars et à des poursuites pénales. Le gouvernement américain a alloué la somme de 250 millions de dollars pour la détection et la neutralisation des drones.
Si ces mesures sont aussi radicales, c’est que le FBI et le DHS craignent des actes de terrorisme et d’extrémisme violent en raison de la visibilité mondiale de l’événement et de la concentration de millions de personnes en des lieux fixes et prévisibles. La menace identifiée la plus probable est celle d’acteurs isolés ou de petits groupes, les fameux « loups solitaires » ciblant des cibles molles : fan zones ouvertes, couloirs de transit, hôtels, bars et restaurants. Et l’amour du jeu dans tout ça ?




