Home United States "Son comportement fait parler" : pourquoi la santé de Donald Trump, qui fête...

"Son comportement fait parler" : pourquoi la santé de Donald Trump, qui fête ses 80 ans, est observée avec soin aux Etats-Unis

13
0

Depuis son retour à la Maison Blanche, les capacités physiques et intellectuelles du président américain sont l’objet de toutes les attentions (et de toutes les spéculations). Comme Joe Biden avant lui.

Un spectacle inédit pour marquer deux anniversaires. Donald Trump assiste, dimanche 14 juin, à un match de MMA organisé à la Maison Blanche pour les 250 ans des Etats-Unis. Le président américain fête par la même occasion ses 80 ans, devenant ainsi le deuxième chef de l’Etat en exercice à passer ce cap, après Joe Biden. Et, comme son prédécesseur démocrate, l’élu républicain fait désormais l’objet d’interrogations récurrentes sur sa capacité à diriger le pays à cet âge.

Durant la campagne présidentielle de 2024, Donald Trump était le premier à attaquer l’âge de Joe Biden, qu’il surnommait “Joe l’endormi”. A l’en croire, le président sortant était “fatigué”, diminué mentalement, incapable d’assurer, à plus de 80 ans, un deuxième mandat de chef de l’Etat. Sous la pression de son parti et des médias, Joe Biden avait fini par retirer sa candidature. En face, Donald Trump – plus jeune de quatre ans seulement – avait poursuivi sa campagne en vantant sa propre vigueur, marquée par son énergie indéniable en meeting.

Ironie du temps qui passe, c’est désormais sur la santé du républicain que les médias braquent leur attention. Chacun de ses bulletins de santé est largement commenté. Plusieurs sites d’information, dont MS Now, relevaient ainsi fin mai que Donald Trump s’était déjà prêté à trois visites médicales depuis son investiture, à une fréquence plus élevée que ses prédécesseurs. Joe Biden, lui, le faisait une fois par an. De quoi susciter quelques inquiétudes sur les raisons de consultations si rapprochées.

D’autant que rien n’échappe à la surveillance des caméras et des photographes. Ni les chevilles enflées de Donald Trump, en juillet 2025, ni l’éruption cutanée qui marquait son cou d’une trace rouge vif, en mars, et encore moins les ecchymoses visibles sur ses mains depuis plus d’un an, difficilement cachées malgré une épaisse couche de fond de teint. Début juin encore, le site The Daily Beast évoquait de “nouvelles craintes sur la santé” du président, alors qu’une photo de ses doigts gonflés était largement reprise sur les réseaux sociaux.

"Son comportement fait parler" : pourquoi la santé de Donald Trump, qui fête ses 80 ans, est observée avec soin aux Etats-Unis

"Son comportement fait parler" : pourquoi la santé de Donald Trump, qui fête ses 80 ans, est observée avec soin aux Etats-Unis

Un bleu sur la main de Donald Trump lors d’une rencontre pendant le Forum économique de Davos (Suisse), le 22 janvier 2026. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Le président des Etats-Unis a aussi été filmé les yeux clos durant plusieurs réunions publiques, donnant l’impression qu’il s’était assoupi. Si Donald Trump a assuré avoir simplement fermé les yeux parce qu’il trouvait les échanges “ennuyeux”, les démocrates en ont rapidement fait une question médicale. “L’incapacité de Donald Trump à rester éveillé (…) montre qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas avec sa santé et ses capacités cognitives”, a estimé l’élu californien Ted Lieu, cité par USA Today.

A la Maison Blanche, on vante pourtant la vitalité du chef de l’Etat. Si la porte-parole du président, Karoline Leavitt, a déclaré en juillet 2025 que Donald Trump souffrait d’une insuffisance veineuse chronique – une maladie bénigne et courante chez les personnes âgées –, elle a aussi souligné qu’on ne lui avait détecté aucune “thrombose veineuse profonde ou de maladie artérielle”. Son bleu persistant serait dû à la prise préventive d’aspirine pour fluidifier son sang combinée au fait qu’il “serre plus de mains chaque jour” que tous ses prédécesseurs, selon la présidence.

Donald Trump “présente des fonctions cardiaques, pulmonaires, neurologiques et physiques générales solides”, a également assuré son médecin, dans un rapport de santé rendu public après sa troisième visite médicale. Selon Sean Barbarella, l’élu républicain a un âge cardiaque “d’environ 14 ans plus jeune que son âge chronologique” et il est “pleinement apte à exercer toutes les fonctions de commandant en chef et de chef de l’Etat”. Tout juste a-t-il besoin de surveiller son alimentation et d’augmenter son activité physique en vue d’une “perte de poids”.

Alors pourquoi ces allers-retours à l’hôpital militaire Walter Reed ? A en croire Mehmet Oz, médecin et membre de l’administration Trump, le président “est très méticuleux” et passe des visites régulières parce qu’il “aime les résultats”. “Le président à la capacité unique de continuer à avancer à toute heure du jour et de la nuit, avec une force remarquable”, a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse relayée par USA Today.

Le sujet reste délicat pour la Maison Blanche, qui répond généralement “en évacuant les questions [sur sa santé] d’un revers de main”, observe l’historienne Ludivine Gilli, chercheuse à la Fondation Jean-Jaurès et spécialiste des Etats-Unis. Ces derniers temps, la présidence américaine a toutefois réagi plus frontalement, rapporte The Washington Post. L’administration a créé un “mur de la honte” numérique en avril, affichant et dénonçant des influenceurs ayant relayé des rumeurs sur une visite de Donald Trump à l’hôpital. Une réaction “justifiée”, “car il s’agissait clairement d’une campagne de désinformation organisée et diffusée par des comptes d’extrême gauche”, a défendu Karoline Leavitt.

La Maison Blanche balaie aussi le moindre doute sur les capacités mentales du milliardaire. Dans son rapport rendu fin mai, le médecin présidentiel, Sean Barbarella, a assuré que Donald Trump avait obtenu “30 sur 30” à l’évaluation cognitive, et le président américain lui-même ne cesse de louer son intellect.

“De manière générale, ce qui fait parler n’est pas tant sa santé physique, ni sa santé mentale. C’est plutôt son comportement erratique.”

Ludivine Gilli, spécialiste des Etats-Unis

à franceinfo

L’experte évoque des provocations du dirigeant populiste sur les réseaux sociaux, à commencer par une vidéo publiée à l’automne, en réponse aux rassemblements “No Kings” dénonçant ses actions. Ces images, générées par intelligence artificielle, montrent un président coiffé d’une couronne à bord d’un avion de chasse… et déversant des excréments sur les manifestants. En avril, Donald Trump avait aussi choqué en diffusant une image de lui ressemblant à Jésus – une publication depuis supprimée.

Les menaces d’anéantissement visant l’Iran, en pleine guerre au Moyen-Orient, n’ont fait que nourrir les craintes sur la santé mentale du chef d’Etat. “Une civilisation entière va mourir ce soir. Je ne veux pas que cela se produise, mais ce sera probablement le cas”, a ainsi proféré Donald Trump sur son réseau Truth Social le 7 avril. “Ouvrez le putain de détroit [d’Ormuz], espèce de tarés, ou vous vivrez en enfer !” éructait-il deux jours plus tôt.

Ces réactions avaient provoqué l’indignation dans les rangs démocrates. “Les facultés mentales du président sont en train de s’effondrer”, avait réagi la représentante progressiste Alexandria Ocasio-Cortez. Donald Trump est “devenu fou”, s’est aussi alarmée son ancienne alliée Marjorie Taylor Greene. Certains, surtout des élus démocrates, en appellent désormais au 25e amendement de la Constitution américaine. Un texte évoquant la possible incapacité d’un président à exercer ses fonctions.

Politiques et médias réagissent, mais la santé de Donald Trump – physique comme mentale – inquiète-t-elle l’opinion publique américaine ? Les doutes gagnent légèrement du terrain, selon un sondage pour ABC News et The Washington Post réalisé fin avril. Quelque 59% des sondés considèrent que l’élu républicain n’a pas les capacités mentales nécessaires à la fonction suprême, contre 56% mi-février et 52% en septembre 2025. Pour 61% des Américains (30% chez les républicains et 89% chez les démocrates), Donald Trump “est devenu erratique avec l’âge”, précise une étude pour Reuters. “Des discours mensongers”, a répliqué le porte-parole Davis Ingle. Le président, lui, assurait encore début mai : “Je ne suis pas un sénior. (…) Je me sens comme il y a 50 ans.”