Home War Guerre au Moyen-Orient : le pétrole fait-il basculer la géopolitique ?

Guerre au Moyen-Orient : le pétrole fait-il basculer la géopolitique ?

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En quelques jours, la montée des tensions dans le Golfe a suffi à faire réagir les marchés mondiaux. Les prix du pétrole repartent à la hausse, les investisseurs s'inquiètent et les États surveillent de près l'évolution de la situation. Au cÅ“ur des tensions : le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial.

Faut-il y voir le début d'un nouveau choc pétrolier, ou simplement une crise de plus dans une région structurellement instable ? Dans l’émission Je pense donc j’agis sur RCF Notre Dame, Melchior Gormand s’entretient avec le Général Dominique Trinquand, auteur du livre D'un monde à l'autre, et Frédéric Encel, docteur HDR en géopolitique, auteur du livre La guerre mondiale n'aura pas lieu.

Une crise qui secoue les marchés plus que les approvisionnements

La première conséquence de cette crise est immédiate : les prix du pétrole réagissent fortement. Chaque tension dans le Golfe entraîne une hausse, alimentée par l'incertitude et les risques perçus sur les routes maritimes. Mais pour les spécialistes, il faut relativiser l'ampleur du phénomène. “On n'est pas en 1973”, rappelle Frédéric Encel, en soulignant que le marché est aujourd'hui beaucoup plus diversifié et moins dépendant d'une seule région. Même constat pour Dominique Trinquand, qui insiste sur l'évolution européenne : “L'Europe ne dépend plus de la même façon du pétrole du Golfe”, grâce à la diversification des sources d'approvisionnement.

 

Les marchés réagissent à la seconde.

 

En revanche, les marchés restent extrêmement sensibles. Les armateurs hésitent à traverser une zone devenue plus dangereuse, les assureurs augmentent leurs tarifs et les investisseurs anticipent les risques. Résultat : une hausse rapide des prix, parfois déconnectée de la réalité des stocks. “Les marchés réagissent à la seconde”, souligne Dominique Trinquand, évoquant une volatilité amplifiée par les algorithmes et les effets d'annonce politiques. Pour Frédéric Encel, cette dynamique suffit à créer “un mini-choc pétrolier”, sans pour autant déboucher sur une crise énergétique majeure. Autrement dit, ce n'est pas tant le manque de pétrole qui inquiète aujourd'hui que la peur d'un blocage potentiel.

Une tension géopolitique forte, mais sans basculement global

Si la crise est sérieuse, elle ne signifie pas pour autant une entrée dans une guerre mondiale. Pour Frédéric Encel, les conditions ne sont tout simplement pas réunies : “Il n'y a pas aujourd'hui de blocs militaires comparables à ceux des deux guerres mondiales”. Sur la scène internationale, les grandes puissances avancent avec prudence. Les États-Unis interviennent, mais sans engagement total. La Chine, de son côté, reste en retrait et observe attentivement. “Elle compte les points”, analyse Dominique Trinquand, en évaluant les capacités américaines et leurs marges de manÅ“uvre. 

 

Il n'y a pas aujourd'hui de blocs militaires comparables à ceux des deux guerres mondiales.

 

Dans ce contexte, le pétrole devient un outil stratégique parmi d'autres, utilisé pour peser dans le rapport de force sans nécessairement déclencher un conflit direct. Par ailleurs, le rôle du Golfe évolue. “On ne parle plus seulement du pétrole et du gaz”, rappelle Dominique Trinquand, évoquant le développement d'autres secteurs comme les engrais, l'aluminium ou les composants industriels. Une diversification qui renforce l'importance de la région dans l'économie mondiale. 

Côté européen, la stratégie reste prudente. Il s'agit de sécuriser les approvisionnements tout en évitant l'escalade militaire. Pour Frédéric Encel, la France maintient “une position cohérente”, fondée sur le respect du droit international et la stabilité régionale. Reste enfin un facteur clé : l'imprévisibilité américaine. Le géopolitologue évoque une politique guidée par un “mercantilisme” assumé, où les décisions répondent d'abord à des intérêts économiques, ce qui contribue à renforcer l'incertitude globale.