Le populisme progressiste bouleverse le Parti démocrate. Dans le Maine, Graham Platner, ex-militaire au franc-parler, s'impose face à l'establishment. Ce style contestataire peut-il s'étendre au-delà des bastions urbains ?
Le nouveau visage du Parti démocrate a la barbe broussailleuse, le parler franc et fleuri, et s'habille en jean et t-shirt. C'est en tout cas la dégaine, peu habituelle pour une personnalité politique, de Graham Platner, un ovni politique que personne n'attendait, et qui est en passe de remporter la primaire démocrate pour un poste de sénateur dans le Maine (nord-est des États-Unis).Â
Cet ancien militaire et ostréiculteur de 41 ans sera probablement désigné candidat du parti par les militants, ce mardi 9 juin, alors que l'état-major des Démocrates penchait à l'origine pour une candidate plus classique, Janet Mills, la gouverneure de l'État qui arrive au bout de ses deux mandats. Mais les électeurs semblent en avoir décidé autrement, disent tous les sondages.
Graham Platner est le dernier représentant du camp progressiste à faire irruption sans chercher à ressembler à un modèle classique. Zohran Mamdani, la figure la plus connue, a été élu maire de New York en novembre dernier. Ce mouvement est qualifié de « populisme progressiste ». Il vient agir comme en miroir du populisme de droite, porté avec succès par Donald Trump depuis une dizaine d'années sur le territoire américain. L'homme d'affaires et promoteur milliardaire a cassé les codes de la politique depuis son irruption sur la scène publique.Â
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L'héritage… de Trump
L'arrivée, à gauche, de candidats qui ne parlent pas comme les autres, ne ressemblent pas aux politiciens classiques, et parlent de problèmes concrets plutôt que de grandes théories, est la dernière conséquence de la fracturation opérée par Donald Trump sur l'échiquier politique. Graham Platner, dans le Maine, représente tout cela. Il traîne derrière lui de nombreuses casseroles : un tatouage associé à un symbole nazi dont il dit ne pas avoir connu la signification, des propos jugés sexistes et homophobes, ou encore des déclarations très agressives sur la police. Mais tout le monde a compris, avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, qu'être irréprochable n'était pas essentiel aux yeux des Américains.
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Surtout, Platner s'élève contre l'establishment et c'est cela qui plaît. « La nouvelle démocratie américaine passe par la rue, analyse Lincoln Mitchell, professeur de sciences politiques à la Columbia University de New York. Les manifestations qui ont eu lieu dans les rues de Minneapolis en sont la preuve la plus flagrante. Le courage des habitants de cette ville souligne la force de la société civile américaine et nous rappelle que le changement ne sera pas tracé par une direction du Parti démocrate incapable de saisir la gravité de la crise ni de proposer une stratégie pour vaincre le mouvement MAGA, mais par le peuple américain et ses communautés. »
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« Pour Trump, 2026 est une répétition de 2028 »
Mais cette voie-là peut-elle s'imposer à grande échelle ? Cette gauche, plus radicale dans ses idées et dans son style, peut-elle convaincre au-delà des grandes métropoles ? Ce sera tout l'enjeu des Midterms, ces élections législatives de novembre qui renouvelleront la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Tous les sondages donnent un clair avantage au camp de gauche. Trump bat des records d'impopularité (seulement 38 % d'opinions favorables, un niveau très faible dans un système à deux partis). Les Démocrates devraient reprendre la majorité à la Chambre. Le sort du Sénat reste, quant à lui, incertain.
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« Les opposants à Donald Trump ont retrouvé une énergie collective qui leur avait fait défaut pendant la majeure partie de l’année 2025, estime Lincoln Mitchell. On a de plus en plus le sentiment que les élections de mi-mandat pourraient se transformer en une véritable vague bleue. Mais nous constatons également de plus en plus d’éléments indiquant que le régime Trump est peu susceptible d’autoriser des élections libres et équitables en 2026. Il ne faut jamais oublier que pour Trump, 2026 n’est qu’une répétition générale pour 2028 (NDLR : l'élection présidentielle). »


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