Alors que Pékin accélère sa course à l'espace, les États-Unis s'inquiètent de voir leur suprématie contestée. À tel point qu'un récent rapport du Mitchell Institute for Aerospace Studies estime que l'armée américaine devrait se préparer à déployer des troupes dans des stations spatiales et, à terme, sur la Lune, afin de protéger ses intérêts stratégiques.
Ce sont des images que l'on pensait réservées à la science-fiction – et on pense entre autres à l’excellente série For All Mankind, mais qui pourraient bientôt devenir bien réelles. Pour le Mitchell Institute for Aerospace Studies, très lié au monde militaire américain, via l’Air & Space Forces Association (AFA), la “Space Force” de l’armée américaine devrait se préparer à déployer des troupes en service actif sur la Lune et dans des stations spatiales, afin de contrer les ambitions croissantes de la Chine dans le domaine spatial et militaire.
Dans son dernier rapport, le groupe d'étude américain estime qu'il devient essentiel de lancer un véritable programme de vols spatiaux habités à vocation stratégique, tout en redéfinissant les directives fédérales encadrant ces missions. L'objectif: rivaliser avec les avancées chinoises, notamment l'ambition affichée de Pékin d'envoyer des taïkonautes sur la Lune d'ici 2030.

Car la Chine accélère. Pas plus tard que ce week-end, trois astronautes ont décollé du désert de Gobi à destination de la station spatiale Tiangong, dans le cadre de la mission Shenzhou-23. L'un d'eux doit d'ailleurs rester en orbite pendant un an, illustrant la montée en puissance rapide du programme spatial chinois.
Un casse-tête technologique et juridique?
Ce rapport de 22 pages préconise d'estomper la frontière traditionnelle entre exploration spatiale et opérations militarisées, en incitant les autorités fédérales à intégrer “l'habitation spatiale et lunaire”, ainsi que “les capacités de combat et une approche de défense nationale dans le développement des vols spatiaux habités”.
L'espace n'est cependant pas un territoire que l'on conquiert si facilement… la Lune encore moins. Le déploiement de troupes, même limité, dans les conditions actuelles relève davantage du casse-tête technologique et humain que d'un simple plan de bataille.

S'y ajoute un cadre juridique contraignant: le Traité de l'espace de 1967, auquel les États-Unis comme la Chine sont parties, impose un usage “pacifique” de la Lune et interdit l'établissement de bases militaires ainsi que les manÅ“uvres armées. Le traité prévoit, en outre, l'interdiction de placer des armes nucléaires ou toute autre arme de destruction massive en orbite autour de la Terre, de les installer sur la Lune ou sur tout autre corps céleste, ainsi que de les stocker dans l'espace.
Possible budget de 71 milliards de dollars
Kyle Pumroy, colonel retraité et auteur du rapport, appelle toutefois à reconsidérer ces normes face aux nouvelles réalités stratégiques. “Je ne pense donc pas qu’envoyer des soldats sur la Lune constitue une violation, mais la question de savoir si nous violons ou non le Traité sur l’espace extra-atmosphérique est importante”, clame l’ancien militaire.
“Cependant, le plus urgent est de moderniser ce traité afin qu’il reconnaisse le potentiel économique de la Lune, l’exploitation de ses ressources, notamment de sa glace, et qu’il permette d’utiliser la Lune comme base de lancement pour atteindre Mars et d’autres destinations”.
Qu'il s'agisse ou non d'envoyer un jour des soldats sur la Lune, l’United States Space Force (USSF) poursuit sa montée en puissance. Créée le 20 décembre 2019, cette branche des forces armées américaines dédiée aux opérations militaires dans l'espace voit ses moyens fortement augmenter.
Son budget proposé pour 2027 atteindrait environ 71 milliards de dollars, soit plus du double de celui adopté pour 2026. Une dynamique saluée par Donald Trump, qui revendique la création de cette force. Lors de son discours sur l'état de l'Union, le président américain a insisté sur le rôle stratégique de l’USFF, la décrivant comme “une force de combat formidable”.




