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Après les États-Unis, le cadeau de Londres à Moscou, qui rouvre la porte au brut russe

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Face à l'envolée des prix du pétrole, le gouvernement de Keir Starmer autorise temporairement l'importation de carburant raffiné à partir de brut russe importé de pays tiers. Une décision interprétée comme un retour en arrière.

Promis, il ne s'agit pas d'un allégement des sanctions contre la Russie, jure le premier ministre britannique Keir Starmer. Le Royaume-Uni a annoncé mercredi l'autorisation d'importer du diesel et du kérosène produits à partir de pétrole brut russe raffiné dans des pays tiers comme l'Inde ou la Turquie.

Officiellement, le gouvernement britannique agit uniquement pour protéger les ménages et les entreprises face à l'explosion des prix de l'énergie provoquée par la guerre avec l'Iran. Le Brent évoluait ce vendredi autour de 109 dollars le baril, soit près de 50 % de plus qu'avant la guerre. Londres, allié incontournable de Kiev, cherche avant tout à sécuriser ses approvisionnements en carburants, notamment pour l'aviation. Plusieurs compagnies aériennes ont alerté dès avril sur des risques de pénuries de kérosène pendant l'été. Pour les éviter, le gouvernement a délivré mardi deux licences autorisant l'importation de diesel et de carburant aérien raffinés à l'étranger à partir de brut russe.

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Cadeau au Kremlin

Pour les observateurs, cette décision ressemble fort à un retour en arrière, sinon un cadeau fait au Kremlin. Et ce d'autant plus que Londres avait enfin promis dans un nouveau paquet de sanctions de mettre un terme à ce système de réimportation de brut russe raffiné dans un pays tiers. Un contournement des sanctions qui lui était très reproché.

Cette décision d'octroyer des licences réduit à néant cette promesse puisque, selon Isaac Levi, du CREA, centre de recherche sur l'énergie, à Londres, « 99 % des carburants raffinés provenant de raffineries fonctionnant avec du brut russe (Inde et Turquie) entre le début de l'interdiction britannique du pétrole russe (5 décembre 2022) et fin avril 2026 étaient du diesel ou du carburant pour avions, ceux bénéficiant d'une exemption… ».

La cheffe de l'opposition conservatrice, Kemi Badenoch, a accusé le gouvernement d'acheter du « pétrole russe sale », appuyant le fait que la manne finance la guerre du Kremlin en Ukraine. Même malaise dans les rangs travaillistes, parmi lesquels la députée Emily Thornberry a jugé que l'Ukraine avait été « profondément trahie ».

Manne financière

Cette annonce survient quelques jours après une initiative similaire des États-Unis. Washington a prolongé lundi une exemption permettant à certains pays vulnérables sur le plan énergétique de continuer à acheter du pétrole russe transporté par voie maritime afin de limiter les perturbations d'approvisionnement.

«Pas le moment» de prolonger l’exemption des sanctions sur le pétrole russe, estime le commissaire européen à l'Économie

Décision immédiatement critiquée par Bruxelles. Le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a estimé mardi que « ce n'est pas le moment d'alléger la pression sur la Russie », avertissant que ce type de dérogations risquait d'augmenter les revenus pétroliers de Moscou au moment même où les alliés occidentaux cherchent à affaiblir son effort de guerre, avec un vingtième paquet de sanctions, approuvé fin avril. En janvier, l'École d'économie de Kiev, qui suit de près les ventes de pétrole russe, expliquait qu'en cas d'application laxiste des sanctions, les recettes pour Moscou avoisineraient les 128 milliards de dollars sur 2026 et 2027. Un chiffre sous estimé aujourd'hui, avec la flambée des prix du baril.