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When men from the world of culture help to free speech on sexual violence against children

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Après le combat des femmes lancé par MeToo, les hommes contribuent eux aussi à libérer la parole dans le monde de la culture. Julien Gaspar-Oliveri a ainsi plusieurs fois raconté l’inceste qu’il a vécu. D’abord au théâtre avec La Gueule ouverte, puis dans son film La Frappe qui vient d’être présenté au Festival de Cannes. L’histoire d’un fils qui doit reconstruire une famille et affronter le passé quand son père sort de prison.“La question centrale du film, c’était vraiment comment on peut ne plus aimer ses parents ? Est-ce qu’on peut ne plus aimer ses parents ? Parce que j’ai l’impression que c’est ce qui empêche la parole. C’est dur de dire comment nous croire, puisque ça vient décimer la famille ?” s’interroge le réalisateur, qui a d’ailleurs convié à une de ses projections Romain Lemire, qui vient de publier Clément, .

“Nos récits se font la courte échelle les uns aux autres”, explique l’auteur, lauréat du Goncourt du premier roman. Il l’assure, son témoignage devait passer par la littérature : “J’avais absolument besoin d’un personnage de fiction qui soit un médiateur entre le lecteur et moi.”

Il a publié son livre après plusieurs années de libération de la parole des femmes. “Quand il y a eu le mouvement MeToo il y a dix ans, j’ai vu, senti, constaté que ce n’était pas du tout le moment pour les hommes de prendre la parole, et que c’était le moment pour eux d’écouter”, explique-t-il. Jusqu’au livre de Camille Kouchner, La Familia Grande en 2021. “À partir de là, j’ai commencé à entendre progressivement sur les pancartes, dans les manifs, sur les films militants féministes … ‘Bon, messieurs, nous on a dit tout ce qu’on avait à dire, on en a un peu marre de faire de la pédagogie … Vous avez tout ce qu’il faut autour de vous. On aimerait bien commencer à vous entendre’, cette petite musique a commencé à monter et je l’entends de plus en plus.”François Créton lui, joue en ce moment à Paris au théâtre de Belleville sa pièce Défoncé. Une adaptation d’un de ses textes intitulé Fuck off les années 80 : “Moi je fais partie d’une génération où j’ai été éduqué dans un truc qui est ‘tu es un mec, tu t’es fait violer ? Bien fait pour ta gueule, t’avais qu’à te défendre. Si tu t’es fait violer, t’es une tafiole’. Moi, quand j’étais môme, je ne voulais pas être une tafiole. Je savais pas ce que ça voulait dire, mais j’avais compris un truc, c’est que ça me rejetait du groupe. Donc je ferme ma gueule.”

Des paroles d’hommes, étouffée par d’autres hommes, mais qui se libèrent enfin. alors que les discours masculinistes se multiplient. Guillaume est chef d’entreprise, lui aussi victime d’inceste, il estime que ces récits interrogent également les rapports de domination : “J’espère que c’est une vague qui va continuer. Moi, je pense que les hommes aujourd’hui, de toute façon, ont une énorme part de travail à faire parce que 98 % des violences sont faites par des hommes.”Des récits qui libèrent aussi et surtout la parole d’autres victimes. Dans un café, Laura, 32 ans, nous montre sur son téléphone une vidéo qu’elle regarde en boucle depuis plusieurs jours. On y entend la voix de Frédéric Pommier, chroniqueur à France Inter, qui vient de publier Derrière les arbres, un livre dans lequel il raconte les viols subis entre ses quatre et sept ans. Laura, elle, a été victime d’inceste entre ses 3 et 13 ans. “J’ai vu cette vidéo il y a à peu près une semaine, et c’est à peu près à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait que j’avance et que, je ne sais pas si guérir c’est le bon mot, mais qu’il ne fallait plus que ce trauma dirige ma vie. Ce témoignage, ça donne beaucoup de force parce que ces personnes-là, rendent la parole publique, ça m’aide beaucoup dans ma guérison. Par exemple, j’ai pris rendez-vous dans un groupe de parole de personnes qui ont vécu ça”, confie la trentenaire.

Depuis que Laura a entendu Frédéric Pommier, elle aussi s’est mise à écrire, notamment des lettres de colère qui l’aident, déjà, dit elle, à “réguler” ce qu’elle a encore en elle et à aller mieux.