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Maloya and cultural appropriation: a controversy which escalates and turns into cyberharassment against the singer of the group Saodaj

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C’est tout un système inégalitaire que Gaël Velleyen souhaite dénoncer, en pointant du doigt des groupes ou artistes de la scène musicale réunionnaise tels que Grèn Semé, Alsimi, Sibu Manaï, Gaël Horellou, ou encore Saodaj. C’est d’ailleurs autour de la chanteuse de ce dernier groupe, Marie Lanfroy, que la polémique enfle depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, dans la sphère culturelle notamment.

L’artiste est accusée d’appropriation culturelle du maloya, et fait face à de virulentes attaques.

Regarder le reportage de Réunion La 1ère :

Gaël Velleyen se défend de toute attaque personnelle

La contestation est notamment portée par Gaël Velleyen, le leader du groupe Kréolokoz. Le militant culturel l’assure, ses critiques ne sont pas des attaques personnelles, et ne visent pas que la co-fondatrice des groupes Saodaj et Alsimi – par ailleurs née à La Réunion – mais sont une dénonciation d’un privilège blanc systémique.

C’est pas Marie le problème, c’est un problème de système“, assure-t-il, avant de lancer : “Mi veu ke li rekoné ke li na un privilèj blan !

Ces groupes, dit-il, captent les subventions et se font une place sur les scènes internationales, tout en prenant l’esthétique du maloya, mais sans en assumer le combat antiraciste ou la douleur sociale.

« Mwin mi reprosh pa ryin à Marie personnellement, mi porte un discours qui porte sur l’appropriation culturelle. Kan un zorey i pran nout musik li pass dovan nou, li export, li pran larzen, li pran la limièr, li pran tout mé li pran pa lo komba, la mizèr, li pran pa les douleurs sociales, li pran pa la discriminasyon. »

Gaël Velleyen, leader du groupe Kreolokoz

La remise en cause de tout un système de privilèges

Gaël Velleyen tient aussi à rappeler que le maloya n’est “pas une musique universelle, contrairement à ce que beaucoup i di”. “La musique lé universelle, mais le maloya lé réunionnais“, considère-t-il.

En outre, alors que les groupes qu’il pointe du doigt bénéficient du système qu’il dénonce, le sien par exemple, ne bénéficie pas des mêmes avantages. “Nou, nou peu pa arivé, prendre ce qui nous arrange, et finalement glisser sur le tapis rouge du système qui nous pousse devant, parce que nou, nou lé engagé, nou passe pas les portes parce que nous porte un discours qui passe pas partout“, clame le leader de Kreolokoz.

Une tribune signée par des dizaines d’artistes réunionnais en soutien à Marie Lanfroy

Les attaques contre Saodaj ces derniers jours ont notamment pris la forme d’un cyberharcèlement de l’artiste Marie Lanfroy. Un grand nombre de figures de la musique péi et du monde culturel a co-signé une tribune de soutien à la cofondatrice des groupes Saodaj et Alsimi.

C’est notre devoir collectif d’empêcher que la haine ne détruise des personnes que certain.e.s ont désigné comme des pions qui doivent tomber“, estiment les quelque 200 signataires parmi lesquels on retrouve Danyel Waro, Nathalie Natiembé, Christine Salem, Bernard Joron, Zanmari Baré, Aurus, Gilbert Pounia, Tine Poppy, Fabrice Legros, Emma Nona, Sergio Grondin, Ann O’aro, Jako Marron…

“Aucun pédigrée ne justifie la violence psychologique”

Pour ces artistes, “réduire le maloya à des critères de couleurs de peau ou d’ascendance, c’est empêcher que celles et ceux qui en ont appris les codes et s’y reconnaissent, puissent s’exprimer“. Aussi, poursuivent-ils, “aucune naissance, aucun pédigrée ne justifie la violence psychologique et les attaques physiques“.

« N’ayons pas peur de perdre quelque chose du mouvement de nos musiques ou nos expressions. Ne les mettons pas sous cloche. Tout ceci est mouvant et c’est ce qui les rend vivantes, elles existent sous différentes formes conjointement. Maloya traditionnel, servis kabaré, maloya mélangé, maloya performatif, nourrissent chacune de ses branches. »

Tribune An soutyin du collectif d’artistes réunionnais

Pour les auteurs de cette tribune, si un système existe, rien ne légitime les attaques subies par Marie Lanfroy, et le dialogue doit être ouvert d’une autre façon. “L’expression de la blessure nous semble juste mais nous dénonçons fermement cette méthode de démolition. (…) Aucun combat ne mérite qu’on l’érige en dogme au point d’oublier toute humanité“, écrivent-ils.

Rien ne doit justifier le harcèlement, pour l’Union des Femmes réunionnaises

L’Union des Femmes Réunionnaises (UFR) est elle aussi montée au créneau pour dénoncer le harcèlement subi par l’artiste, tout en rappelant que “les questions relatives à la culture, à la transmission, à l’universalité des musiques traditionnelles peuvent légitimement faire l’objet de discussions“, mais dans le respect.

Pauline Lauret, présidente de l’UFR, dit fermement se tenir “aux côtés des femmes qui sont victimes de harcèlement ou de toute forme de violence“.

« Il faut savoir que Marie Lanfroy est victime de menaces, de harcèlement véritablement caractérisé, et insupportable, pour elle, pour ses proches et pour sa famille. Rien ne saurait justifier la vague de harcèlement qu’elle subit. On comprend très bien à l’UFR que le sujet de l’appropriation culturelle et de l’universalité ou non des musiques traditionnelles ait sa place dans le débat public, ce n’est pas la question. La question c’est ce qu’on en fait. Et le harcèlement, ça sera toujours dénoncé par l’UFR. »

Pauline Lauret, présidente de l’UFR

Si l’ouverture d’un débat public autour de ces questions pourrait aboutir de cette polémique, il s’annonce d’ores et déjà profondément complexe. Marie Lanfroy elle, très durement éprouvée par ces critiques, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.