(New York) D’entrée de jeu, le narrateur de la pub emprunte un ton indigné. “Thomas Massie impliqué dans un ménage à trois à Washington !”, lance-t-il en faisant référence au représentant républicain du Kentucky dont Donald Trump aimerait recevoir la tête mardi.
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Suivent des images montrant Thomas Massie en train de fraterniser avec les représentantes démocrates Alexandra Ocasio-Cortez et Ilhan Omar, bêtes noires de la droite américaine et membres d’un groupe informel appelé “le Squad”.
“Il trompe le mouvement America First avec le Squad”, enchaîne le narrateur en énumérant les votes de Thomas Massie qui ont coïncidé avec ceux des deux démocrates, notamment en opposition au financement du mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
À la fin de la pub, le trio se présente à la réception d’un hôtel, main dans la main. La dernière image montre une porte close avec l’affiche “Ne pas déranger”.
Si l’on porte attention au texte qui apparaît au bas de l’écran, le téléspectateur ou l’internaute peut lire qu’il s’agit d’une “pub sarcastique” créée à l’aide de l’intelligence artificielle (IA) par un groupe appelé MAGA KY.
Néanmoins : Thomas Massie craint que cet hypertrucage contribue à lui faire perdre son siège à la Chambre des représentants mardi lors d’une primaire républicaine où l’emprise de Donald Trump sur les électeurs de son parti sera de nouveau en jeu.
“C’est franchement une insulte pour les électeurs plus âgés qui ne savent même pas que l’IA existe”, a déclaré le représentant à une chaîne de télévision de Lexington.
“Ils vont voir ça et croire que c’est vraiment moi qui sors avec AOC et Ilhan Omar. C’est complètement ridicule.” – Thomas Massie, représentant républicain du Kentucky
La vengeance de Trump
Mais c’est la politique au temps de l’IA et de Donald Trump. Ce dernier profite des primaires organisées en vue des élections de mi-mandat pour se venger des élus républicains qui lui ont manqué de loyauté.
Le 5 mai dernier, il a contribué à écarter de leurs sièges cinq des sept sénateurs d’État qui avaient osé bloquer le redécoupage électoral qu’il réclamait dans l’Indiana. Pour y parvenir, il lui avait suffi de parler en mal d’eux et d’appuyer un de leurs rivaux.
Samedi dernier, Donald Trump a poursuivi sa campagne de vengeance en Louisiane, où le sénateur républicain Bill Cassidy, qui avait voté en faveur de sa destitution en février 2021, a fini au troisième rang d’une primaire dominée par la candidate ayant reçu son appui.
Mais aucun de ces élus n’aura tenu tête à Donald Trump sur plus de sujets que Thomas Massie depuis le 20 janvier 2025.
Avec le représentant démocrate de Californie Ro Khanna, il est le grand responsable de la loi qui a forcé le ministère de la Justice à publier plus de trois millions de documents concernant Jeffrey Epstein, au grand dam du président.
Thomas Massie a également défié Donald Trump en s’opposant à ses droits de douane, à sa “grande et belle loi” budgétaire et à sa guerre en Iran, entre autres.
Résultat : aux dires du président, Thomas Massie est “un désastre complet et total, aussi bien en tant que membre du Congrès qu’en tant qu’être humain”. Dans un message sur Truth Social, il a ajouté : “C’est un incapable qui devrait être destitué dès que possible.”
Le président a donné son soutien à Ed Gallrein, un néophyte politique. Et ses alliés dépensent des millions de dollars pour attaquer le représentant sortant. Figurent parmi ceux-ci les milliardaires pro-Israël Paul Singer, Miriam Adelson et John Paulson, bailleurs de fonds de MAGA KY, le groupe qui a utilisé l’IA pour faire passer Thomas Massie pour l’amant de deux gauchistes.
Une primaire “très serrée”
Détenteur de deux diplômes en génie du Massachusetts Institute of Technology (MIT), fermier de son métier, Thomas Massie représente depuis 12 ans une circonscription située dans le nord-ouest du Kentucky. L’élu de 55 ans se défend d’être anti-Trump, se targuant de voter 91 % du temps pour les initiatives du président. Mais il ne dévie jamais de ses convictions conservatrices et libertariennes.
Cela explique son opposition à la “grande et belle loi” de Donald Trump, dont les baisses d’impôt massives vont faire exploser les déficits à son avis. Cela justifie aussi son refus d’appuyer l’aide militaire à Israël.
“Je suis contre le fait d’envoyer notre argent à l’étranger”, a déclaré récemment Thomas Massie au baladodiffuseur Tucker Carlson.
Mais peut-il survivre aux attaques de Donald Trump et de ses alliés dans une circonscription où l’occupant de la Maison-Blanche a battu Kamala Harris par 36 points de pourcentage en 2024 ?
“Le soutien apporté par Trump à l’adversaire de Massie a rendu la primaire très serrée”, répond Stephen Voss, politologue à l’Université du Kentucky. “En général, les représentants ou sénateurs sortants sont réélus sans difficulté dans le Kentucky. Donc, bien sûr, le soutien de Trump a son importance, mais pour l’instant, ni les informations provenant du terrain ni la logique des comportements électoraux passés ne laissent penser que Massie soit condamné.”
D’autant plus que la mentalité de l’électorat du nord-ouest du Kentucky est plus proche de celle du Midwest que du Sud.
“Bon nombre des électeurs républicains de cette région sont plus conservateurs sur le plan idéologique et moins attachés au mouvement charismatique de Trump”, dit Stephen Voss.
C’est donc dire que Thomas Massie pourrait devenir ce rare républicain à défier Donald Trump sans sacrifier sa tête.




