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Nan Goldin, an unconquered desire for friendship

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Rien n'est plus mortel qu'une soirée diapos entre amis, parce que, nous le savons bien, cette histoire finira mal. Mais si ce slide show est celui de l'inventrice du genre, la grande photographe Nan Goldin — dont la mythique « Ouverture dans un nouvel onglet » peut se voir au Grand Palais —, c'est autre chose n'est-ce pas ? C'est de l'art contemporain, une grande rétrospective que l'on célèbre dans toutes les grandes villes du monde… Mais il faudrait ne pas se laisser griser par la grandeur du mausolée, par la solennité des chambres noires où défilent les images, et retrouver plutôt cette triste banalité d'une soirée diapos entre amis, parce que dans cet ordinaire des choses gît la beauté, la poignante beauté de notre vie de mortels faites d'ennui, d'amour, de coups, de mort, parce que oui, tout cela finira mal. This Will Not End Well : tel est le titre de la rétrospective Nan Goldin qui se tient à Paris, au Grand Palais jusqu'au 21 juin, et à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière jusqu'au 22 juin.

Nan Goldin, an unconquered desire for friendship
Twisting at my birthday party, NYC, 1980 – Nan Goldin

Pour se replonger dans ce “journal intime” photographique, mais aussi mesurer le temps qui passe et ce qu’il fait aux images, Patrick Boucheron s’entretient avec :

    Hélène Giannecchini, commissaire d'exposition, maîtresse de conférences en histoire et théorie de l'art contemporain à l'Université de Lille. Elle a notamment travaillé sur la photographe Donna Gottschalk, à qui elle a consacré l'exposition « Nous autres » au BAL à Paris (2025). Son dernier ouvrage, Un désir démesuré d'amitié, a paru en 2024 dans La Librairie du XXIe siècle des éditions du Seuil.

      Thibault Boulvain, professeur assistant en histoire de l'art à Sciences Po Paris où il anime le séminaire « Arts et société » avec Laurence Bertrand-Dorléac. Spécialiste de l'histoire visuelle des maladies, il a notamment signé en 2021 l'ouvrage tiré de sa thèse, L'art en SIDA, 1981-1997, aux Presses du réel.

      Brian and Nan in Kimono, 1983 – Nan Goldin

      The Hug, New York City, 1980 – Nan Goldin

      Vue de l'exposition “Nan Goldin, This Will Not End Well”, Grand Palais, Paris – Photo Simon Lerat pour le GrandPalaisRmn

      Barbara in Mask, Washington D.C – Nan Goldin

      En fin d’émission, nos invités sont rejoints par Sophie Cras, historienne de l’art contemporain et sociétaire de l’émission. Le temps de sa chronique, elle nous propose d’effectuer un petit tour au département des Antiquités Orientales du Musée du Louvre, pour porter notre regard non pas sur les incroyables vestiges de l'empire perse achéménide ou sur les stèles phéniciennes, mais sur les panneaux de salle et sur les ascenseurs. Vous ne voyez rien de spécial ? C'est normal, car c'est le plus souvent dans un jeu subtil de visible et d'invisible que se joue l'économie politique du musée… Extrait :Ce qu'il y avait à voir il y a encore une poignée d'années sur ces panneaux de salle, c'était un nom, celui de Sackler, richissime famille propriétaire d'une entreprise pharmaceutique américaine, Purdue Pharma, qui au milieu des années 1990 avait financé à hauteur de 10 millions de francs la restauration de l'aile des Antiquités orientales (et en particulier l'installation des ascenseurs). La contrepartie : donner son nom à une enfilade de salles du musée du Louvre. Sauf qu'en 2019, ce nom a été recouvert d'un scotch collé à même le panneau ; et puis un peu plus tard le panneau a été changé le nom n'y apparaît tout simplement plus. Pour qu'il n'y ait “plus rien n'à voir” dans les salles 306 à 316 de l'aile Sully du Louvre, il a fallu qu'il y ait quelque chose à voir dans la cour du Musée. Le 1er juillet 2019, une poignée de militantes et militants menés par Nan Goldin, les pieds dans l'eau du bassin d'agrément qui jouxte la pyramide du Louvre, brandissaient des bannières et scandaient des slogans en français et en anglais pour réclamer le « dénommage » de l'aile Sackler. Celui qui avait été accueilli comme le mécène providentiel presque 25 ans plus tôt – « voici le Louvre à l'américaine » se félicitait le Journal des Arts à l'époque – était désormais synonyme de ce que l'Amérique avait de moins glorieux à offrir : l'épidémie d'addiction à l'OxyContin, un opioïde anti-douleur développé par Purdue Pharma, considéré comme responsable de plusieurs centaines de milliers de décès par overdose outre-atlantique…

      Nan Goldin (au centre), photographe et fondatrice de l’association P.A.I.N. (Prescription Addiction Intervention Now) ©AFP – STEPHANE DE SAKUTIN

        La rétrospective « Nan Goldin – This Will Not End Well » est à découvrir au Grand Palais à Paris du 18 mars au 21 juin 2026, ainsi qu’à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière.Le documentaire “Toute la beauté et le sang versé” de Laura Poitras (2022) est à visionner en intégralité sur la plateforme d’Ouverture dans un nouvel onglet.L’exposition “Nous autres”, consacrée à l’Å“uvre de la photographe Donna Gottschalk, sous le commissariat de Julie Héraut et Hélène Giannecchini, poursuit sa route après avoir été présentée au BAL à Paris. Le catalogue a été co-édité par les éditions du BAL avec l’Atelier EXB.

        Bibliographie sélective :

          Marie Bottin, « La critique en dépendance. La réception de l'Å“uvre de Nan Goldin en France (1987-2003) », Études photographiques, no 17,‎ novembre 2005.Thibault Boulvain, L'art en sida. 1981-1997, Dijon, Les presses du réel, 2021, coll. « Œuvres en sociétés ».Guido Costa, Nan Goldin, Londres, Phaidon, 2013.Hélène Giannecchini, Une image peut-être vraie. Alix Cléo Roubaud, éditions du Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siècle », 2014, postface de Jacques Roubaud.Hélène Giannecchini, Voir de ses propres yeux, roman, éditions du Seuil, coll. « La librairie du XXIe siècle », 2020.Hélène Giannecchini, Un désir démesuré d’amitié, éditions du Seuil, coll. « La librairie du XXIe siècle », 2024.Nan Goldin, 2012 [1986], The Ballad of Sexual DependencyNew York, Aperture.Mélanie Grué, “Paradigmes subversifs du sujet dans la photographie et les écrits de Nan Goldin : Pluralité humaine et révisions épistémologiques”, Sociétés Plurielles, 2018, Épistémologies du pluriel, 2, pp.1-32.Christoph Heinrich (sous la dir. de) (trad. de l’allemand), Émotions & relations : Nan Goldin, David Armstrong, Mark Morrisroe, Jack Pierson, Philip-Lorca diCorcia, Köln – New York, Taschen, 1998.Musiques et archives diffusées pendant l’émission :

            Quatre extraits du film “Toute la beauté et le sang versé” de Laure Poitras, 2022.Donna Gottshalk dans le film “I want my people to be remembered” d’Hélène Giannecchini, 2025.“Fais-moi mal Johnny” interprété par Magali Noël, 1957.Roland Barthes dans “Apostrophe” sur France 2 le 29/04/1977“I’ll be your mirror” de Nico and the Velvet Underground, 1967.“The Bed’s Too Big Without You” de Police, reprise par Sheila Hylton, 1980.