La journée type comprend deux à trois séances d'exposition, parfois une séance avec la psychomotricienne et une séance de psychoéducation sur des sujets variés en fonction des profils (la dissociation, l'ancrage, la régulation émotionnelle, les relations interpersonnelles, les addictions…), le tout entrecoupé de trois séances d'activité physique adaptée (marche, séances de sport collectives…). Répéter inlassablement le souvenir, avec sa charge douloureuse, pour le digérer émotionnellement. “C'est le principe même des théories d'exposition, de se confronter de façon répétée à la charge émotionnelle associée à l'évènement, pour pouvoir réintégrer le souvenir au niveau de la mémoire “, précise Noémie Thoiry. L'exercice est proprement éreintant, de la bouche des patients comme des soignants. “Quand on est sur un rythme classique d’exposition, on peut aller jusqu’à deux, trois expositions par semaine dans un service où le temps le permet », souligne la psychologue. “Ici, on est sur deux séances d’exposition par jour, donc c’est extrêmement intense ! ” D'autant que les patients, épuisés par ce qui vient se rejouer du point de vue émotionnel et corporel revivent dans le même temps une recrudescence des symptômes : des cauchemars, des flashs. C'est ce qu'a vécu Olivia. “Ces deux semaines sont très éprouvantes physiquement parce que pendant cette période-là , les cauchemars peuvent revenir, les flashs ou même les idées suicidaires parce qu'on travaille à fond le traumatisme. On se lève trauma, on mange trauma, on dort trauma pendant deux semaines intensives donc forcément, ça fait bouger beaucoup de choses”.
“Lorsque les patients arrivent, ils sont très stressés, très angoissés, parce qu'ils ont été prévenus par le médecin psychiatre que ça allait être particulièrement intensif et qu'on allait leur faire retraverser les pires traumatismes de leur vie “, confie Adéline Serez, infirmière à l'hôpital de jour REPII. “Ce sont donc des personnes extrêmement motivées, la souffrance psychique est tellement intolérable qu'elles veulent que ça s'arrête “.“On va en effet demander au patient, soit en imagination, soit par la narration, de nous raconter son événement traumatique pour qu'il vive l'évènement ici et maintenant “, explique la soignante. “De ramener le patient ici en sécurité à revivre son traumatisme va lui permettre une désensibilisation. On peut ainsi travailler les évitements, parler des cognitions négatives (ce que le sujet pense de lui à ce moment-là – en général on retrouve de grands sentiments d'impuissance, de la honte, de la culpabilité à ne pas avoir su faire face, mais aussi des constats d'effroi : j'ai cru mourir, je me suis vue morte). Une épreuve, qui se répète.L'équipe pratique aussi des doubles expositions. “Avec l'aide de la psychomotricienne, je me suis lancée dans un travail de désensibilisation des parties du corps réactives au traumatisme (dans mon cas, c'était les bras, le bassin, le dos, les genoux). Il me fallait rejouer la scène d'une agression sexuelle, par des gestes, des positions, des sensations (de poids ou de frottement) tout en explorant les pensées ou les flashs qui y étaient associés “, raconte Olivia. “La personne est confrontée à son traumatisme sur le plan cérébral comme corporel, mais dans le même temps, on la sécurise, en la faisant revenir dans le présent “, précise Davina Nogé, une autre infirmière de l'unité. Il arrive également aux soignants d'accompagner les patients sur le lieu de leur traumatisme (à la gare dans le cas d'un accident de transport, ou dans un magasin, dans la rue selon les situations), dans des exposition “in vivo”.





