La grande écrivaine américaine Edith Wharton fait paraître Été en 1917, et c'est aussitôt un tel scandale qu'on compare le roman à Madame Bovary, sorti avec grand fracas quelque cinquante ans auparavant. C'est évidemment l'histoire d'une jeune fille, Charity, dix-neuf ans, qui traîne son ennui dans le petit village de North Dormer, en Nouvelle-Angleterre, bourg reculé, où on vit comme si on n'avait jamais pris le tournant du tout neuf 20ᵉ siècle. Charity habite pourtant parmi la meilleure société du village, étant la pupille d'un vieil avocat, monsieur Royall, qui fait là figure de notable malgré son alcoolisme notoire. Charity ignore à peu près tout de ses origines, et des raisons pour lesquelles M. Royall l'a adoptée fillette, la seule chose qu'elle sait, c'est qu'elle est née dans un endroit mystérieux et obscur qu'on appelle la Montagne, où un peuple de truands et de petits bûcherons vit en bohémien, ou en sauvage, ce qui revient à peu près au même au regard de la petite société puritaine qui vit au-dessus. Depuis quelque temps, Charity a obtenu de s'occuper de la bibliothèque de North Dormer, qui n'accueille d'ailleurs pas beaucoup de lecteurs, jusqu'à ce qu'un beau jour d'été, un jeune homme étranger et fort bien mis y fasse son entrée. Lucius Harney, qui se présente comme architecte et parent de la bienfaitrice du coin, vient visiter là de vieilles maisons. Charity se propose bien vite de l'accompagner, malgré les réticences jalouses de son tuteur, et les rumeurs qui commencent dans le village à gonfler à son propos.
C'est donc un roman du scandale amoureux, on pourrait même dire du scandale sexuel. Cette histoire de jeune fille têtue, pleine de colère et de désir, qui assume son attirance pour un homme, un homme qui constitue à la fois pour elle un horizon social en dehors des règles étriquées de son village, mais aussi, un homme tout court, pour satisfaire son corps de jeune fille que les grandes promenades estivales n'épuisent plus. J'ai été saisie d'emblée – c'est un très court livre – par la vivacité de ce personnage de Charity, qui n'est pas particulièrement sympathique, qui s'emporte et fait les mauvais choix, impressionnable et cynique parfois tout en même temps, en tous cas extrêmement vivante, et qui se débat avec une force qui reste particulièrement saisissante aujourd'hui.Cette force-là , je ne la soupçonnais pas chez Edith Wharton qui, j'avoue, est un peu pour moi une écrivaine de versions anglaises – je croyais d'ailleurs toujours comprendre le texte et puis finalement j'avais quatre. Je crois que mon goût pour ce livre en particulier tient à ce qu'il se passe dans un milieu rural, archaïque, avec des à -côtés gothiques – cette fameuse Montagne comme un enfer prêt à s'ouvrir sous les pieds des mauvaises filles du village. Et vous voyez pourquoi j'ai pensé à Hurlevent : violentée et violente, Charity m'a fait penser à Catherine Earnshaw, l'écorchée des landes, toutes griffes dehors contre ceux qui veulent la prendre ou la contraindre. Dans ma généalogie de grandes révoltées, l'héroïne d'Été figure en tous cas désormais en bonne place.






