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How geopolitics enters the football field

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Opinion

Comment la géopolitique s’invite sur les terrains de football

Alors que la participation de l’Iran au Mondial de football aux États-Unis est incertaine, des États comme la Russie et le Rwanda utilisent le football pour se blanchir.

Deux pays en guerre vont se retrouver dans un mois dans un stade de football. Pour le Mondial 2026 coorganisé par les États-Unis, le Mexique et le Canada – un trio improbable de pays qui ne s’entendent guère depuis le début du deuxième mandat de Trump –, le président de la Fédération internationale de football association (FIFA), Gianni Infantino, a obtenu que l’équipe d’Iran qualifiée à cette compétition aille jouer aux États-Unis. “Leur santé, voire leur vie, pourrait être menacée en raison de la situation politico-militaire entre les États-Unis et l’Iran”, avait prévenu le président américain.

Mais Gianni Infantino, le patron suisse de la FIFA, est l’un des plus zélés dirigeants du monde du sport à tresser des lauriers au président américain. Il lui a d’ailleurs décerné le Prix de la paix de la FIFA. Pas insensible aux honneurs, Donald Trump est revenu sur ses déclarations à propos de la participation de l’Iran au Mondial. “Si Gianni l’a dit, alors je n’y vois pas d’inconvénient”, a-t-il déclaré.

Cela étant, il n’est pas certain que l’Iran participe. Les Gardiens de la Révolution au pouvoir à Téhéran n’ont pas envie de faire plaisir à Donald Trump. Et ils n’ont pas oublié que cinq joueuses iraniennes avaient fait défection, obtenant l’asile en Australie lors de la Coupe d’Asie, l’an dernier.

Gazprom et la levée des sanctions contre la Russie

Le football est depuis toujours un terrain géopolitique où des États s’achètent une vertu. C’était le cas de la Russie, qui s’était rendue indispensable à l’UEFA, l’association européenne et à la FIFA en faisant de Gazprom, l’entreprise énergétique tenue par le clan Poutine, un sponsor de poids (plusieurs dizaines de millions par an). Il a fallu la guerre en Ukraine pour que les instances du football mettent fin à ce partenariat.

Mais en février dernier, Gianni Infantino s’est dit favorable à la levée des sanctions contre la Russie, sur la chaîne britannique Sky News, et au retour de l’argent du pétrole russe qui finance la guerre en Ukraine.

Jusqu’à il y a peu, les joueurs étaient juste tenus de porter le maillot du sponsor, comme ceux du club allemand de Schalke jusqu’en 2022 ou ceux de l’étoile rouge de Belgrade avec Gazprom, encore aujourd’hui. Mais cela change.

Le dernier carré de la Ligue des champions aime le Rwanda

Dans le dernier carré des clubs de la Ligue des champions (le PSG, comme Arsenal, le Bayern de Munich et l’Atlético Madrid), tous ont signé un partenariat avec le Rwanda Development Board, faisant du Rwanda un sponsor du club et de “Visit Rwanda”, le slogan floqué sur les maillots.

Au PSG, les joueurs ont même enregistré des vidéos diffusées sur les réseaux pour faire la promotion du pays dirigé par Paul Kagame, qui sponsorise aussi une rébellion en guerre contre le Congo RDC, son voisin. Depuis 2022, en effet, l’armée rwandaise a appuyé les soldats du Mouvement du 23 mars (M23) qui harcèlent l’armée congolaise dans le Nord et le Sud-Kivu.

Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, a d’ailleurs dénoncé le “sponsoring sanglant” de ces clubs de foot européens, tandis que l’opposition rwandaise dénonce la répression politique et le non-respect des droits de l’homme par le régime Kagame.