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Death of Claude Bessy, Eternal Star

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Elle était l’une des étoiles les plus brillantes et emblématiques de l’histoire de l’Opéra de Paris. La danseuse, chorégraphe et pédagogue Claude Bessy s’est éteinte dans la nuit de mercredi à jeudi, à l’âge de 93 ans, indique France Musique. L’ancienne directrice du ballet de l’Opéra Brigitte Lefèvre. Soliste ovationnée, fine technicienne et analyste du mouvement, Claude Bessy, auréolée d’une renommée internationale, a travaillé avec les plus grands : Serge Lifar, George Balanchine, Gene Kelly… À la tête de l’école de danse de l’Opéra de Paris de 1973 à 2004, elle a aussi formé plusieurs générations de danseurs étoiles, dont Patrick Dupond, Sylvie Guillem et Marie-Claude Pietragalla.

“Dessine-moi une ballerine”

Claude Bessy voit le jour le 21 octobre 1932 à Paris. Elle grandit dans le quartier de la nouvelle Athènes, dans le IXe arrondissement, et baigne dès l’enfance dans un environnement artistique. Côté maternel, un grand-père comédien et une grand-mère chanteuse lui transmettent leur amour de l’opérette et du spectacle. “En classe, je dessinais souvent des danseuses. Ma professeure de dessin m’a questionnée et m’a demandé si je faisais de la danse. Il se trouve qu’elle enseignait le dessin à la fille de Gustave Ricaux”, racontait en 2024 Claude Bessy dans les Grands Entretiens de France Musique, au micro de Judith Chaine : “Ma professeure m’a donné son téléphone et son adresse, et c’est comme ça que tout a commencé. Gustave Ricaux habitait à deux pas de chez moi. Le hasard a fait que j’ai commencé par le meilleur.”

La danseuse classique et le danseur de claquette

En 1952, Claude Bessy accède au rang de Première danseuse. On lui propose alors d’entrer à la Comédie-Française, ce qu’elle considérera avant de se rétracter : “Au même moment, j’avais un contrat de 9 ans avec Hollywood. J’ai été voir Serge Lifar pour lui demander ce que je devais faire. Il m’a répondu : ‘Bessy, des jolies filles comme vous, il y en a plein aux États Unis, mais des danseuses comme vous, il n’y en a pas beaucoup’. Je suis donc restée danseuse.” La même année, elle auditionne à Londres à la demande de Gene Kelly, pour le film Invitation à la danse. Un épisode qu’elle détaille au micro de Judith Chaine : “Durant l’audition, j’ai fait des choses modernes et il m’a engagée pour faire un pas de deux classique. On a tourné pendant un mois à Londres (…) Quelques années plus tard, début 1959, il m’a demandé de faire un show à la télévision avec lui. J’en ai profité pour lui demander de faire un ballet pour l’opéra. Six mois après, il me téléphone et propose ‘Pas de Dieux’, sur une musique de Gershwin.” La danseuse fait ainsi entrer le jazz à l’opéra.

C’est en mai 1956 que Claude Bessy atteint le grade suprême : danseuse étoile de l’Opéra de Paris, à seulement 23 ans. Balanchine lui donne ses premiers rôles de soliste, Lifar lui attribue la Luciole dans Blanche-Neige. Bessy est particulièrement applaudie pour ses créations de l’Ocanide dans Les Noces Fantastiques (Lifar) et de Vénus dans La Belle Hélène (Cranko). L’étoile acquiert rapidement une renommée internationale et se produit dans le monde entier, avec les ballets Daphnis et Chloé (Fokine), le Lac des cygnes de Noureev, le Boléro de Maurice Béjart, ou encore Phèdre de Serge Lifar. “La danse pour la danse, ça ne m’intéresse pas”, considère-t-elle : “Je n’aime que les ballets à histoires parce que j’aime raconter des histoires. C’est pour ça que j’ai fait un peu de comédie, un peu de cinéma. J’aime cette confrontation entre l’être humain et la comédie, entre l’être humain et la danseuse. Phèdre est un personnage extraordinaire à jouer. C’est l’un des rôles que j’ai préféré.”

L’école de la danse

En 1967, sur une petite route d’Espagne, Claude Bessy est victime d’un très grave accident de voiture. Face à la gravité de ses blessures, les médecins lui annoncent qu’il y a peu de chance qu’elle retrouve la scène. Claude Bessy entreprend un douloureux travail de reconstruction auprès du danseur Raymond Franchetti. Après un travail patient et acharné à la barre, elle retrouve son public, un an après son accident. Puis arrive le moment redouté par tant d’étoiles : les adieux. Des adieux qui, dans le cas de Claude Bessy, ont été particulièrement brutaux et douloureux, raconte-t-elle : “Peu après mes 40 ans, on me demande après un spectacle d’aller voir le régisseur. Derrière, il y avait un grand tableau avec tous les noms des artistes. Le régisseur se lève et enlève ma fiche en disant : ‘voilà, c’est fini’. Il prend le petit ticket sur lequel était écrit mon nom, le déchire et dit : ‘plus besoin de vous !’ Je suis assommée.”

Sur les conseils de Raymond Franchetti, Claude Bessy reprend alors les rênes de l’école de danse de l’Opéra de Paris, à la suite de Geneviève Guillot. Nommée directrice en 1973 par Rolf Liebermann, elle y restera jusqu’en 2004, mettant en place un spectacle annuel, emmenant les élèves en tournée. Elle quitte ses fonctions à la suite d’un rapport mené par un cabinet, qui pointe du doigt les méthodes de travail sous sa direction. Le rapport dénonce un “déni de douleur”, une “discipline de terreur psychologique” et des “atteintes à la dignité”. “Moi, j’ai été élevée à la baguette”, rétorque Claude Bessy, passablement agacée : “Aujourd’hui, quand tu fais une connerie, il n’y a plus de sanctions. Moins on travaille, plus on gagne de l’argent. Tout le monde discute. Je n’ai plus rien à voir avec cette société.”

Claude Bessy fut également chorégraphe. Parmi des créations : Play Bach, Concerto en Ré, Les Fourmis, Studio 60, ou encore une version de La Fille mal gardée. Elle a aussi chorégraphié en 1972 une mise en scène du Bourgeois gentilhomme, à la Comédie-Française, et remonté en 2011 le ballet Pas de Dieux pour le ballet de Nice, ainsi que Phèdre de Serge Lifar, le “grand personnage” de sa vie, pour l’Opéra de Paris. En 1988, l’étoile avait connu une nouvelle consécration, élevée au grade d’officier de la Légion d’honneur. “On est toujours danseur, même à 90 ans”, disait Claude Bessy. Qui rejoint aujourd’hui le panthéon des étoiles éternelles.