Comment nommer cette guerre en Iran et au Moyen-Orient ?
Alexandre Kazerouni: Cette guerre n’a semble-t-il pas encore trouvé son nom. Aux États-Unis, le 28 février dernier, au premier jour de son déclenchement, il y a eu une réticence à employer le mot “guerre”, préférant celui plus technique d’ “opération”, porteur de la promesse d’une intervention rapide. Du côté américain, le nom officiel de l’opération est “Fureur épique” (“Epic Fury”), qui s’inscrit dans une tradition européenne populaire aux États-Unis. Il est compatible avec la formule “Make America Great Again”. Du côté israélien, l’opération s’appelle “Lion rugissant” (Roaring Lion), avec une connotation religieuse. Du côté iranien, la référence religieuse est absente d’une appellation diffusée, celle de “troisième guerre imposée”. Dans ce cadre, le concept cardinal de la République islamique qui la “résistance”, trouve aisément sa place.
Pour le sociologue du pouvoir intéressé par l’histoire que je suis, il me semble que cette guerre s’inscrit aux confluents de deux dynamiques : les guerres israélo-arabes qui ont commencé avec la création de l’État d’Israël en 1948 et les guerres du Golfe qui ont débuté avec la guerre Iran-Irak en 1980.
Comment situez-vous le déclenchement de cette guerre dans une perspective historique ?
Alexandre Kazerouni: Cette guerre est le résultat d’un faisceau de facteurs dont le plus décisif me semble avoir été le rejet par Donald Trump de la solution diplomatique au nucléaire iranien. Elle avait été trouvée en 2015 par les États-Unis sous présidence démocrate de Barack Obama. La sortie américaine de ces accords du JCPOA, entre janvier 2017 et mai 2018, est un grand tournant historique.
Ce programme nucléaire iranien remonte aux années 1950 et relève alors d’une volonté de puissance de l’élite politique iranienne. Avec la fin de la monarchie en 1979, le programme nucléaire est relancé. Il fait partie d’une vaste politique d’industrialisation qui place aujourd’hui l’Iran comme une grande puissance industrielle en Asie.






