“Les stocks de carburant sont assurés au moins jusqu’au mois de juillet”, affirmait début avril le membre du gouvernement chargé de l’économie Christopher Gygès. En réalité, la marge est un peu plus confortable encore, car la Nouvelle-Calédonie dispose de stocks stratégiques conservés dans les cuves des trois compagnies qui gèrent l’approvisionnement du territoire (Mobil IPC, Total Energies et la Société de Services Pétroliers).
L’utilisation de ces réserves ne peut être ordonnée que par l’État. En cas de crise majeure, il peut émettre un arrêté pour mobiliser les stocks et en ordonner la distribution prioritaire. Le gouvernement local, de son côté, décide des secteurs prioritaires avec l’appui de la DIMENC.
Secteurs prioritaires et critères de mobilisation
Dans les faits, la liste de ces secteurs prioritaires est toutefois déjà prédéfinie et comprend quatre niveaux :
- Premier niveau : les services de secours et de santé (forces de l’ordre, pompiers, médecins, infirmiers etc..)
- Deuxième niveau : les fonctions vitales, telles que l’eau potable, l’assainissement et les télécommunications.
- Troisième niveau : les maillons essentiels au maintien de la chaîne logistique alimentaire.
- Quatrième niveau : les maillons essentiels au maintien de la continuité territoriale (navettes maritimes, transport aérien domestique etc.)
Pour décider de la mobilisation – ou non – des stocks stratégiques, plusieurs critères sont attentivement surveillés par les autorités :
- Une éventuelle rupture de la chaîne logistique, par le biais d’une catastrophe naturelle ou d’un retard de pétrolier par exemple.
- La survenue d’une crise sociale ou politique, menant à un blocage prolongé des dépôts.
- Une pénurie mondiale avec accès impossible à la ressource.
Le niveau des stocks
Concernant le niveau minimum des stocks, il est défini par l’arrêté du 25 mai 2021, relatif à la constitution des stocks stratégiques pétroliers dans plusieurs territoires d’Outre-mer dont la Nouvelle-Calédonie. On y apprend que le niveau minimum à respecter est calculé “chaque année au cours du mois de février”, et qu’il est établi proportionnellement aux quantités mises en vente par les différentes compagnies au cours de la dernière année civile.
Selon cet arrêté, les sociétés spécialisées en Calédonie sont tenues de garder en réserve 13% de la consommation d’une année civile pour l’essence, 11% pour le gazole et 9% pour le kérosène. D’après nos informations, au 11 mai 2026, les stocks stratégiques en Nouvelle-Calédonie étaient d’environ 45 jours pour l’essence (11 071 m3), 36 jours pour le gazole (18 074 m3) et 32 pour le kérosène (2 829 m3), ce qui correspond plus ou moins aux niveaux indiqués par l’arrêté.
Des stocks jamais utilisés
Jusqu’à aujourd’hui, les stocks stratégiques n’ont jamais dû être mobilisés en Nouvelle-Calédonie et a priori, la guerre au Moyen-Orient ne devrait pas changer la donne. Le gouvernement se veut rassurant sur la question. “Pour le moment, il n’y a pas de problème”, affirme Christopher Gygès. “A court et moyen termes, il n’existe pas de risques de pénurie de carburant en Nouvelle-Calédonie sur les trois prochains mois. Un dialogue quotidien est mis en place avec les opérateurs pétroliers, le gouvernement et les ministères afin de suivre avec précision la situation”, confirme le Haut-commissariat.
Le scénario d’une pénurie est-il pour autant absolument exclu ? “L’hypothèse n’est pas nulle”, estime René Féré, directeur général de la Société de services pétroliers. “On ne peut pas garantir avec 100% de certitudes qu’il n’y aura pas de pénurie, d’autant qu’avec les paquets de sanctions appliqués à la Russie, nos carburants doivent être accompagnés de certificats attestant qu’ils ne comprennent aucune molécule de pétrole russe”, conclut le gérant.
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