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Aux États-Unis, coup dur pour Instagram et YouTube avec cette décision de justice inédite

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Aux États-Unis, coup dur pour Instagram et YouTube avec cette décision de justice inédite

SAMUEL BOIVIN / NurPhoto via AFP

Un jury américain a estimé, ce mercredi 25 mars, qu'Instagram et YouTube étaient responsables du caractère addictif de leurs médias. (Photo d'illustration)

Des plateformes accusées d'avoir mis en danger une enfant. Dans un verdict susceptible de marquer un tournant pour les réseaux sociaux, un jury américain a estimé ce mercredi 25 mars qu'Instagram et YouTube étaient responsables du caractère addictif de leurs médias et des troubles de santé mentale subis à l'adolescence par une jeune Californienne.

Meta, la maison mère d'Instagram, et Google, qui possède YouTube, ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel du verdict. Celui-ci a octroyé 6 millions de dollars à la plaignante, dont le dossier représente une première référence pour des milliers d'autres plaintes similaires.

« La santé mentale des adolescents est profondément complexe et ne peut être imputée à une seule application », a réagi un porte-parole de Meta. Pour son homologue de Google, « cette affaire témoigne d'une méconnaissance de YouTube, qui est une plateforme de streaming conçue de manière responsable, et non un réseau social ». Faisant profil bas lors des six semaines d'audience, YouTube s'était présenté comme une nouvelle forme de télévision familiale n'ayant jamais suscité d'addiction.

La plaignante les accuse d'avoir « alimenté » sa dépression

Les jurés ont d'abord accordé 3 millions de dollars de dommages compensatoires à la plaignante, imputant à Meta 70 % de la responsabilité de son préjudice et à YouTube les 30 % restants.

Dans une seconde phase, ayant conclu que les deux entreprises avaient agi de manière frauduleuse et délibérée, ils ont ajouté 3 millions de dommages punitifs.

Les deux géants de la Silicon Valley affrontaient dans cette affaire Kaley G.M., une Californienne de 20 ans qui les a accusés d'avoir alimenté sa dépression et ses idées suicidaires à l'adolescence. Elle avait commencé à regarder beaucoup de vidéos sur YouTube dès 6 ans avant de devenir accro à Instagram, où elle s'était inscrite en cachette à 9 ans.

Ce verdict est le premier rendu aux États-Unis dans une série de procédures intentées par plusieurs milliers de familles et quelque 800 districts scolaires qui accusent les réseaux sociaux d'être responsables d'une épidémie de troubles mentaux dans la jeunesse.

« Rendre des comptes »

TikTok et Snapchat, également visés par ces litiges, avaient choisi de signer une transaction au montant confidentiel avec Kaley G.M. pour éviter ce premier procès. Meta et YouTube ont, eux, choisi d'en découdre en public.

Au terme des audiences, lors desquelles ont été décortiquées des milliers de pages de documentation interne des deux géants, le jury a conclu que les deux groupes avaient fait preuve de « négligence » dans la conception de leur réseau social et n'avaient pas suffisamment averti les utilisateurs de la dangerosité de leur plateforme pour les mineurs. « L'heure de rendre des comptes est arrivée », se sont félicités les avocats de la plaignante.

Dans le public, Lori Schott, dont la fille s'est suicidée à l'adolescence, a fondu en larmes à l'annonce du verdict. Ce jugement « va rendre le monde plus sûr », a déclaré à l'AFP cette agricultrice du Colorado.

Comme elle, les nombreuses mères d'adolescents qui se sont relayées pour tenir le banc du public tout au long du procès se sont montrées heurtées par la défense des plateformes, qui ont tenté de démontrer que les problèmes de Kaley G.M. étaient seulement dus à des violences intrafamiliales.

Notifications nocturnes, filtres, « like »…

Pour Meta, ce verdict défavorable intervient au lendemain d'une autre condamnation historique, au Nouveau-Mexique, où il a été jugé responsable d'avoir mis en danger les enfants en les exposant à des contenus dangereux, voire à des prédateurs sexuels.

Le procès de Los Angeles sera suivi de deux dossiers similaires, le prochain à partir de juillet. À l'échelle nationale, un autre dossier rassemblant des milliers de plaintes similaires est en cours d'examen devant un juge fédéral californien.

Toutes ces procédures ne portent pas sur les contenus publiés sur les plateformes, immunisées sur ce point par la loi américaine, mais sur la conception même des réseaux sociaux, accusés d'avoir multiplié les fonctionnalités – boutons « like », défilement infini, notifications nocturnes, filtres esthétiques, etc – pour retenir les utilisateurs sur la plateforme, notamment les mineurs.

Le procès a été marqué par l'audition en personne de Mark Zuckerberg, qui a hanté les débats dès la sélection du jury fin janvier, lors de laquelle de nombreux citoyens ne parvenaient pas à masquer leur hostilité.

À la barre, le patron de Meta avait reconnu que son groupe aurait pu agir plus tôt pour lutter contre la présence des enfants de moins de 13 ans sur Instagram. Mais « son témoignage n'était pas à la hauteur, il a changé de version, et ça ne nous a pas plu », a confié aux journalistes l'une des douze jurés, avant de quitter le tribunal.