Invité de l’émission Europe Today, sur Euronews, l’eurodéputé allemand Bernd Lange (S&D) a clairement indiqué, ce jeudi 26 février, qu’il ne céderait pas à la pression pour sauver l’accord commercial conclu en juillet dernier entre l’UE et les États-Unis.
Celui qui est également président de la Commission du commerce international a argué que Washington l’avait déjà rompu suite au camouflet infligé à Donald Trump par la Cour suprême, la semaine dernière. Un revers suite auquel le président américain a imposé de nouveaux droits de douane de 10 % et a menacé de les faire passer à 15 %.
“Personne ne peut faire pression sur moi. Je suis un représentant du Parlement européen et le représentant du peuple”, a déclaré Bernd Lange. “Pour nous, il est clair comme de l’eau de roche que les États-Unis sont en train de rompre l’accord. Mais si rien ne se passe la semaine prochaine, nous devrons réfléchir à des contre-mesures, des contre-droits de douane par exemple.”
Ses remarques le mettent en porte-à-faux avec le commissaire européen au commerce, Maroš Šefčovič, qui a exhorté cette semaine les législateurs à faire avancer le pacte conclu en juillet 2025 en Écosse par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Donald Trump.
L’accord a fixé à 15 % les droits de douane américains sur les produits de l’UE, tandis que le bloc s’est engagé à réduire les siens à zéro.
“La rupture est vraiment du côté des États-Unis”
Cette trêve fragile est aujourd’hui mise à rude épreuve. Après l’annonce, par Donald Trump, de l’instauration de nouveaux droits de douane, qui sont entrés en vigueur ce mardi, les députés européens ont décidé de suspendre cet accord, lundi.
Alors que la Commission cherche à obtenir des éclaircissements de la part de Washington, elle s’attend toujours à ce que les législateurs fassent avancer la législation en mars pour supprimer les droits de douane de l’UE, comme le prévoit l’accord.
Toutefois, Bernd Lange estime qu’il s’agit de la troisième violation de la part des États-Unis et que le pacte devrait être suspendu afin de rétablir la certitude pour les entreprises européennes. “La rupture est vraiment du côté des États-Unis et il faut y mettre un terme, sinon nous serons dans l’incertitude”, a-t-il déclaré.
“Je parle à l’ambassadeur Jamieson Greer, le représentant américain au commerce, et nous avons de bonnes relations, nous pouvons parler et je peux lui faire confiance”, a ajouté l’eurodéputé. “Mais la situation et la prise de décision aux États-Unis ne reposent pas sur un processus démocratique. En fin de compte, le président décide seul, et ce n’est pas une situation stable.”
Les législateurs européens avaient déjà gelé l’accord une fois après que Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux pays de l’UE qui ne lui permettraient pas d’acquérir le Groenland.
Le Parlement européen a ensuite inséré des garanties permettant de suspendre l’accord en cas de nouvelles menaces territoriales et de le rendre caduc en mars 2028 s’il n’est pas renouvelé.
Bernd Lange a également déclaré que les travaux ne reprendraient que lorsque les États-Unis lèveraient leurs nouveaux droits de douane sur l’UE et supprimeraient les droits de 50 % imposés sur plus de 400 produits dérivés de l’aluminium et de l’acier, en violation de l’accord Turnberry.
Face à l’imprévisibilité des États-Unis, l’UE cherche à établir des partenariats avec d’autres pays, comme l’Inde, afin d’assurer “une plus grande stabilité dans l’ordre commercial mondial”, a conclu Bernd Lange.







