Le patron de la plus grande banque américaine JPMorgan a notamment dénoncé les longues “procédures d’achat” qui fragilisent la capacité du Département de la Guerre à renforcer ses stocks d’armement.
Jamie Dimon met en garde les responsables politiques américains. Interrogé au Hill and Valley Forum où se réunissent des dirigeants de Washington et de la Silicon Valley, le patron de JPMorgan s’est dit “profondément frustré” par certaines décisions prises aux États-Unis ces dernières années, rapporte Fortune.
Parmi elles, le renforcement de la bureaucratie et l’implication croissante du Congrès qui ont selon lui ralenti et complexifié les procédures d’approvisionnement en armements du Département de la Guerre. Au point que celui-ci n’est plus en mesure de s’adapter rapidement en période de conflit comme c’est le cas actuellement au Moyen-Orient.
“Nous sommes devenus comme l’Europe, nous sommes incapables d’évoluer et de changer – de modifier le budget, de modifier les procédures d’achat. Vous savez, il faut laisser les gens faire ce qu’ils ont à faire”, a déclaré Jamie Dimon. Â
Le Pentagone demande 200 milliards de dollars supplémentaires
Le patron de la plus grande américaine s’inquiète notamment de la production d’armement dans le pays. Les stocks d’armement et de munitions des États-Unis ont été la source de quelques inquiétudes ces dernières semaines. Selon des responsables du Congrès, l’armée américaine avait déjà épuisé 5,6 milliards de dollars de munitions les deux premiers jours de l'offensive en Iran. Le Pentagone a par ailleurs demandé récemment une rallonge budgétaire de 200 milliards de dollars pour financer la guerre au Moyen-Orient.
Face à chaque missile balistique iranien, il faut tirer “au moins deux” missiles intercepteurs pour pallier une éventuelle défaillance, voire davantage si la première tentative échoue, expliquait Etienne Marcuz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Or les productions de ces missiles très coûteux sont limitées, même si les cadences sont appelées à augmenter ces prochaines années: 96 exemplaires par an pour le missile Thaad et environ 600 pour les missiles PAC-3 MSE destinés au système Patriot.
“A priori, le stock ne va pas durer très longtemps, c’est pour ça que c’est primordial pour les États-Unis et Israël de chercher à neutraliser les lanceurs le plus tôt possible”, jugeait encore Etienne Marcuz. Le ministère américain de la Défense a toutefois annoncé ce mercredi des accords avec des industriels de la défense pour mettre sa production de missiles “sur le pied de guerre”.
Se préparer face à la menace chinoise
Dans ce contexte, Jamie Dimon estime qu’il faut inciter davantage les entreprises privées à participer à la production afin de renforcer la puissance militaire des États-Unis, à la fois pour faire face aux tensions géopolitiques actuelles mais aussi pour se préparer à la menace d’un conflit avec la Chine.
Jamie Dimon a d’ailleurs jugé que les entreprises américaines avaient commis une erreur ces dernières décennies en délocalisant leurs chaînes d’approvisionnement en Chine uniquement pour produire un bien “pour 10 dollars de moins”. Cette stratégie a selon lui renforcé la deuxième économie du monde qui continue de croître plus vite que l’économie américaine. “Nous devrions donc examiner nos propres faiblesses, et être prêts, le cas échéant, à les affronter”, a ajouté Jamie Dimon.
Le patron de JPMorgan fait néanmoins partie des rares dirigeants qui se montre relativement optimiste sur l’issue du conflit en Iran qui pourrait conduire à renforcer les efforts des pays du Golfe pour obtenir une nécessaire “paix durable”.
“Beaucoup d’investissements directs étrangers affluent dans cette région, mais ils n’afflueront plus si de tels événements persistent”, a-t-il déclaré. “Ils ont compris qu’ils ont besoin d’une paix durable. Ils ne peuvent pas tolérer que leurs voisins bombardent leurs centres de données avec des missiles balistiques”, a-t-il ajouté.





