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Bruno Satin : On perd lessence même du football

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Bruno Satin : On perd lessence même du football
Bruno Satin, agent de joueur. (Photo DR)

Le métier d'agent ne se limite plus aux transferts. Entre gestion de carrière, image et nouvelles technologies, Bruno Satin a décrypté l'évolution d'une profession devenue incontournable dans le football moderne au micro du 100% Football Amateur sur RGB 99.2 FM

Comment le football des jeunes a-t-il évolué ces dernières années ?
« Ce qui a énormément changé, c'est que beaucoup de familles pensent très tôt, trop tôt que leur enfant a le potentiel pour devenir professionnel. Pourtant, la concurrence est extrêmement relevée et il existe énormément de jeunes très talentueux. Aujourd'hui, toute la détection, l'observation et le scouting se font de plus en plus jeunes. Dès les catégories U12, U13 ou U14, il faut se montrer, faire des essais, être visible. Pour moi, cela a modifié le cadre que le football de jeunes devrait conserver. On a perdu une partie de cette notion de plaisir, du fait de jouer avec ses copains, d'être ensemble. »

Les clubs amateurs participent-ils à cette accélération ?
« Oui, forcément. En région parisienne notamment, où il y a énormément de talents, tous les clubs professionnels ont des observateurs autour des terrains. J'étais encore à Sarcelles il y a quelques semaines pour voir un match de jeunes. Autour des terrains, il y a énormément de monde. Pour les clubs amateurs, envoyer des joueurs vers le monde professionnel est valorisant. Cela peut aussi générer quelques compensations financières lorsqu'un joueur signe pro. Mais je considère malgré tout que tout va trop vite et trop tôt. »

Bruno Satin : « L'Île-de-France est le plus grand bassin de talents en France »

Que risque-t-on à aller trop vite avec les jeunes ?
« On perd peu à peu l'essence même du football : le plaisir d'être ensemble, de jouer, de partager des moments dans le vestiaire. Le football reste avant tout un sport collectif. Aujourd'hui, on développe tellement l'individu qu'on oublie parfois très jeune la notion d'équipe. Tout le monde cherche à être meilleur que le voisin pour se démarquer. »

Le phénomène est-il particulièrement marqué en Île-de-France ?
« Oui, parce que l'Île-de-France est le plus grand bassin de talents en France. Tous les clubs professionnels ont des recruteurs ou des observateurs qui suivent les jeunes joueurs. Je connais très bien le Val-d'Oise puisque j'en suis originaire. J'ai joué dans les clubs de la région (Cosmo Taverny) et je connais cet environnement depuis longtemps. Sarcelles, par exemple, a toujours sorti énormément de joueurs de qualité. »

Les faux agents sont-ils un problème dans le football amateur ?
« Oui, clairement. En région parisienne, on voit beaucoup de personnes se présenter comme agents sans licence. Ce sont parfois des observateurs ou des intermédiaires qui cherchent à créer des connexions avec des clubs ou des agences plus importantes. Le problème, c'est qu'ils veulent souvent être les premiers à approcher un jeune joueur. »

« Parfois, on veut aller trop vite »

Comment un jeune joueur ou sa famille choisit-il un agent ?
« Tout commence lorsqu'on observe un jeune joueur et qu'on se rapproche de sa famille. Les plus talentueux sont sollicités très tôt. Ensuite, il y a le feeling, les connexions, parfois un aspect communautaire. Mais ce qui est important, c'est surtout la confiance. »

Les familles prennent-elles trop de place dans les décisions ?
« Parfois, oui. On s'aperçoit que c'est plus la famille qui choisit la suite que le joueur lui-même. Et cela peut devenir problématique parce qu'elle n'a pas toujours tous les éléments. Bien sûr, l'aspect économique compte, mais ce n'est pas le seul paramètre à prendre en considération pour construire une carrière. »

Peut-on réussir sans agent aujourd'hui ?
« Oui, bien sûr. On voit encore des joueurs accompagnés par des proches ou par leur entourage. Aujourd'hui, beaucoup de parents sont très impliqués. Lorsqu'un joueur atteint déjà un niveau exceptionnel, le nombre de clubs intéressés est forcément plus réduit, donc cela peut fonctionner. Mais on voit aussi beaucoup de jeunes très talentueux faire des carrières en dessous de leur potentiel parce qu'ils n'ont pas fait les bons choix au bon moment. Parfois, on veut aller trop vite. C'est justement pour cela qu'un accompagnement professionnel peut être important. Je pense notamment au cas d'Adrien Rabiot. Marseille avait réalisé un très beau coup en le faisant venir. Mais j'ai le sentiment que, s'il avait été accompagné différemment depuis son départ du PSG, il aurait peut-être connu une autre trajectoire. »

Farid Rouas

« Natif de Paris et supporter du PSG depuis 1983, Farid découvre très tôt les coulisses du sport en passant par l'Élysée avec son club de cœur, l'Espérance Arabe à l'âge de 7 ans. Attaché au football amateur, son premier terrain d'expression, il y développe un regard humain et proche des réalités locales. Empathique, familial, curieux et toujours partant pour quelques pas de danse quand l'occasion se présente. »

Farid Rouas
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