Le “halo de la deepfake” : mensonge politique derrière les images
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23 February 2026

La élection présidentielle au Honduras a été marquée par diverses controverses et des pressions directes de l’administration américaine. Ce pays, l’un des plus pauvres du continents sud-américain, est marqué par une instabilité politique liée notamment à son histoire, au manque d’une “opposition loyale”, à la centralité de l’armée, à l’ingérence états-unienne et à une corruption politique importante. La désinformation et le manque de confiance dans les médias contribuent à la confusion politique.
Durant l’élection de novembre 2025, Donald Trump a appelé quelques jours avant le premier tour à voter en faveur du candidat de droite conservatrice et actuel président Nasry Asfura, contre la gauche qualifiée à tort de “communiste”. Il a ensuite menacé de ne plus donner d’argent au Honduras. En réaction, des millions de Honduriens ont reçu un SMS les avertissant de futurs problèmes pour recevoir des virements d’argent, qui représentent environ 30% du PIB du Honduras.
À la fin de 2025, plus de vingt jours après le vote, les résultats n’étaient toujours pas connus et de nombreuses fraudes ont été signalées concernant l’ensemble des partis. Les résultats officiels n’ont été annoncés que la veille de Noël. Mais la campagne de désinformation et les deepfakes ont semé la confusion politique.
Les deepfakes, qui sont des images, des vidéos ou des séquences audio modifiées ou fabriquées à l’aide d’outils informatiques et d’intelligence artificielle, sont devenues un enjeu majeur dans la politique moderne. Ils sont utilisés pour diffuser des mensonges et nuire à la réputation des adversaires. Cependant, ceux-ci peuvent aussi être exploités pour semer la confusion et créer un chaos politique.
La détection de deepfakes, comme le montre une étude menée par des experts internationaux, est essentielle pour contrer la désinformation qui peut être propagée. Une mauvaise interprétation des deepfakes peut avoir des conséquences graves sur la perception de la réalité par le public.
Il est crucial de reconnaître les deepfakes comme un phénomène complexe qui peut avoir un impact profond sur la démocratie. La montée des deepfakes en Amérique latine s’inscrit dans un contexte de fragilité démocratique et de faible culture de la vérification, favorisant la polarisation politique et la méfiance envers les médias.
Dans ce contexte, il est primordial de rester vigilant face à la désinformation et de mieux comprendre comment les deepfakes affectent la démocratie et la vérité dans nos sociétés modernes.
Quand le vrai devient faux
La deepfake, rappelons-le, est une image, une vidéo ou une séquence audio modifiée ou fabriquée grâce à des outils informatiques et, de plus en plus, de l’intelligence artificielle. En politique, elle peut être utilisée pour diffuser des mensonges et nuire à la réputation d’un adversaire. Mais, le phénomène des deepfakes étant désormais connu du grand public, il existe aussi des situations où un usage inversé de la deepfake produit un effet informationnel de grave confusion qui s’apparente au même chaos politique.
Une nouvelle forme de désinformation
On voit ici se développer une nouvelle forme de désinformation, qui appelle à la réflexion. Dans la confusion informationnelle, le risque n’est pas seulement que le faux soit pris pour vrai, mais aussi que le vrai soit pris pour faux. Une campagne de communication bien menée pourra même, non pas seulement “changer la conversation”, mais en renverser les termes : l’accusé devient accusateur, l’accusateur de bonne foi est renvoyé à des pratiques malhonnêtes.
Les deepfakes ne sont pas simplement des contenus, mais un processus socio-informationnel complexe qui modifie la manière dont nous percevons la réalité. La montée des deepfakes en Amérique latine s’inscrit dans un contexte de fragilité démocratique et de faible culture de vérification, favorisant la polarisation politique et la disqualification du pluralisme politique.
L’exemple hondurien illustre bien l’ampleur de la désorientation informationnelle qui a saisi certaines sociétés latino-américaines. Les effets des deepfakes dans ces sociétés peuvent être déstabilisants, remettant en question la véracité des faits. Il est crucial de rester vigilant et de résister aux tentatives de manipulation de l’information dans nos sociétés modernes.
Sources
Barrientos-Báez, Almudena et al, “Imágenes falsas, efectos reales. Deepfakes como manifestaciones de la violencia política de género”, Revista Latina de Comunicación Social, 82, 1-30, 2024
Chesney, Bobby & Citron, Danielle, “Deep Fakes: A Looming Challenge for Privacy, Democracy, and National Security”, California Law Review 107 (6), 2019.
Dauphin, Florian, “Quand l’accusation de ‘complotisme’ disqualifie et polarise le débat public”, The Conversation, 2022.
Dauphin, Florian, “Quand l’accusation de ‘complotisme’ disqualifie et polarise le débat public”, The Conversation, 2022.
Morazón, Pedro, “Hacia una economía política de las remesas en Honduras”, 2024.
Pawelec, Maria, “Deepfakes and Democracy (Theory): How Synthetic Audio-Visual Media for Disinformation and Hate Speech Threaten Core Democratic Functions”, Digital Society, 1(2), 19, 2022.
Rodrigo López, J. F., “Realismo Trágico: ¿Cómo regular los deepfakes en Colombia?”, Latin American Law Review, 1(8), 2022.
Schiff, Kaylyn et al, “The Liar’s Dividend: Can Politicians Claim Misinformation to Evade Accountability?”, American Political Science Review, 119(1), 2025.
Vásquez, Daniel, “Problèmes de la démocratie au Honduras. Problèmes d’Amérique latine, 2019/2 n° 113, 2019.







