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  • L’ancien président a déjà répondu à toutes ces questions et clamé son innocence en première instance. Cette fois, c’est la cour d’appel que Nicolas Sarkozy va devoir convaincre. Son entourage le dit concentré et déterminé. L’enjeu est en effet de taille car il s’agit d’éviter un retour en prison.
  • Sa prise de parole a été minutieusement préparée. Il a d’abord prévu de réagir au témoignage des parties civiles. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy prenait des notes en écoutant les proches de victimes de l’attentat du DC-10.  Après cette première prise de parole, un long tunnel de questions attend l’ancien chef d’État.
  • Nicolas Sarkozy avait été condamné à 5 ans de prison ferme avec exécution provisoire en première instance, ce qui lui avait valu de passer une vingtaine de jours en prison. “Je n’ai commis aucun des faits pour lesquels j’ai été condamné”, a déjà clamé à la barre l’ancien chef de l’État.

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Nicolas Sarkozy assure qu’il ne “connaissait pas la Libye”, ni “les Libyens”

Le président de la cour l’interroge sur la lettre d’entente signée par Brice Hortefeux et le report du déplacement.

Nicolas Sarkozy reprend la chronologie : “En octobre, visite préparatoire de Claude Guéant. Ensuite, ma visite. Puis, en décembre, visite du ministre délégué, ni plus ni moins.

Que je choisisse un homme aussi imprévisible que M. Kadhafi – que je ne reverrai plus par la suite – pour construire le financement de ma campagne… Je ne connaissais pas la Libye, je ne connaissais pas les Libyens. J'ai échangé 30 minutes avec lui, point. 

Ensuite, le ministre délégué est allé comme il a été envoyé ailleurs. 21 ans après, je ne sais plus pourquoi il devait y aller en novembre. Il y est allé en décembre, en fait, car ce n’est pas un événement marquant pour moi. C’est un non-événement”. 

“Comment prouver ce qui n’a pas eu lieu ?”

Le président de la cour évoque une des notes laissées par Ziad Takieddine.

Nicolas Sarkozy s’emporte : “Faut-il rappeler à la cour que M. Takieddine a fait des mensonges constants ? Faut-il rappeler que tout était écouté par les Libyens ? Faut-il qu’on me croie assez sot pour avoir une telle conversation téléphonique avec le chef des services libyens à l’origine de la mort de 54 Français ?

Je n’ai jamais mis les pieds en Libye… aurais-je eu cette conversation avec ce tueur ? Et alors, je suis si fou que c’est M. Senoussi qui refuse de venir me voir… On est chez les fous ! C'est une folie. Il n’y a eu aucune rencontre entre M. Senoussi et moi. Aucun coup de téléphone entre M. Senoussi et moi. Il n'y a pas eu davantage d’entretien privé entre M. Kadhafi et moi. 

Comment prouver ce qui n’a pas eu lieu ?
Pardon à la cour si vous avez le sentiment que j’ai manqué de respect”. 

Le président de la cour précise : “J’avais prévu que certaines questions puissent être désagréables, mais cela permet d’avoir des réponses”. 

Nicolas Sarkozy : “Il n’y a pas eu le moindre pacte entre eux et moi. Je le dirai jusqu’à mon dernier souffle, car c’est la vérité !”

Ziad Takieddine et le voyage de Brice Hortefeux

Le président de la cour évoque une note de Ziad Takieddine dans laquelle il est question du prochain voyage de Brice Hortefeux, et s’interroge : comment sait-il cela ?

Nicolas Sarkozy : “M. Takieddine connaît Brice Hortefeux. Il est même possible que ce soit une idée de Ziad Takieddine d’inviter Brice Hortefeux”. 

L’anecdote sur Kadhafi

Le président de la cour l’interroge maintenant sur un point personnel : l’élection à venir en France a-t-elle été abordée ?

Nicolas Sarkozy : “Non, pas du tout !”

Il ajoute ensuite une anecdote : “Le colonel Kadhafi a appelé Jacques Chirac pour lui assurer de sa solidarité sur l’affaire des banlieues, et il a précisé : ‘Je ne soutiendrai Nicolas Sarkozy que lorsque mon ami Jacques Chirac aura renoncé.'”

Nicolas Sarkozy s’excuse de rapporter les propos du colonel Kadhafi : “Dans son esprit, ce n’était même pas une question juridique sur le sort de son beau-frère, Abdallah Senoussi, tout était politique, géopolitique, au regard du colonialisme. À ses yeux, c’étaient les Américains les terroristes, pas son beau-frère”. 

“M. Senoussi paraissait comme le numéro deux du régime, c’est vrai”

Le président de la cour lui demande s’il était si incongru de discuter avec le numéro deux du régime quand on voulait mettre en place des accords pour lutter contre l’immigration clandestine et le terrorisme, et s’il était si absurde de le faire.

Nicolas Sarkozy : “M. Senoussi paraissait comme le numéro deux du régime, c’est vrai. Il n’y avait pas un Senoussi tout noir en Libye et un Kadhafi tout blanc : le numéro deux met en Å“uvre la volonté du numéro un.
À une exception près : l’attentat de l’UTA et la mort de 54 Français. Donc moi, Senoussi, je ne l’aurais pas vu, je ne l’aurais pas rencontré. Vous pouvez me dire que Kadhafi, c’était pareil, mais pour moi, non”. 

(NDLR : Abdallah Senoussi a été condamné à perpétuité en France pour l’attentat du vol UTA 772.)

Les connexions entre Ziad Takieddine et des dirigeants libyens

Le président de la cour poursuit en faisant le parallèle avec l’Arabie saoudite et relève que, dans le dossier, Ziad Takieddine semble connaître des dirigeants libyens.
 Il s’interroge : ce n’est donc pas de l’esbroufe, et Claude Guéant l’écoute parce qu’il sait qu’il connaît notamment Abdallah Senoussi (le patron des services secrets extérieurs libyens, NDLR) et d’autres responsables libyens ?

Nicolas Sarkozy : “Je n’étais pas dans leurs conversations et il ne m’en a pas fait de compte rendu. M. Guéant a toujours contesté qu’il lui ait parlé explicitement de Senoussi. Je ne peux pas mettre en doute sa parole : je n’ai pas d’éléments. Je n’ai pas de raison d’en douter”. 

Claude Guéant a commis une “erreur” lors de son voyage en Libye, estime Sarkozy

Nicolas Sarkozy ajoute : “Le rôle de Ziad Takieddine dans ma visite, à moi, est nul. Je ne le vois pas, je ne le rencontre pas. Il n’y participe pas. Tout est filmé en détail : à aucun moment n’apparaît M. Takieddine”. 

Le président de la cour précise qu’il évoque, lui, la visite préparatoire de Claude Guéant.

Nicolas Sarkozy : “Il y a ce que j’en sais maintenant et ce que je savais à l’époque. Je ne savais pas qu’à l'époque il avait des contacts aussi fréquents avec Ziad Takieddine. Si je dois répondre aujourd’hui avec les détails d’un dossier que je ne connaissais pas lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, je ne savais pas la proximité entre M. Guéant et M. Takieddine”. 

Et de compléter : “J’ai découvert que M. Takieddine était très introduit en Arabie saoudite. Je pense que M. Guéant a certainement interrogé M. Takieddine sur ce qu’il convenait de faire ou de ne pas faire en Libye. On ne peut pas lui reprocher : cela correspond à sa manière de travailler, en multipliant les sources d’information.

Ensuite, sur place, c’est là qu’il commet, à mon sens, une erreur : alors qu’il me représente, il laisse intervenir M. Takieddine”. 

 Quant à son ami Brice Hortefeux, qui a expliqué à la barre avoir été “piégé” par le sulfureux intermédiaire franco-libanais, “c’est une erreur, il n’avait pas à faire ça”, a dit l’ancien président lors du procès en appel du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.

“Claude Guéant était donc le plus à même de connaître ces sujets”

Le président de la cour s’interroge sur les raisons pour lesquelles David Martinon (diplomate, NDLR) n’a pas été associé.

Nicolas Sarkozy : “Deux raisons. David Martinon était un jeune diplomate à l’époque, très jeune. Talentueux, mais sans aucune expérience. Les conséquences de ce voyage n’étaient pas diplomatiques : il s’agissait de lutte contre le terrorisme et de gestion des flux migratoires. Claude Guéant était donc le plus à même de connaître ces sujets. Mon collaborateur savait ce qu’il avait à faire”. 

“Un leader libyen qui présentait beaucoup de caractéristiques particulières”

Le président de la cour l’interroge sur la finalité de cette visite préparatoire.

Nicolas Sarkozy : “À déminer les problèmes qu’il peut y avoir. La cour a bien conscience du climat : un leader libyen qui présentait beaucoup de caractéristiques particulières”. 

“J’ai accepté, j’ai validé, je l’ai assumé”

Le président de la cour lui demande donc s’il y a eu un voyage préparatoire confié à Claude Guéant et si c’est lui qui en a donné l’instruction.

Nicolas Sarkozy : “Je ne sais plus qui a eu l’idée, mais j’ai accepté, j’ai validé, je l’ai assumé. Car la Libye revenait sur la scène internationale, et ses pratiques n’étaient pas habituelles… Le principe d’une visite préparatoire était non seulement utile, mais aussi nécessaire. Il y a des pays plus difficiles, plus complexes que d’autres”. 

L’objectif du voyage en Libye

Nicolas Sarkozy poursuit : “J’ai été à Londres, au Luxembourg, j’ai fait quantité d’autres déplacements avant d’aller en Libye. Ils ont sollicité l’envoi d’un ministre de l’Intérieur chez eux.
L’Élysée a été informé et a fait savoir que je serais porteur d’un message du président de la République.” 

Olivier Géron : “Quels étaient alors les objectifs de ce voyage ?”

Nicolas Sarkozy : “L’objectif était clairement de tenter de gérer, à la frontière, les flux migratoires et, d’autre part, de faire appliquer ce qu’on appelle maintenant les OQTF”. 

Les infirmières bulgares

Le président lui demande maintenant pourquoi la situation avec les infirmières bulgares, déjà existante, n’a pas été un obstacle.

Nicolas Sarkozy : “Ça n’était pas un obstacle, mais ça l’est devenu quand j’ai commencé à en parler. M. Douste-Blazy, alors ministre des Affaires étrangères, était allé visiter les infirmiers bulgares en 2005, lorsqu’il est allé en Libye.

Jusqu’à ce que je reçoive les familles des infirmiers bulgares et des médecins – Mme Royal les avait également reçues – et que mes prises de parole à la sortie contre Kadhafi soient sans ambiguïté, c’est devenu un tournant.

Le soir de mon élection, quand j’ai annoncé que les infirmières bulgares et le médecin étaient français, c’est à ce moment-là que c’est devenu un obstacle à la normalisation”. 

Les relations de Jacques Chirac avec la Libye

Président de la cour d’appel : “Comment définiriez-vous les relations de Jacques Chirac avec la Libye ?”

Nicolas Sarkozy : “C’était une politique de réintroduction de la Libye sur la scène internationale. Jaques Chirac a accompagné le mouvement. Il n’a pas ouvert la porte, mais l’idée était de ne pas être en retard, d’où le voyage qu’il a fait en 2004”. 

L’audience reprend

Avant que la cour ne reprenne, Nicolas Sarkozy était assis, ses cinq avocats autour de lui. Le président de la cour reprend par les voyages en Libye.

Reprise des débats

Reprise avec une question sur Alexandre Djouhri : 

Nicolas Sarkozy : “La première fois que je l’ai rencontré, c’est lors de ce déjeuner avec M. Gourdault-Montagne (diplomate, NDLR)”. 

Petite pause

Le président va entamer un nouveau chapitre et demande à Nicolas Sarkozy s’il souhaite une pause.

Nicolas Sarkozy : “Si vous le proposez après deux heures, je ne veux pas qu’on en tire la conclusion que je suis si faible”. 

Carla Bruni se précipite alors pour voir son mari dans le prétoire.

” J’espère que la cour voit que je ne prends pas les choses à la légère”

Olivier Géron : “Je ne fais pas un anachronisme, je m’interroge sur le fait d’accepter l’intermédiaire Takieddine et, en parallèle, de ne pas chercher à savoir qui est cet intermédiaire ?” 

Nicola Sarkozy (semblant s’emporter) : “À l’époque, ils pensaient que c’était un collaborateur des Saoudiens… Les Saoudiens collaborent avec qui ils veulent, emploient qui ils veulent. L’imprudence, c’est après, pas à ce moment-là. L’imprudence, c’est qu’ils continuent de voir Takieddine.

Je veux la vérité. J’ai conscience de la gravité, je l’ai payé assez cher. J’espère que la cour voit que je ne prends pas les choses à la légère. Je n’ai pas de reproches à faire à mes collaborateurs à cette période-là. Là où ils ont été imprudents, c’est après : ils sont allés chez lui, ils ont continué après”.

“M. Takieddine n’a jamais été rémunéré, ni à cette époque, ni à une autre, par l’État français”

Olivier Géron : “Dès ces voyages, Brice Hortefeux et Claude Guéant vous représentent, n’est-ce pas ?”

Nicolas Sarkozy : “C’est parfaitement exact. Les autorités d’Arabie saoudite les reçoivent pour leur proximité avec moi, c’est indéniable.

M. Takieddine n’a jamais été rémunéré, ni à cette époque, ni à une autre, par l’État français. Jamais. Vraisemblablement, il était rémunéré par l’Arabie saoudite. La suite du dossier a montré qu’il voyageait assez rarement pour rien”.

Olivier Géron : “Ce n’est pas dangereux de présenter un homme dont on ignore presque tout ? C’est curieux quand même”. 

Nicolas Sarkozy : “Toute la difficulté est de juger ce dossier à l’aune de 2026, alors qu’on parle de 2003. Qu’est-ce qu’on voulait en 2003 ? La signature de ce contrat.

Lors de l’arrivée de M. Takieddine, qui parle parfaitement arabe, il montre à Claude Guéant et à Brice Hortefeux qu’il a ses entrées auprès du ministre de l’Intérieur d’Arabie saoudite…

Au fond, ça n’a servi à rien, car le contrat n’a pas été signé pour d’autres raisons. Mais quand ils rentrent, ils pensent qu’ils ont une porte d’entrée solide. Et puis, il y a un deuxième voyage. Il n’y avait aucun autre contact possible”. 

“On m’a dit qu’il faciliterait le contrat”

Nicolas Sarkozy ajoute  : “Pour moi, Brice Hortefeux l’a rencontré quand j’ai donné mon accord pour qu’ils aillent voir le ministre de l’Intérieur d’Arabie saoudite. On m’a dit qu’il faciliterait le contrat.
Ce contrat, c’était le monstre du Loch Ness : tous les ministres de l’Intérieur rêvaient de l’obtenir”.

Olivier Géron : “Il me semble que Brice Hortefeux le connaissait avant…”

Nicolas Sarkozy l’assure : “Je ne le savais pas. Je l’ai su au moment où Claude Guéant me dit qu’il peut aider à la signature de ce contrat avec l’Arabie saoudite, et que Brice Hortefeux le connaît”. 

“une hostilité assez immédiate face à son arrogance”

Olivier Géron : “Saviez-vous qu’il connaissait M. Gaubert et Hortefeux ?”

Nicolas Sarkozy : “Je ne le savais pas. Et je dois dire que j’ai éprouvé – c’est aussi mon tempérament – une hostilité assez immédiate face à son arrogance. J’en ai gardé un souvenir un peu amer, sans plus”.

Olivier Géron : “Quand avez-vous su que cet homme connaissait Gaubert et Hortefeux ?”

Nicolas Sarkozy : “Si j’avais fait le lien, Brice Hortefeux serait venu au rendez-vous. Je n’avais pas, à ce moment précis, l’information que M. Takieddine connaissait Brice Hortefeux ou Thierry Gaubert”. 

“Je n’avais jamais entendu parler de Takieddine et je ne le connaissais pas”

L’ancien président de la République continue au sujet de Ziad Takieddine :
“Je n’avais jamais entendu parler de Takieddine et je ne le connaissais pas. M. Séguin me l’a présenté comme l’un de ses amis libanais qui voulait me connaître et qui m’appréciait beaucoup. 

Déjà en 2002, il y avait beaucoup de gens qui voulaient me connaître. Moi, je ne connaissais pas ses affaires. Quand il est venu avec le ministre de l’Intérieur saoudien, j’ai compris qu’il était très introduit en Arabie saoudite”.

Les premières rencontres avec Ziad Takieddine

Au sujet de Ziad Takieddine, Nicolas Sarkozy explique : “M. Takieddine m’a été présenté pour des raisons que j’ignore par M. Séguin. Un jour, il m’a présenté l’un de ses amis. 
Je n’ai pas grand souvenir de la conversation, mais dans mon esprit, je recevais Philippe, pas Takieddine.

Lors d’un deuxième rendez-vous, j’avais rendez-vous avec le ministre de l’Intérieur saoudien. Il y avait un gros contrat à la clé, et le prince est venu avec un interprète, qui était Takieddine. Voilà, en tout et pour tout, mes deux rencontres avec Takieddine”. 

La nomination de Brice Hortefeux

Olivier Géron évoque maintenant les relations entre Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux.

L’ancien président explique cette nomination : “Jacques Chirac a voulu m’entourer de ministres délégués qu’il savait proches de moi. Ce n’est pas moi qui l’ai demandé”. 

Le président de la cour exhume des arrêtés de nomination de juin 2005.

Nicolas Sarkozy détaille alors les réunions de cabinet : “Tous les matins, elles étaient animées par Claude Guéant.” 

Au sujet de Claude Guéant : “Il était le plus expérimenté des préfets”

Le président de la cour : “Comment avez-vous choisi Claude Guéant ?”

Nicolas Sarkozy : “C’est simple, je ne l’avais jamais vu avant. Parmi les directeurs de cabinet possibles, il y avait deux candidats. J’ai choisi Claude Guéant, qui était le plus expérimenté des préfets. Il paraissait plus calme et de sang-froid.

Jacques Chirac m’a téléphoné un matin pour me dire qu’il ne prendrait pas de Premier ministre (mai 2002), mais qu’il avait besoin que je vienne au gouvernement et que je choisisse ce que je voulais. Je serais le n°2 du gouvernement.

Deux heures après, je choisissais Guéant, que je n’avais jamais rencontré, mais qui avait été recommandé par l’administration. Je savais qui il était”.

Les relations de Nicolas Sarkozy avec Thierry Gaubert

Le président de la cour : “On va maintenant, sans transition aucune, évoquer les relations que vous avez eues avec les uns et les autres, à commencer par Thierry Gaubert”. 

Nicolas Sarkozy : “Il était jeune, sympathique, il avait beaucoup d’entrain et s’est proposé de m’aider pour le volet médiatique. Il habitait lui-même à Neuilly et n’a jamais été rémunéré. Nous avons dîné ensemble, puis nous sommes devenus amis. 

Puis M. Gaubert a quitté la vie politique pour la Caisse d’Épargne. À l’époque, vu mes occupations, soit on se voyait, soit on ne se voyait pas.

Je suis devenu replié sur Neuilly et j’ai changé tout mon entourage, à l’exception de Brice Hortefeux. Mon épouse de l’époque ne voulait plus fréquenter l’épouse de M. Gaubert. À ce moment-là, il n’y avait donc plus de vie amicale possible.

Il n’était plus invité et je ne le voyais plus, parce que nos épouses ne s’entendaient plus du tout. Cela a créé un éloignement. Il n’était plus dans mon cercle professionnel à partie de 1995. 

“C’est classique, il y a toujours des affrontements”

Olivier Géron : “En 2007, vous étiez à la fois candidat du bord politique du président sortant. Vous avez été en confrontation avec lui pendant plusieurs années. Est-ce que cela a changé votre campagne ?”

Nicolas Sarkozy : “C’est classique, il y a toujours des affrontements. Ça me mettait en situation de combat”.

“On n’en respire plus”

Olivier Géron : “Politiquement, pour vous, qu’est-ce que cela signifie de mener campagne ?”

Nicolas Sarkozy : “Si la cour me permet cette expression : à la minute où vous annoncez votre candidature, vous êtes en apnée. Vous ne faites plus que ça, vous ne vivez plus que pour ça. On n’en respire plus”. 

Il poursuit : “Les gens viennent partager une ambition, une vision. Sentir que la salle vibre au même rythme que vous-même, susciter l’enthousiasme… C’est un rêve que j’avais dans ma tête.
Cela me permet de dire qu’à l’époque, la participation a été de 84%. 

Jamais il n’y a eu autant de participation. C’est tout un pays qui a été passionné par la campagne de 2007. Le débat que j’ai eu avec Mme Royal a battu un record”.

“Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, on entre dans la vie des Français”

Olivier Géron : “De Villepin était-il un candidat sérieux ?”

Nicolas Sarkozy : “Dans son esprit, oui, dans le mien, non”.

Olivier Géron : “Si de Villepin avait été candidat…”

Nicolas Sarkozy : “Il aurait dû chercher des financements. Sa possibilité au sein de l’UMP était nulle.
Être candidat à la présidentielle avec des chances de réussite, c’est l’histoire d’une vie. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, on entre dans la vie des Français. On devient un personnage de leur vie. Il faut habiter cette envie, cette espérance. Ça ne se prépare pas six mois avant”.

“Le poste de ministre de l’Intérieur ne se refuse pas”

Nicolas Sarkozy droit à la barre des témoins manipule un stylo entre ses doigts tout en parlant. Il a une petite fiche devant lui mais parle sans s’y référer.

L’ex-président continue : “J’ai choisi de revenir, car les Français n’aiment pas les politiques, sauf quand ils sont utiles. Le poste de ministre de l’Intérieur ne se refuse pas. Je pouvais être dedans tout en incarnant l’avenir.

Je suis resté tard, car je n’ai quitté le gouvernement que début mars 2007, alors que le premier tour était en avril”. 

Olivier Géron : “Y avait-il en 2005-2006 une incertitude sur le candidat ?”

Nicolas Sarkozy : “En réalité, non, pas au sein de l’UMP. L’incertitude se situait plutôt de 1 à 3, avec Dominique de Villepin”. 

Le retour au gouvernement en 2005

Le président de la cour d’appel : “Juin 2005, vous revenez au gouvernement alors que vous êtes président de l’UMP. Qu’est-ce qui a changé ?”

Nicolas Sarkozy : “L’élément déterminant, c’est le référendum. Le ‘Non’ l’emporte à 55%. Il avait l’intention de nommer Dominique de Villepin Premier ministre et il m’a dit : ‘Je ne peux pas le nommer si vous n’êtes pas au gouvernement’. J’ai répondu d’accord, mais à condition que mon retour au gouvernement soit annoncé en même temps”. 

“Je serai candidat”

Nicolas Sarkozy : “Il y a eu un rendez-vous à l’Élysée. Le président de la République, [Jacques Chirac, NDLR] m’a dit : ‘Si tu es candidat, je te mets en dehors du gouvernement’. Et j’ai répondu : ‘Je serai candidat'”.

Le président de la cour d’appel, Olivier Géron : “Pourquoi vous a-t-il fait cet ultimatum ?”

Nicolas Sarkozy répond : “Sans doute que, fidèle à sa formule, je n’étais pas le meilleur des siens à ses yeux”. 

“Ne pas y aller, c’était renoncer”

Nicolas Sarkozy : “L’histoire de mon parti… Le parti gaulliste : en 1995, j'ai été sifflé, ça a été une blessure. Devenir le président d’un parti qui m’avait sifflé et rejeté, c’était un défi.

Quand Alain Juppé a été condamné, je crois en 2004, je n’avais pratiquement pas le choix : ne pas y aller, c’était renoncer. J’avais un président de la République contre moi politiquement, un président de parti contre moi politiquement. J’ai donc décidé de me lancer. Cela n’a pas été simple, car j’étais heureux en tant que ministre de l’Intérieur et ministre du Budget”. 

Plusieurs étapes avant d'ambitionner la présidence de la République

Le président de la cour reprend la parole et annonce qu’il va revenir sur le moment de la candidature à l’élection présidentielle, annoncée en novembre 2006.

“Comment êtes-vous passé d’une simple ambition à une phase où vous étiez déterminé à être candidat ?” 

Nicolas Sarkozy : “M. le président, l’acte décisif, je le situerais au moment de la fin du CPE. La fin du CPE marquait la fin de l’ambition de celui qui était mon principal challenger.

J’y ai pensé plus tôt que cela. Une étape a été franchie lorsque je suis devenu président de l’UMP. Une autre a été franchie lorsqu’un quotidien a titré : ‘Sarko dans la nasse’. Puis, après le CPE, il y a eu ma candidature”. 

“Kadhafi n’avait aucune prise sur moi”

Nicolas Sarkozy garde la parole : “La médiatisation de mon incarcération, je m’en serais bien passé. Il faut aussi l’accepter.

Je demande pardon d’avoir été trop long. Je demande aux victimes de réfléchir à cela : lorsqu’il s’est agi de mobiliser la communauté internationale, en parfaite conformité avec le droit international, la France a pris le leadership de cette coalition. Quand les avions français sont entrés en Libye, je dis à ces familles que mon bras n’a pas tremblé : j'ai pris l’initiative – pardon, la France a pris l’initiative.

Pourquoi n’ai-je pas tremblé ? Parce que Kadhafi n’avait aucune prise sur moi, ni sur le plan politique, ni sur le plan financier, ni sur le plan personnel… M. le président, si c’était à refaire, je le referais”.

“il faut accepter que je me défende”

Nicolas Sarkozy : “La libération des infirmières. C’est pour cela que j’ai reçu Kadhafi. Cela ne m’a pas fait plaisir, mais c’était pour cette raison. L’accusation accuse, mais il faut accepter que je me défende”.

“La vérité, je la leur dois”

Nicolas Sarkozy : “La vérité, je la leur dois, comme je la dois aux Français. On ne répare pas une souffrance par une injustice. Je suis innocent. La vérité est la seule façon de répondre à cette souffrance.
La vérité, c’est qu’il n’y a pas eu un seul centime libyen dans ma campagne. Je n’ai jamais agi d’aucune manière en faveur d’Abdallah Senoussi. Il dort en prison grâce à l’action de la coopération internationale”. 

“J’aurais agi de la même manière, avec la même douleur et la même colère”

Nicolas Sarkozy continue : “Il faut répondre aux victimes, car elles ont tous les droits. Elles ont souffert et je peux comprendre que, trente-six ans après, la douleur et la colère demeurent.
L’une d’entre elles m’a dit : ‘Mais vous, M. Sarkozy, s’il s’était agi d’un de vos proches, qu’auriez-vous fait ?’ J’aurais agi de la même manière, avec la même douleur et la même colère”. 

“Cela fait trois fois que j’entends les victimes”

Nicolas Sarkozy prend la parole : “Merci, M. le président. Je préférerais répondre sur le fond, mais il m’est impossible de ne pas répondre.

Cela fait trois fois que j’entends les victimes : en décembre 2017, lorsque je les reçois à l’Élysée, en première instance et ici. Il est impossible d’être à la hauteur des attentes et de la douleur”. 

Nicolas Sarkozy appelé à la barre

L’audience reprend. Le président rappelle que l’interrogatoire est prévu sur trois jours, voire trois jours et demi. Il précise également que, mercredi, les parties civiles se sont exprimées et que l’intéressé peut y réagir.

la reprise des débats prévue à 9h

Bonjour et bienvenue dans ce direct consacré au procès en appel dans l’affaire du financement libyen. La reprise des débats est prévue à 9 heures. 

L’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est arrivé en forme, saluant ses soutiens dans la salle.