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Subcomandante Marcos, a playwright of the revolution

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Le sous-commandant Marcos est le visage d'un mouvement pourtant sans visage : le mouvement zapatiste, avec son slogan “Ya Basta !”. Il aura soulevé les populations autochtones du Chiapas, la région la plus pauvre du Mexique, avec des idées fusionnant le marxisme, la sagesse amérindienne et des paroles de Jean-Jacques Goldmann !

L'homme dont on mettra un an à connaître la véritable identité est lettré et plein de talent. Très vite on apprend que celui qui veut symboliser l'identité indienne, écrasée par un système de quasi-servage, est très probablement Rafael Sebastián Guillén Vicente, intellectuel et petit professeur mexicain. Il est né à Tampico en 1957, puis formé chez les jésuites. Il deviendra cadre de l'Armée zapatiste dans les années 1980, puis porte-parole mondial de l'insurrection à partir de 1994. Pour les journalistes occidentaux qui boivent ses paroles, le sous-commandant Marcos représente un rêve guévariste. Mais au romantisme noir du Che, Marcos, surnommé le “Sub”, apporte une touche terroriste mais désarmée. Il se veut un héros qui sourit, même si sa cagoule de tricot et sa pipe lui posent parfois des problèmes de coordination faciale.

Il n'est pas l'Indien pauvre que certains ont voulu voir. Les colonnes zapatistes étaient composées d'indigènes mayas, tzotziles, tzeltales, choles, tojolabales, mames et zoques, et Marcos apparaît alors comme “l'unique qui ne soit pas indienâ€, reconnaissable à son passe-montagne, sa casquette, sa pipe et son style d'intellectuel. Et même si il lui a suffi d'une cagoule bien posée pour créer le mythe d'un nouveau Zapata, il n'est pas pour autant le manipulateur total que ses ennemis décrivent. Il est quelque chose de plus intéressant : un poète politique à cheval, un intellectuel qui veut gagner la guérilla moins par les fusils que par les images, les mots et les mythes.Marcos, devenu phare de l'altermondialisme des années 90, joue de ses apparitions et disparitions, à l'orée de la jungle mexicaine. Il enjôle ceux qui se sentent les perdants du Nouvel Ordre Mondial. Marcos ne construit pas seulement des arguments et une idéologie : il construit un imaginaire.Dans les faits, cette guerre aura connu très peu de vrais combats. Le conflit du Chiapas, cristallisé sur la personnalité du sous-commandant Marcos, aura été de très basse intensité, si l'on passe sous silence le massacre de 45 indigènes par des paramilitaires en 1997. 2006 est l’année de la rupture d'avec la gauche mexicaine, puis en 2014, la mort symbolique du sous-commandant, qui se retire et devient Subcomandante Insurgente Galeano, en hommage à José Luis Solís López, militant zapatiste assassiné. Ce geste confirme que “Marcos†était aussi un personnage politique construit, mais rassure sur un fait : il ne sera pas un tyran comme tous ces héros révolutionnaires romantisés par Sartre, Regis Debray ou Manu Chao.

À ce jour, les nouvelles les plus récentes sont donc celles-ci : Marcos n'a pas disparu, mais il n'est plus la figure centrale du mouvement. Il intervient désormais comme Capitan Insurgente Marcos, dans un rôle plus littéraire, analytique et secondaire, tandis que le sous-commandant Moisés semble occuper la position politique principale de l’Armée zapatiste de libération nationale. Marcos est passé du chef médiatique d'une insurrection armée à une figure presque spectrale du zapatisme, toujours présente, toujours écrivante, mais inactive.Aujourd’hui, le romantisme insurrectionnel a changé de visage, il a les traits plus haineux, écume à l'aveugle contre l'Occident, avec la complicité des autocrates du monde entier, de Poutine à Maduro, et de Khamenei à Ji Xinping, comme le raconte Frédéric Martel dans son best-seller . Il sélectionne ses causes en fonction de ses ambitions électorales, évite la force des images littéraires au profit de slogans aboyés, et surtout préfére les algorithmes aux chemins touffus des jungles. Le petit paysan Maya écrasé de dettes ne l'intérésse plus. Ses indignations ne lui sont suggérées que par sa chambre d'écho numérique, sa bulle de confirmation, son enfer personnel de followers et de followés, pour qui les montagnes du Chiapas sont loin, très loin, et leur Che bis, le sous-commandant Marcos, un mythe brillant de moins en moins dans la nuit du conformisme.

    Frédéric Martel, Occidents : enquête sur nos ennemis, Plon, 2026.Paco Ignacio Taibo, La liberté, la bicyclette, L’atinoir, 2022.Paco Ignacio Taibo, Mexico noir, Gallimard, 2013.

    Avec la participation de Théo WizmanArchive : discours du sous-commandant MarcosMusiques

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