Les États-Unis n’envisagent pas de financer directement la reconstruction de l’Iran, mais soutiennent la création d’un fonds pouvant atteindre 300 milliards de dollars, principalement alimenté par des investisseurs privés et des pays du Golfe, auquel Téhéran n’aurait accès qu’en échange d’un accord nucléaire, du respect du cessez-le-feu et d’importantes concessions sur son programme d’enrichissement d’uranium.
L’Amérique va-t-elle payer pour reconstruire l’Iran? Lundi, des reponsables américains ont indiqué à la presse internationale qu’un fonds de reconstruction d’un montant de 300 milliards de dollars serait à l’étude.
Une information qui semblerait confirmer des révélations du New York Times de fin mai dernier selon lesquelles l’administration Trump aurait demandé de manière informelle aux pays arabes du Golfe de fournir des fonds pour la reconstruction de l’Iran après la guerre.
Dans des interviews accordées ce lundi, notamment à CNBC, le vice-président JD Vance a semblé confirmer que le fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars figurait dans bien dans l’accord, mais a précisé qu’il ne serait pas financé par les États-Unis mais par les pays voisins du Golfe.
Selon lui, la Maison Blanche devrait publier cette semaine le texte de l’accord “et ce que tout le monde verra, c’est que l’Iran ne recevra pas un centime d’argent à moins qu’il ne remplisse ses obligations.”
Selon le Financial Times pourtant, l'administration Trump préparerait bien une initiative économique de grande ampleur dans le cadre des négociations en cours avec l'Iran. Washington serait prêt à soutenir la création de ce fonds destiné à la reconstruction et au développement économique du pays.
Des entreprises privées
D'après une source proche des négociations citée par le quotidien britannique, la mise en place de ce fonds serait strictement conditionnée à la conclusion d'un accord final prévu par le mémorandum d'entente.
Celui-ci interviendrait après plusieurs étapes jugées essentielles par les États-Unis: une prolongation de 60 jours du cessez-le-feu, la réouverture du détroit d'Ormuz et la poursuite des discussions sur le dossier nucléaire iranien. Les responsables américains considèrent ces conditions comme des garanties indispensables pour assurer la stabilité régionale et encourager les investissements étrangers à long terme.
Le fonds envisagé ne serait cependant pas financé directement par des gouvernements mais par des investisseurs privés et des entreprises souhaitant prendre part au redressement économique de l'Iran. Les contours précis de sa gouvernance restent encore à définir, mais son objectif serait de canaliser les capitaux vers un marché de près de 90 millions d'habitants disposant d'importantes ressources énergétiques.
“De nombreuses entreprises en Europe, en Asie, en Corée du Sud, au Japon, etc., ainsi que des entreprises américaines, manifestent leur intérêt, a déclaré une personne informée des négociations dans le FT. Si les sanctions sont levées, ce fonds représenterait une somme considérable, voire énorme.”
Les “palettes à billets”
Néanmoins, l'ampleur des avantages économiques proposés à Téhéran demeure l'un des sujets les plus sensibles des discussions. Donald Trump cherche à éviter toute perception selon laquelle son administration récompenserait le régime iranien, alors même qu'il a longtemps dénoncé l'accord nucléaire conclu en 2015 sous Barack Obama.
Dans un message publié sur le compte X de la Maison Blanche et signé Donald J. Trump, le président assure qu’il “n’investit aucun argent en Iran”.
Sur son compte Truth Social, il a qualifié de “fake news diffusée par les Démocrates” “l’information selon laquelle les États-Unis verseraient 300 millions (sic) de dollars à l’Iran.”
Le président américain a en effet régulièrement critiqué la politique de son prédécesseur à l'égard de l'Iran, accusant l'administration Obama d'avoir envoyé des “palettes de billets” à Téhéran dans le cadre de l'accord nucléaire signé avec les grandes puissances mondiales. En 2016, l’administration Obama avait versé 1,7 milliard de dollars à l’Iran pour régler un contentieux hérité de la révolution islamique de 1979, dont 400 millions correspondant à un acompte versé avant la chute du Shah pour l’achat d’équipements militaires américains.
Les opposants au nouveau protocole estiment aujourd'hui que les incitations financières envisagées dépasseraient largement celles accordées à l'époque. Pour répondre à ces critiques, un haut responsable américain a affirmé lundi qu'”aucun” dollar n'avait été versé à l'Iran depuis la signature à distance du document par Donald Trump, JD Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.
Selon les termes de l'accord en préparation, toute levée de sanctions, y compris le dégel des avoirs iraniens détenus à l'étranger, serait appliquée progressivement et dépendrait des avancées réalisées dans les négociations nucléaires. Toutefois, des responsables américains ont indiqué que Washington pourrait offrir de “petits gestes” financiers “au début” afin de renforcer la confiance entre les deux parties.
La question nucléaire reste au cÅ“ur du processus de normalisation envisagé entre Washington et Téhéran. Les deux parties se sont engagées à résoudre le dossier des stocks d'uranium enrichi. L'engagement minimal prévoit la dilution de l'ensemble de l'uranium enrichi présent sur le territoire iranien sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Et Washington souhaite que les 9.000 kg d'uranium enrichi, dont environ 440 kilogrammes à un niveau proche de celui nécessaire à la fabrication d'armes nucléaires, soient définitivement rendus inexploitables à l’avenir.





