Dans un environnement marqué par la volatilité et l'incertitude, la flexibilité reste d'une importance capitale.
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Le marché européen des obligations spéculatives à haut rendement dites «high yield» a démarré l'année sur une note stable. Toutefois, les tensions géopolitiques et la hausse des prix de l'énergie ont depuis assombri le climat. En conséquence, les spreads se sont élargis, mais restent dans des limites raisonnables grâce à des rendements attractifs et à des fondamentaux toujours solides. Les perspectives sont modérément positives, à condition que le choc énergétique s'avère temporaire.
Un début d'année positif
Le marché européen des obligations high yield  a démarré l'année avec une stabilité remarquable. Les spreads de crédit ont évolué dans une fourchette relativement étroite, comprise entre 240 et 270 points de base, et n'étaient, en février, que légèrement supérieurs au niveau de fin d'année. Soutenue par une composante de carry attractive, la performance s'est avérée solide: l'indice ICE BofA ML Euro High Yield Non-Financial Fixed Floating Rate Constrained (indice HEAE) a enregistré un rendement d'environ 0,9% depuis le début de l'année 2026.
L'activité sur le marché primaire a également souligné l'intérêt des investisseurs. Le volume brut d'émissions, qui s'élevait à 15,3 milliards d'euros depuis le début de l'année, a dépassé celui de l'année précédente, et les nouvelles émissions ont été bien accueillies par le marché – un signe encourageant de la demande persistante de rendement dans un environnement macroéconomique toujours favorable.
Choc géopolitique et réaction des marchés
La situation a basculé brusquement avec l'escalade du conflit militaire entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran. Le conflit s'est rapidement étendu à l'ensemble du Moyen-Orient et s'est de plus en plus tourné contre les infrastructures critiques, en particulier les voies d'approvisionnement énergétiques essentielles.
Le blocage du détroit d'Ormuz, l'une des principales voies de transport mondial de pétrole et de GNL, a immédiatement entraîné une forte hausse des prix de l'énergie. Les cours du pétrole ont dépassé la barre des 100 dollars, et les prix du gaz ont également fortement augmenté.
Ces évolutions ont laissé des traces profondes sur les marchés obligataires. La hausse des coûts énergétiques a ravivé les craintes inflationnistes et déclenché une réévaluation des anticipations de politique monétaire, en particulier dans la zone euro. Dans cette région, les baisses de taux d'intérêt initialement attendues ont non seulement été annulées, mais remplacées par des anticipations de hausses de taux.
Perspectives et implications pour le portefeuille
Malgré l'incertitude accrue, le marché européen des obligations high yield  s'est révélé relativement résistant. Les spreads se sont élargis à 320 points de base – soit environ 50 points de base de plus qu'à la fin février – une réaction du marché sensible, mais pas extrême.
L'évolution future du marché dépendra dans une large mesure de la durée et de l'intensité du conflit dans la région du Golfe. La persistance de prix élevés de l'énergie pourrait alimenter davantage l'inflation et peser sur la croissance mondiale.
D'autres risques découlent de la politique commerciale américaine difficilement prévisible, des tensions géopolitiques persistantes dans d'autres régions ainsi que des éventuelles répercussions provenant des marchés du crédit privé. Sur ces marchés, les préoccupations croissantes concernant l'augmentation des rachats des fonds de dette privée et la pression croissante sur la liquidité occupent le devant de la scène.
Dans le même temps, cette classe d'actifs continue d'offrir un carry raisonnable, le rendement à l'échéance actuel de 6,0% constituant une marge de sécurité considérable face à une nouvelle expansion des spreads. Les fondamentaux des entreprises restent globalement solides, même si les premiers signes d'une détérioration progressive sont perceptibles. On s'attend toujours à ce que les taux de défaut restent modérés à court terme, soutenus par la croissance mondiale persistante – un scénario qui suppose que le conflit avec l'Iran et le choc des prix de l'énergie qui en découle s'avèrent temporaires.
Dans un environnement marqué par la volatilité et l'incertitude, la flexibilité reste d'une importance capitale. Du point de vue du risque, une allocation défensive et largement diversifiée semble judicieuse. Les entreprises affichant des revenus stables et des modèles économiques résilients sont mieux placées pour surmonter les défis actuels. En conséquence, une sélection rigoureuse des émetteurs, fondée sur une analyse de crédit approfondie, reste très importante.
Dans l'ensemble, nous maintenons une vision prudemment constructive à l'égard des obligations européennes high yield. Si le risque reste élevé, cette classe d'actifs continue d'offrir un profil de rendement intéressant, ajusté au risque, pour les investisseurs capables de s'orienter dans un environnement macroéconomique de plus en plus complexe. Nous privilégions les obligations high yield  à court terme, dont la moindre sensibilité aux taux d'intérêt offre une marge de sécurité significative face à un éventuel nouvel élargissement important des spreads.





