TIMOTHY A. CLARY / AFP
La Banque mondiale estime un recul de la croissance de 0,1 point de pourcentage par rapport à ses estimations du mois de janvier.
• Les dommages causés sur les infrastructures énergétiques dans les pays du Golfe et la reconstitution des réserves stratégiques des États devraient entretenir la tension des marchés.
• La guerre a modifié durablement l'économie, accélérant la transition énergétique vers le solaire et l'éolien.
La signature, ce mercredi 17 juin à Versailles, du protocole d'accord de paix entre les États-Unis et l'Iran rendent les marchés optimistes. Et la réouverture progressive du détroit d'Ormuz laisse penser que le pire pour l'économie mondiale est derrière nous. Mais on est encore bien loin d'un retour à « la normale » d'avant-guerre. Car si les navires recommencent peu à peu à circuler, l'économie, elle, a déjà changé. La guerre en Iran a laissé des traces durables, sur les prix de l'énergie, sur l'inflation, sur les taux d'intérêt et, plus largement, sur la croissance, en amputant jusqu'à 2 % du PIB mondial.
La Banque mondiale estime un recul de 0,1 point de pourcentage par rapport à ses estimations du mois de janvier. De son côté, le Fonds monétaire international parle de 0,3 point de pourcentage. Le Global Peace Index, qui étudie l'impact économique des guerres, table sur une croissance qui reculerait de 0,6 point de pourcentage en cas de réouverture assurée du détroit d'Ormuz. Si l'accord venait à échouer et que le passage maritime restait bloqué, le recul serait plus important.
La Banque de France prévoit que la guerre au Moyen Orient réduise la croissance française de moitié en lui coûtant 0,5 point de pourcentage. La guerre a donc enclenché des changements qu'il sera difficile d'inverser. Plus qu'un simple choc temporaire, le conflit a commencé à redessiner l'ordre énergétique mondial.
Le pétrole redescend, mais pas à son monde d'avant
Du côté du pétrole, qui a été la première source d'inquiétude puisqu'il transite majoritairement par le détroit d'Ormuz, le baril de Brent a reflué sous les 80 dollars après les annonces d'accord entre Téhéran et Washington, une détente bienvenue après des semaines de flambée. En quelques jours au début du conflit, le Brent était passé d'environ 62 dollars à plus de 100 dollars, avant de frôler 120 à 125 dollars au plus fort de la crise. Mais cela ne veut pas dire que le pétrole redevient aujourd'hui à sa valeur d'avant-guerre.
Pour l'Europe, la question du gaz est toute aussi cruciale. Depuis la guerre en Ukraine, le continent dépend davantage du gaz naturel liquéfié. Toute perturbation sur le marché mondial entraîne immédiatement une hausse des prix.
Pour les consommateurs, la mauvaise nouvelle est que la baisse des prix de l'énergie ne se répercute jamais immédiatement sur leur facture, du moins pas complètement. Entre l'achat du brut, le raffinage pour le pétrole par exemple, la distribution et la fiscalité, plusieurs semaines voire parfois plusieurs mois peuvent s'écouler. Si une baisse a déjà été amorcée, elle sera longue et les prix pourraient rester élevés tout l'été, voire plus longtemps.
Infrastructures endommagées, risques…
Plusieurs infrastructures ont été endommagées dans la région du Golfe, ce qui alimente la nervosité des marchés. Même si les prix baissent dans les prochaines semaines, cela ne suffira pas à relancer immédiatement l'activité. Selon Ruben Nizard dans L'Express, « le redémarrage des unités industrielles pourrait prendre du temps, en raison des contraintes techniques et logistiques ». Autrement dit, le choc énergétique continue de se diffuser dans l'économie réelle.
Julien Marcilly, chef économiste chez Global Sovereign Advisory, ajoute que : « Le conflit devrait pousser les États et les entreprises à constituer des réserves stratégiques accrues de pétrole et de gaz pour se prémunir contre les chocs. » Même avec une détente des prix, États et entreprises vont chercher à acheter davantage pour sécuriser leurs approvisionnements futurs. Et cela entretient la tension. Le spécialiste ajoute que « les tensions énergétiques pourraient s'enraciner puisque l'offre peinera à retrouver son niveau d'avant-crise ».
Les marchés ont aussi introduit une prime de risque géopolitique durable dans les prix de l'énergie. Elles ne valent donc plus seulement ce qu'elles coûtent à produire, mais aussi le prix de l'incertitude. « Je pense que le détroit ne retrouvera jamais la certitude de libre passage à laquelle nous étions habitués », a déclaré Maurice Obstfeld, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, au New York Times. Plusieurs spécialistes se montrent d'ailleurs prudents sur l'accalmie au Moyen Orient, car si la signature de cet accord doit permettre d'entamer des discussions entre les deux pays, rien ne certifie qu'elles seront concluantes.
Une inflation qui persiste
Et puis il y a l'inflation. Entraînée par la hausse des coûts de l'énergie, l'inflation s'est emballée. Ce ne sont pas seulement l'essence ou le chauffage qui coûtent plus cher, toute la chaîne économique est touchée : transport, agriculture, logistique, industrie, alimentation. Le prix du carburant finit par peser sur celui des billets d'avion, des produits alimentaires ou des biens manufacturés, comme on avait pu le voir quelques semaines après le début du conflit. L'Insee prévoit pour fin décembre une hausse des prix de 2,7 % sur un an, contre une prévision à moins de 1 % avant le conflit au Moyen-Orient.
L'inflation ne retombe pas comme par magie à l'apaisement d'un conflit. C'est probablement la conséquence la plus durable de cette guerre. Depuis près de deux ans, les banques centrales pensaient avoir repris le contrôle de l'inflation, et le scénario d'une baisse progressive des taux se dessinait.
Dans le New York Times, Indermit Gill raconte qu'en début d'année, tout semblait pourtant bien engagé : « L'inflation diminuait, la croissance s'accélérait et le commerce, malgré une période difficile, restait solide. » Puis le conflit a tout changé. Son constat : « L'économie mondiale va finir par être plus instable. »
Vers une transformation durable de l'économie
La grande leçon de cette guerre dépasse la seule question du pétrole. Le conflit a rappelé la dépendance persistante du monde aux hydrocarbures du Moyen-Orient, et il pourrait donc accélérer un mouvement déjà en cours : la transition énergétique. Ce choc pourrait pousser davantage de pays à investir dans le solaire, l'éolien, le nucléaire ou l'électrification pour réduire leur vulnérabilité. Preuve en est, en avril, pour la première fois, l'énergie éolienne et solaire a produit plus d'électricité à l'échelle mondiale que le gaz.
La nécessité de ce changement est très bien illustrée par la Chine puisqu'elle a bénéficié de son avance dans la transition énergétique, étant leader mondial en matière de taux d'électrification, comme le rappelle la RTBF. L'économie chinoise a ainsi mieux résisté au choc de la guerre au Moyen-Orient.





