« Oldies but goldies » dit une expression américaine. Cela donne, en VF : « Plus c'est vieux, plus c'est bon. » Pour accompagner l'entrée des équipes, avant chaque match de la Coupe du monde de football, juste avant les hymnes, la Fifa a recyclé un classique de 1982 : « Sirius », un instrumental iconique et entêtant du groupe de rock progressif Alan Parsons project.
Loin devant les airs sirupeux et « marshmallow » de Shakira ou Tyla, c'est le morceau qui connaît le plus de succès, chez les fans, depuis le début de la Coupe du monde. Pourtant, on ne peut pas dire que la Fifa ait joué sur l'originalité. Depuis 1984, « Sirius » est diffusé lors des matchs à domicile de l'équipe de NBA des Chicago Bulls. C'est aussi devenu un incontournable des grands événements sportifs universitaires et professionnels en Amérique du Nord.
L'étonnant de l'histoire, c'est que Sirius n'a jamais été a été créé dans ce but. Pour les « non musicos », et ils sont nombreux, un petit cours d' « érudit rock » s'impose. Fondé par Alan Parsons et Eric Woolfson, l'Alan Parsons Project était l'un des groupes les plus atypiques du rock britannique. il fonctionnait davantage comme un collectif de studio que comme un groupe traditionnel. Parsons avait auparavant travaillé comme ingénieur du son sur « Abbey Road » des Beatles et « The Dark Side of the Moon » de Pink Floyd, tandis que Woolfson était parolier et pianiste.
C'est sur « Eye in the Sky », le sixième album du duo, que « Sirius » apparaît. Sorti en 1982, cet album est le plus grand succès de l'Alan Parsons Project grâce à son titre éponyme. Mais Parsons estimait que la chanson avait besoin d'une ouverture dramatique. Ce court morceau instrumental, d'une durée de seulement 1 minute et 48 secondes, était conçu pour introduire naturellement « Eye in the Sky ». Sur l'album original, les deux titres sont pratiquement inséparables.
Le titre « Sirius est inspiré de l'étoile la plus brillante du ciel »
Le riff qui allait devenir célèbre dans le monde entier est né d'une combinaison inhabituelle. Parsons a utilisé un clavinet, l'instrument popularisé par Stevie Wonder sur « Superstition ». Il a aussi eu recours à un Fairlight CMI, l'un des tout premiers échantillonneurs numériques jamais créés, pour construire la boucle qui est devenue le fondement de la composition. Le titre « Sirius est inspiré de l'étoile la plus brillante du ciel. »
Dans les années 80, Tommy Edwards, l'annonceur officiel des Chicago Bulls, époque Michael Jordan, transforme les présentations des joueurs NBA en show. Les lumières s'éteignent, des effets s'enchaînent et Michael Jordan apparaît. Toujours le dernier. Au départ, l'équipe utilise « Thriller » de Michael Jackson comme bande-son. Mais Edwards entend « Sirius » diffusée en fond sonore dans une salle de cinéma et craque sur la structure lente et montante du morceau, parfait pour créer de l'anticipation. Juste après le « And now… the starting lineup for your Chicago Bulls », la musique est lancé et lorsque le riff de guitare arrive, surgit Jordan.
Depuis, « Sirius » est devenue indissociable de l'identité des Bulls qui ont remporté six championnats NBA au cours des années 1990, contribuant à transformer ce morceau instrumental en l'un des plus grands hymnes sportifs. Au fil des années, d'autres équipes et évènements ont adopté « Sirius. » Le titre apparaît aussi dans des films et séries TV ou jeux vidéo. La Fifa n'a pas expliqué pourquoi elle l'avait intégré à la cérémonie d'entrée des équipes à la place de son hymne, un brin kitsch et ramollo.
Sans doute à un clin d'œil aux organisateurs américains. Mais ce coup d'essai semble parti pour durer lors des prochaines éditions en Espagne, Portugal, Maroc puis Arabie saoudite. Alan Parsons, 77 ans, qui vit à Santa Barbara, n'a pas encore donné son avis sur l'utilisation en mondovision de son instrumental. Voilà quarante ans, lorsqu'un ami américain lui apprit que sa musique était utilisée pour présenter Michael Jordan, la réponse ut simple « C'est qui, Michael Jordan ? ».




