Aux États-Unis, les lecteurs de plaques d’immatriculation
génèrent chaque jour des millions d'enregistrements sur les
déplacements automobiles. Le FBI envisage maintenant d'exploiter
ces données à très grande échelle via un contrat pouvant atteindre
plusieurs dizaines de millions de dollars et couvrir une grande
partie du territoire américain.
36 millions de dollars pour un œil sur chaque voiture
américaine
Les documents d’appel d’offres décrochés par 404 Media le 14 mai 2026 fixent
la mise. Le FBI propose 6 millions de dollars par zone géographique
et jusqu’à 36 millions pour la couverture totale, soit les États
contigus à l’est et à l’ouest du Mississippi, mais aussi Alaska,
Hawaï, Porto Rico, Guam, Îles Vierges et territoires tribaux. Le
prestataire devra desservir 75% de ces zones et basculer chaque
passage détecté en alerte sous 2 minutes.
Le bureau attend également de pouvoir interroger 30 milliards
d’enregistrements sur cinq ans, par numéro de plaque mais aussi par
marque, modèle, couleur, date et lieu. La requête se fera via une
plateforme logicielle hébergée à distance, accessible aux analystes
de la direction du renseignement de l’agence. Aucune demande de
mandat judiciaire n’est mentionnée dans le document.

Flock et Motorola, deux fournisseurs en lice pour le
contrat
Très peu d’acteurs peuvent livrer un tel maillage. Flock Safety
opère plus de 80 000 caméras déjà fixées sur les voies publiques et
sur les parkings de chaînes comme Home Depot. Motorola Solutions
complète son catalogue avec des caméras embarquées sur des
véhicules de patrouille. Le FBI préférerait un fournisseur unique
mais s’autorise à découper le marché entre les deux si l’un d’eux
ne couvrait pas le territoire entier.
Interrogé par 404 Media, le directeur de la communication de
Flock a refusé de commenter, en rappelant que la société travaille
déjà avec plusieurs administrations fédérales. Le FBI lui-même n’a
pas répondu. L’agence dirigée par Kash Patel avait pourtant
reconnu, en mars 2026 devant le Sénat, qu’elle achète régulièrement
des données de localisation issues du secteur privé.
Les lecteurs de plaques
d’immatriculation déjà épinglés pour leurs dérives
Un policier de Milwaukee fait face à des poursuites pénales pour
avoir traqué sa compagne et l'ex-mari de celle-ci via le réseau
Flock. Le projet arrive donc dans un contexte de polémiques en
chaîne. Des départements de police effectuent en parallèle des
requêtes pour le compte d’ICE, l’agence d’immigration, alors même
que celle-ci n’a pas de contrat formel avec l’éditeur. Une plainte
collective vise par ailleurs Flock pour avoir partagé en sept mois
1,6 million de fois les données californiennes avec des
agences fédérales.
Sur le terrain juridique, l'enjeu est connu. Les autorités
doivent obtenir un mandat pour accéder à l'historique géographique
d'un téléphone, mais elles peuvent acheter celui d'une plaque sans
passer par cette procédure. L'achat de données commerciales
contourne donc l'exigence constitutionnelle. L'ACLU souligne que
ces fichiers stockent sans limite la trajectoire de millions de
conducteurs qui n'ont jamais commis le moindre délit. Le marché
public reste ouvert et les autorités pourraient désigner un
fournisseur dans les prochains mois.




