Le Français de 17 ans est devenu, jeudi, le plus jeune joueur à rejoindre le troisième tour à Roland-Garros depuis Michael Chang, en 1988.
“Tous les plus grands voyages commencent par un pas. J’en ai fait un. L’objectif si je veux gagner des Grands Chelems, c’est de le faire sept fois”, comme les sept tours qui mènent au sacre. Souriant sous sa casquette en conférence de presse, Moïse Kouame mesurait déjà l’importance de sa victoire au deuxième tour, jeudi 28 mai, tout en constatant le long chemin qui lui reste encore à parcourir.
A 17 ans et 79 jours, le Francilien est devenu le plus jeune joueur à se qualifier pour le troisième tour d’un tournoi du Grand Chelem depuis Rafael Nadal (17 ans et 20 jours) à Wimbledon en 2003. Pour Roland-Garros spécifiquement, il faut remonter 38 ans en arrière et Michael Chang en 1988 (16 ans et 91 jours). C’est dire la portée de l’exploit de Moïse Kouame, qui a su construire une victoire dans un scénario tout autre que celui du premier tour.
Physiquement, tout d’abord, le Français a fait preuve d’une incroyable résistance pour son premier match officiel en cinq sets. “J’en ai découvert plus sur moi-même aujourd’hui : sur l’aspect physique, que je suis capable de tenir cette intensité pendant 4h56. Même à l’entraînement, je n’ai pas fait cinq heures, donc si j’ai pu gagner un tel match, ça veut dire que physiquement, on bosse très bien avec mon préparateur physique”, a réagi l’intéressé, qu’on a vu souvent peiner à récupérer à partir du troisième set, sans jamais se désunir totalement pour autant.
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Pour y parvenir, il a beaucoup travaillé avec Fabien Bertrand au sein d’une équipe où Liam Smith, son entraîneur qui a notamment cornaqué Gaël Monfils, et Richard Gasquet, dans un rôle de consultant, sont les deux autres personnes clés. “Il s’est entraîné sur cinq sets ici, à Roland-Garros. Il a un préparateur physique qui l’a entraîné justement pour ça. Je ne suis pas surpris. Mais on ne sait jamais avant que ça n’arrive, surtout à cet âge”, a reconnu Liam Smith.
“C’est un début de carrière fantastique, mais la voie à suivre va être longue. Il faut donc qu’il savoure chaque instant.”
Liam Smith, entraîneur de Moïse Kouaméen conférence de presse
Si Moïse Kouame, qui s’est fait prendre deux sets et a été mené 5-2 dans l’ultime manche, n’a pas lâché, avant de tout remonter face au Paraguayen, de cinq ans son aîné, c’est parce qu’il est “ultraphysique à 17 ans”, comme l’avançait Gaël Monfils en avril.
Mais c’est aussi parce qu’il n’a pas lâché dans la tête, serrant le poing vers sa box à chaque coup gagnant, même dans les moments les plus difficiles. “C’est un point sur lequel nous travaillons : jouer à son meilleur niveau sur les points déterminants parce que ce sont les petits détails qui vous font perdre ou remporter un match. Je suis très content car j’investis beaucoup de temps pour m’entraîner sur cet aspect”, a analysé Moïse Kouame.
Dans le super tie-break, le Français a mené de cinq points (6-1), avant de voir Adolfo Daniel Vallejo grignoter et finalement revenir dans la bataille. “Mentalement, c’était dur, très dur de passer de 6-1 à 6-7. J’ai vraiment dû travailler sur moi, rester très calme, penser au point suivant et pas : ‘Je viens de perdre six points d’affilée’ ou des trucs comme cela. Et c’est ce que j’ai fait”, a rembobiné le Tricolore.
“Quand tu perds 5-2, il y en a qui baisseraient les bras. Ce que j'ai appris l'année dernière, de cette finale où Carlos Alcaraz a dû sauver trois balles de match, c'est qu'il faut toujours croire en soi.”
Moïse Kouaméen conférence de presse
Face au maximum d’adversité, Moïse Kouamé a trouvé des ressources mentales qu’il n’avait encore jamais explorées, lui qui, l’an passé, au premier tour des qualifications, n’était pas parvenu à renverser la vapeur.
Mais rien de tout ça n’aurait été possible sans un autre facteur, qu’il a lui-même immédiatement évoqué sur le court au micro : le public, qui a produit un vacarme énorme pour le pousser. “Il m’a transmis beaucoup d’énergie. Ça m’a permis de continuer mentalement et physiquement. Sans eux, ce serait probablement une tout autre histoire”, a admis Moïse Kouamé.
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Un facteur décisif qu’a confirmé son adversaire, toujours frustré plusieurs minutes après sa défaite, en conférence de presse : “Le public a joué un rôle à 100%. Dans une autre ville, il aurait perdu à 100%. Je n’avais jamais vu une telle foule. Chaque point c’était une minute d’encouragements et de cris, tu te dois de gérer ça”, a soufflé Adolfo Daniel Vallejo, qui a toutefois reconnu que le Français “méritait sa victoire”.
“Je prends plus de plaisir en jouant devant 10 000 personnes que devant 10. J’ai réussi à bien capter leur énergie car ils sont là pour me faire gagner et non pas pour me tendre ou me faire stresser. Je me suis vraiment amusé.”
Moïse Kouameen conférence de presse
Extrêmement démonstratif après le gain du deuxième set, Moïse Kouame s’est ensuite frustré lors des deux suivants, regardant souvent son clan par impuissance. Et lorsque la flamme est revenue dans le cinquième set, il a multiplié les doigts sur l’oreille, haranguant le public, parfois entre chaque point. “J’ai toujours rêvé de faire cela, de chauffer la foule, de faire un peu le show sur le court. C’est un peu trop de le faire sur chaque point donc, j’essaie de comprendre quand le moment est bien choisi pour recevoir le plus d’énergie possible de la part du public”, a-t-il analysé en conférence de presse.
Au troisième tour, la marche sera encore plus haute face à Alejandro Tabilo (36e mondial), qui a profité du forfait de Valentin Vacherot au deuxième tour et arrivera beaucoup plus frais. Le Chilien de 28 ans n’a passé que 1h53 sur le court, contre 7h34 (!) pour le Français. “Si on m’avait dit, avant le tournoi, que j’allais faire 3e tour, battre un ancien vainqueur de Grand Chelem et gagner mon premier cinq sets, je ne sais pas si j’y aurais cru. Mais c’est arrivé, donc pas le temps de me reposer. Je vais tout donner pour remporter un nouveau match ici”, conclut Moïse Kouamé, déjà prêt pour une nouvelle exploration de son potentiel, prévue pour samedi. Pour le premier court central de sa jeune carrière ?
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