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OpenAI, still in the race for an IPO

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Traditionnellement, lors d'une entrée en Bourse, ce sont les bilans comptables de l'entreprise qui déterminent sa valeur : chiffre d'affaires, bénéfices et les perspectives de croissance sur trois à cinq ans. Mais dans le secteur de la tech et de l'IA, la rationalité n’est plus de mise et les modèles d’affaire de nombreuses entreprises n’ont plus grand chose à voir avec celui d’une entreprise saine. OpenAI, c’est d’abord une croissance qui défie les lois de la gravité financière. En 2023, un an après avoir lancé ChatGPT, la société faisait 2 milliards de dollars de chiffre d’affaire. En 2024, 6 milliards. En 2025, près de 20 milliards. Une multiplication par dix en deux ans, du jamais-vu à cette échelle dans l’histoire de la tech.Mais OpenAi a beau revendiquer 900 millions d’utilisateurs par semaine, ses pertes seraient abyssales, environ 2 milliards de dollars par mois. Car OpenAI brûle énormément de cash pour entraîner ses modèles, les coûts d’inférence, c’est à dire faire tourner ChatGPT pour des millions d’utilisateurs atteignaient déjà 14 milliards en 2024, pour une marge brute de seulement 30 %. Pour une entreprise tech, c’est faible. Google ou Microsoft tournent à 70 %.Il faut dire que son modèle d’affaire questionne. Pour Frédéric Fréry, professeur à ESCP business school, Sam Altman a poussé à son maximum le modèle du blitzscalling. Popularisé par Reid Hoffman, le fondateur de LinkedIn, le “blitzscaling” que l’on pourrait traduire par croissance éclair, consiste à faire croître une entreprise le plus vite possible en gagnant le plus de consommateurs possible quitte à sacrifier la rentabilité, pour s'emparer de tout le marché et prendre de vitesse tous les concurrents. L’hypothèse implicite explique Frédéric Fréry est que le profit viendra quand le marché sera conquis. Une hypothèse parfaitement assumée par le patron d’OpenAI : Sam Altman qui ne prévoit pas d'être rentable avant 2029, au plus tôt.

La recette jusque là est assez simple. Il s’agit de lever le plus de fonds possible auprés d’investisseurs. Mais pour OpenAI, les tours de table ressemblent à des alliances géopolitiques.Depuis la recapitalisation d’octobre 2025, Microsoft est devenu l’actionnaire principal avec environ 27 %, la fondation OpenAI deteint 26% et les 47 % restants sont entre les mains des salariés et des investisseurs. Dans le dernier méga-tour de table, Amazon a apporté 50 milliards de dollars, Nvidia 30 milliards, SoftBank 30 milliards. Ce qui est frappant, c’est que ces trois gros actionnaires sont aussi des fournisseurs : Amazon pour le cloud, Nvidia pour les processeurs, SoftBank pour le capital de croissance. Ce ne sont pas des investisseurs passifs ; chacun a un intérêt commercial direct à ce qu’OpenAI consomme davantage d’infrastructure.Tous ces géants se retrouvent en situation d'interdépendance. Le risque devient systémique alors c’est la course en avant et l’entrée en bourse. Car OpenAI ne veut plus seulement être un fournisseur de modèles, il veut passer aux agents autonomes. Les dirigeants d’OpenAI parlent d’orchestrer de véritables « équipes d’agents autonomes » capables d’automatiser des tâches cognitives complexes. C’est le pari de la prochaine vague de revenus : des IA qui font le travail, pas seulement qui répondent aux questions. Mais tout repose aujourd’hui sur le récit. Alors qu’OpenAI pour son entrée en bourse vise une valorisation à 1 000 milliards de dollars, la question pour les investisseurs, sera de croire ou non aux promesses d’une entreprise qui perd encore de l’argent dont le modèle repose sur des coûts d’infrastructure astronomiques pour un pari technologique sur l’ intelligence artificielle générative dont personne ne connaît le calendrier ? Pour les autres, ce sera tout simplement de se demander s’il est raisonnable de laisser le développement d’une telle technologie aux mains du marché.