Je récidive avec une chronique cinéma où il sera question de format vertical, soit le sens opposé à celui qui prédomine au festival de Cannes où les films sont encore projetés en 16/9ᵉ à l'horizontale dans la pure tradition des plans larges de western.Depuis quelques semaines, Amazon Prime, Disney+ ou encore Netflix ont tous dégainé un nouveau design pour remodeler leurs applications mobiles en développant des extraits courts diffusés dans la verticalité du smartphone pour capter l'attention de plus en plus furtive des utilisateurs. Cela s'appelle “Clip” chez Amazon ou “Extraits” chez Netflix. L'objectif affiché : mieux orienter le choix des consommateurs, qui, face à un catalogue pléthorique, se retrouvent souvent à abandonner toute idée de visionnage une fois une bonne dizaine de bandes-annonces regardées sans conviction.Nous sommes tous confrontés à cette situation désagréable où, plus le choix augmente, moins nous savons ce que nous voulons voir. Netflix promet de faire mieux avec “Extrait”, en s'appuyant sur l'analyse de nos goûts et préférences. Le flux des contenus qui s'offriront sera personnalisé en fonction de nos centres d'intérêts. On pourra donc bénéficier d'un extrait ou d'un montage conçu en fonction de nos habitudes de lecture. C'est le film qui s'adapte à l'utilisateur. Et les extraits pourront se partager pour lancer une conversation avec sa communauté.En gros, Netflix exploite son catalogue pour créer des formats courts. Le véritable objectif, à mon sens, au-delà de la promesse de nous aider à mieux choisir, consiste surtout à nous maintenir le plus longtemps possible sur l'application. Ce découpage des Å“uvres comble le vide. Netflix cherche à concurrencer les réseaux sociaux sur leur terrain en reprenant les astuces de leurs fils d'actualité.
Il s'agit d'un genre émergent en Europe mais développé depuis plusieurs années en Chine. Là -bas, on les appelle les “duanjus” et ils ont connu une accélération au moment du Covid. Il s'agit de fictions conçues pour être regardées sur un smartphone, la durée des épisodes tourne autour de 2 minutes, elles reprennent les grosses ficelles des . Il s'agit principalement d'histoires de trahison, de femmes bafouées, de tromperie, d'héritage et de tentations sexuelles plus ou moins honorables.Chaque épisode se termine sur un rebondissement qui donne une folle envie de voir la suite et c'est ici que le modèle économique s'enclenche. Si les premiers épisodes sont gratuits et disponibles sur les réseaux sociaux de TikTok à Instagram, il faut s'abonner à une application spécifique pour voir la suite. ReelShort est une des plus connues en Chine, téléchargée des dizaines de millions de fois. Les fictions sont produites à la chaîne avec des moyens réduits et des comédiens payés au rabais. En une semaine, une soixantaine d'épisodes peuvent être tournés dans des grands hangars, tels des des années 2020.
Le marché chinois des microdrames est estimé à 10 milliards de dollars et les marques se battent pour faire du placement de produit. Ces cadences poussent évidemment les producteurs à utiliser l'intelligence artificielle autant pour écrire les scénarios que pour remplacer les comédiens, surtout dans un développement à l'international.Hollywood sent le vent tourner et la Fox a annoncé investir massivement dans la production de drama, tout comme le producteur des Sopranos ou encore votre amie Kim Kardashian qui soutient une application américaine.L'horizon de la fiction s'annonce… à la verticale !