KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Des fêtards passent devant le préfet du Cher, Philippe Le Moing Surzur (à gauche), lors de sa visite sur une rave party illégale sur un site militaire à Cornusse, près de Bourges, le 2 mai 2026.
La fête bat son plein dans le Cher. Une free party d’ampleur rassemble plusieurs milliers de participants près du village de Cornusse, à proximité de Bourges. Les teufeurs aux tenues bariolées ou torse nu vibrent en face des murs de son. Derrière eux, des tentes, fourgons et autres véhicules s’étendent à perte de vue sur l’immense terrain herbeux.
Mais la préfecture du Cher reste particulièrement vigilante : l’événement s’est installé sur un ancien terrain militaire jugé “très dangereux”. Dès le début de la manifestation, vendredi, les autorités ont alerté sur la possible présence de munitions enfouies. Et dans la soirée de ce samedi 2 mai, un obus a effectivement été découvert à proximité immédiate du site.
Cet obus a été découvert aux alentours de 18h30, aux abords de la RD102, a précisé la préfecture. Les forces de l’ordre et des démineurs de la direction générale de l’armement (DGA), à laquelle appartient ce site militaire, ont dû intervenir dans la soirée. L’obus a été déplacé “dans une zone sans risque” et sera détruit dans les prochains jours.
Selon un teufeur interrogé par franceinfo, les démineurs sont intervenus dans un champ situé en face de la zone où sont installées les tentes. Il précise que cet espace, surnommé la “cabane à caca” et situé dans les sous-bois, est utilisé par de nombreux fêtards pour leurs besoins naturels.
Sur leurs réseaux sociaux, les organisateurs du Teknival diffusent des pictogrammes appelant les teufeurs à ne pas faire de feu, ne pas creuser et ne pas ramasser d’objets. Des consignes nécessaires pour limiter le risque d’explosion d’anciennes munitions.
Une forme de protestation contre une nouvelle loi
Les autorités comptabilisent 17 000 participants dimanche matin. Les autorités avaient jusqu’alors cité le chiffre d’environ 20 000 personnes. Contacté par l’AFP, Tekno Anti Rep, un collectif de soutien aux free parties présent sur place, estimait le nombre de festivaliers “entre 35 000 et 40 000” samedi soir. Les teufeurs s’y rendent pour danser, s’amuser, mais aussi protester contre le durcissement de la législation contre ces rassemblements techno illégaux.
Une proposition de loi a en effet été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale et doit désormais être examinée au Sénat. Elle vise à renforcer les sanctions envers ce type d’événement.
Concrètement, jusqu’à présent les organisateurs des free parties s’exposent à une contravention sous la forme d’une amende de 1 500 euros. Mais avec cette nouvelle loi, il sera aussi possible de punir chaque participant de l’événement de six mois d’emprisonnement et de 5 000 euros d’amende.
Le lieu de la fête choisi pour attirer Laurent Nuñez
Selon le collectif Tekno Anti Rep, les organisateurs de la free party ont délibérément choisi un site proche de Bourges, ville natale du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, pour donner du poids à leur protestation. Face à l’ampleur de l’événement, le ministre s’est rendu sur place en milieu de journée ce dimanche.
Il a affirmé que le gouvernement était déterminé à “mieux réprimer” ce type de “rassemblements musicaux illégaux”. Le ministre a aussi assuré que “tous ceux qui sortent de ce Teknival” seraient “verbalisés à double titre”, pour avoir pénétré sur un terrain militaire et avoir participé à un rassemblement illégal. Laurent Nuñez a par ailleurs précisé qu’un deuxième obus avait été retrouvé.
Pour le moment, 600 gendarmes sont déployés sur 14 points de contrôle en périphérie de la zone où les premiers teufeurs sont arrivés vendredi matin. Selon le bilan de la préfecture dimanche matin, 54 personnes ont été prises en charge par les services de secours depuis le début de l’événement. “On a eu 28 urgences relatives et cinq urgences absolues, 12 personnes transportées dans les hôpitaux, en partie pour consommation de stupéfiants”, a précisé le ministre lors d’un point presse.
Les contrôles ont donné lieu à 250 verbalisations pour rassemblement illégal, 75 verbalisations pour détention de stupéfiants, 150 infractions constatées au Code de la route, six pour conduite sous stupéfiants/alcool et huit pour détention d’armes. Quatre personnes ont été placées en garde à vue.



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