Le Pentagone évalue déjà un niveau très élevé des coûts de l’offensive menée en Iran depuis fin février, alors que le cessez-le-feu fragile et l’impasse diplomatique font planer le risque d’un alourdissement de la facture américaine.
Washington sous pression. Pour sa première audition devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants depuis le déclenchement de la guerre en Iran, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a dû défendre à la fois le prix du conflit et la cohérence de la stratégie américaine, sous le feu nourri des critiques démocrates.
Au cœur des débats : une facture déjà massive. Le Pentagone chiffre à ce stade le coût de la guerre à environ 25 milliards de dollars, “la plupart en munitions”, un montant repris par le ministre lui-même. Un ordre de grandeur qui pourrait rapidement s’alourdir, tant les incertitudes stratégiques demeurent. Interrogé sur les dépenses futures, Pete Hegseth a éludé toute projection précise, préférant poser la question en termes de sécurité nationale : “quel est le prix à payer pour faire en sorte que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire ?”.
Stratégie floue, critiques frontales
Mais au-delà des chiffres, c’est la finalité même de l’intervention qui est contestée. “Où va-t-on ? Comment ces victoires tactiques vont-elles se traduire par une forme de succès stratégique ?”, a lancé le député démocrate Adam Smith, pointant l’absence de cap clair dans un contexte d’embrasement régional et de pertes humaines.
L’audition a rapidement pris un tour plus virulent encore. Sans poser de question directe, l’élu démocrate John Garamendi a accusé le ministre de “mentir aux Américains à propos de cette guerre depuis le premier jour, et le président (Donald Trump) aussi”, dénonçant des justifications changeantes et une conduite du conflit jugée erratique. “Vous et le président avez avancé des motifs sans cesse changeants pour justifier cette guerre” et “la stratégie s’est révélée d’une incompétence stupéfiante”, a-t-il martelé.
Plus largement, il a qualifié l’intervention de “catastrophe géopolitique et de désastre stratégique ayant entraîné une crise économique mondiale”, pointant notamment la flambée des prix de l’énergie. “Nous savons ce que nous avons perdu, mais qu’avons-nous gagné ?”, a-t-il insisté.
Un coût économique global déjà perceptible
Au-delà du budget militaire, les retombées économiques commencent en effet à se faire sentir. Le quasi-blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran – par lequel transite près de 20% des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié – alimente les tensions sur les marchés énergétiques. La hausse des prix à la pompe, y compris aux États-Unis, nourrit les critiques sur le coût indirect de la guerre pour les ménages et les entreprises.
Face à ces attaques, Pete Hegseth a défendu la décision d’intervenir, la qualifiant de “bonne idée”, tout en assurant que le Pentagone avait “examiné tous les aspects de ce risque”, notamment celui d’un blocage du détroit stratégique.
Il a également répliqué aux accusations les plus dures : “Honte à vous de qualifier cela de bourbier au bout de deux mois”, a-t-il lancé à John Garamendi, illustrant la tension extrême qui a marqué les échanges.
Un débat budgétaire explosif en toile de fond
Cette audition intervient alors que l’exécutif américain pousse pour une hausse spectaculaire du budget de la défense, avec un objectif de 1.500 milliards de dollars à l’horizon 2027. Un niveau inédit, équivalent au PIB de pays comme les Pays-Bas ou l’Indonésie, qui alimente les inquiétudes sur la soutenabilité des finances publiques dans un contexte de conflit prolongé.
Sur le plan politique, le malaise dépasse les clivages partisans. Plusieurs élus, y compris républicains, dénoncent un manque de consultation du Congrès avant le déclenchement des hostilités, pourtant requis par la Constitution.
Trois semaines après l’instauration d’un cessez-le-feu – sans échéance claire –, les négociations avec Téhéran restent dans l’impasse. Et à Washington, une question domine désormais : combien cette guerre coûtera-t-elle encore, financièrement comme politiquement ?


